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Quentin Dupieux - "Rubber"
Sorties salles
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En matière de serial killers cinématographiques, entre toutes les créatures vivantes (humaines, animales, végétales) répertoriées, celles (presque aussi nombreuses) nées de l'imagination de scénaristes cinglés, toutes sortes de machines plus ou moins robotisées ou motorisées, il manquait encore le pneu. Spielberg nous avait bien offert un camion (Duel) et Carpenter une voiture (Christine), mais le pneu n'était jusqu'ici, à son corps défendant, que leur complice. Déjà auteur en 2007 d'un Steak bien barré, de loin le plus atypique des Eric & Ramzy movies, probablement nul autre que Quentin Dupieux ne pouvait relever le défi d'un pitch aussi excitant que casse-gueule. Un pneu qui tue (objets, animaux, humains) en les explosant par télékinésie, exactement comme dans le Scanners de Cronenberg (référence pleinement assumée), ça peut faire un court-métrage d'enfer mais est-ce que ça peut faire un long ?... ![]() A vrai dire, on n'en saura jamais rien (à moins d'une hypothétique version complètement alternative en bonus du futur DVD)... Et c'est bien dommage, car quand Dupieux traite frontalement son sujet de départ, le résultat est épatant. Il est évidemment impossible de croire à son histoire mais ça ne l'empêche pas de le traiter avec sérieux et respect pour le genre du psycho killer movie de série B (lorgnant sur le Z, compte tenu de l'identité du tueur). Pourtant filmé en 15 jours avec un... appareil photo, Rubber est visuellement superbe, magnifiquement cadré et exploitant au mieux la cinégénie de ses paysages américains (routes interminables, cadre quasi désertique, motels anonymes...). L'atmosphère générale n'est pas sans rappeler un autre ovni cinématographique, resorti récemment (et lui aussi oeuvre d'une musicien/cinéaste, tiens), le Electra Glide in Blue de James William Guercio. La modestie budgétaire de Rubber se transforme en vertu, en faisant du pneu une créature plus "organique" (un vrai pneu, mu par un moteur, ou parfois même poussé à la main) que numérique. C'est sans doute ce qui concourt à faire de l'objet tueur un vrai personnage, traité comme tel par la mise en scène : Rubber est ainsi le premier film filmé à hauteur de pneu, comme certains savent filmer à hauteur d'enfant. Si l'on ajoute références cinématographiques malines et intelligemment utilisées (en dehors de Scanners, déjà évoqué, Shining, Romero et surtout Psychose, avec sa scène de la douche inversée), de l'humour, une touche sexy (que garantit à elle seule la présence de Roxane Mesquida) ou allusion plus grave (une brûlerie de pneus comme une allégorie de la Shoah ?), on a tout pour faire une des jolies réussites de cette fin d'année. ![]() Wings Hauser (de dos), Stephen Spinella et Roxane Mesquida
Pourquoi, alors, Quentin Dupieux a-t-il craint que ce tout ne soit pas assez ? Pourquoi avoir considérablement alourdi son propos avec ce dispositif pirandellien de commentaire du film en train de se dérouler "en live" sous les yeux de quelques spectateurs ? Certes, cela nous donne aussi quelques saynètes marrantes (qui auraient parfois quand même gagné à durer moins longtemps) mais le procédé donne au final la désagréable sensation 1) que Dupieux ne croyait pas vraiment (ou pas suffisamment) à la force de son sujet, 2) qu'il estimait nécessaire de se justifier d'un argument de départ aussi "stupide". C'est le sens de la pénible scène introductive (qu'il nous ressert dans le générique de fin : grâce !) et sa répétition des mêmes mots : "no reason". OK, on a compris qu'il n'y avait rien à comprendre à Rubber, pas de profond message à décrypter. Mais c'est pas grave et ce n'est pas ce que l'on demande prioritairement au cinéma de genre. Juste celui du pur plaisir de simple spectateur. De ce point de vue, Rubber était tout près de réussir son coup : dommage qu'il se soit dégonflé en route... Retrouvez d'autres articles sur Quentin Dupieux : Quentin Dupieux – "Wrong"
Commentaires
De : Arturo Belano aka Rémi Sûr que le film aurait gagné à faire plus confiance à sa capacité (réelle, voire sidérante) à faire croire à son postulat aberrant (et donc à son improbable protagoniste). Sûr aussi, et surtout, que les quelques moments inspirés que comporte (tout de même) la partie "'méta" ne rattrapent pas nécessairement ses errements (au premier rang desquels la reprise finale du monologue, qui torpille la conclusion et la sortie de salle). N'empêche: Dupieux fait de sacrées propositions et on a bien envie de le suivre... Son semi-ratage sur ce film -et son ton assez unique- est bien plus passionnant que nombre de réussites convenues. Cela dit, bien vu Cyril pour la mosaïque d'influences repérées. (et assez d'accord sur une bonne partie de ton avis). De : noodles scène de la douche inversée......? l'eau remonte dans le pommeau ? trop cool De : Cyril C. Héhé, pas tout à fait, noodles ;-) Non, là, c'est Robert (puisque c'est son petit nom qu'on apprend au générique... logique, d'ailleurs) qui se fait surprendre sous la douche d'un motel et, là, pas de montage morcelé comme pour un Janet Leigh ! Dupieux nous offre un full naked ! Insérer un commentaire : |
