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Renaud Barret & Florent de La Tullaye - "Benda Bilili !"

Sorties salles
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-09-07



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Si vous suivez de près l'actualité musicale, surtout celle qui s'écarte volontiers des sentiers trop bien balisés de la "musique de blancs pour petits culs blancs" (genre inexplicablement ultra dominant dans nos colonnes alors que, en vérité, nos oreilles sont bien plus open minded que ça, si, si !), si vous êtes donc à l'affût du buzz du moment en matière de "sono mondiale", vous avez certainement au moins entendu parler du Staff Benda Bilili. Tout, dans l'histoire de ce combo particulièrement haut en couleurs, tient du parfait conte de fées. Tellement parfait, même, que l'on pouvait se demander si les journalistes n'en rajoutaient pas un peu dans les clichés : un groupe majoritairement composé de paraplégiques (cinq sur neuf, en admettant qu'on puisse figer à un chiffre quelconque l'effectif d'une formation aussi évolutive et dépendante de l'extrême précarité de ses membres), dormant sur des cartons, dans les rues d'une Kinshasa ravagée par des années de guerre civile et une économie totalement sinistrée, ayant quand même réussi à enregistrer un album pour un label européen (les excellents belges de Crammed Discs) et tournant aujourd'hui un peu partout dans le monde (Europe, Etats-Unis, Japon...).

"Benda Bilili !"

La grande qualité de Benda Bilili !, le documentaire de Renaud Barret et Florent de La Tullaye, est de nous prouver que ces récits étaient encore loin de la réalité. Evidemment, raconter une success story édifiante ne suffit pas à faire du bon cinéma. Mais arrive aussi un moment où la réalité des faits est telle (ou telle qu'elle nous est relatée) qu'elle balaye toutes les réticences blasées. L'histoire du Staff Benda Bilili est réellement extraordinaire et la chance et le talent des deux réalisateurs est d'en avoir vécu les différentes étapes, à la fois témoins et acteurs. Car SBB n'aurait peut-être jamais enregistré de disque sans l'implication de Barret et de La Tullaye, qui ont donc provoqué le "miracle", sans probablement jamais pensé qu'il aboutirait à un triomphe aux Eurockéennes 2009 devant un public sur le cul de ce qu'il avait devant lui. De même que, sans eux, Ricky, le leader du groupe, n'aurait peut-être jamais rencontré Roger, incroyable talent musical de 13 ans, brut de décoffrage, inventeur de son propre instrument de musique, le très improbable "satongé" (que l'on vous laisse découvrir), qui, par ses gimmicks musicaux, donne aux chansons du Staff cette sonorité si particulière, à l'extrême limite de la la dissonnance.

Roger Landu et son incroyable satongé
Roger Landu et son incroyable satongé

Roger est un personnage assez extraordinaire, qui mériterait allègrement son propre film. Sans être centré sur lui, Benda Bilili ! sait en tout cas restituer toutes les stupéfiantes transformations physiques et psychologiques d'un gamin vivant dans un pays où la transition entre enfance et âge adulte est particulièrement brutale, où l'adolescence n'existe pas quand on vit dans la rue.
Car Benda Bilili ! est aussi, bien sûr, un portrait en creux de Kinshasa et plus généralement de la République Démocratique du Congo (que ses deux auteurs connaissent particulièrement bien), qui apparaissent ici aussi effrayants (la vie y est d'une dureté assez rare) qu'attachants. On pourrait lister de nombreuses scènes, plus ou moins en rapport avec le Staff Benda Bilili (ses musiciens enregistrant en pleine nuit et en plein zoo *, une ahurissante partie de foot de paraplégiques jouée sur les mains (!), un inénarrable voyage en train...), mais l'intelligence de Barret et de La Tullaye est de ne jamais perdre de vue leur sujet, le groupe. Il était pourtant tentant de tirer le film vers un Freaks revu par Jean Rouch (le matériau humain est là, incontestablement), mais les réalisateurs n'en rajoutent pas et évitent le voyeurisme.

Au final, Benda Bilili ! est imprégné d'une énergie assez folle (en condensant cinq années en moins d'une heure et demie, le film gomme évidemment les mois de doute et de surplace) et distille une profonde émotion devant le spectacle d'un rêve totalement fou devenu réalité. Et il donne furieusement envie d'écouter l'album (le très très bien nommé Très très fort) et surtout de voir le Staff Benda Bilili sur scène ! Pour les Français, il faudra maintenant attendre un peu...


* Dont on entend d'ailleurs des cris d'animaux sur l'album.






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