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Quentin Dupieux – "Wrong"
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Pas très facile d’expliquer pourquoi le cinéma de Quentin Dupieux, qui nous laissait jusqu’ici sur notre faim en dépit de sa quête d’originalité, nous convainc cette fois-ci presque sans réserve avec Wrong (qui, du coup, porte très mal son titre). Mais peut-être est-ce justement parce que l’originalité de son sujet (un homme à la recherche de son chien disparu) aussi bien que son traitement (toujours aussi barré, on vous rassure) semblent moins conceptualisés, moins conçus comme un pitch marketing que ceux de Steak ("Eric et Ramzy comme vous ne les avez jamais vus", ce qui était vrai mais pas forcément suffisant) ou Rubber ("le film où le serial killer est un pneu", ce qui aurait pu être suffisant si Dupieux s’en était tenu à son sujet de départ). ![]() Jack Plotnick et Eric Judor
L’argument de Wrong est tout aussi mince que celui de Rubber et, a priori, moins excitant. Comme pour Rubber, Dupieux a peut-être estimé qu’il n’était pas suffisant et c’est pourquoi il a développé une intrigue parallèle à celle de la quête de Dolph Springer (Jack Plotnick, qui a un peu tendance à surjouer l’ahuri à côté de la plaque). Mais la digression, presque le spin-off dans le film, prenant comme personnages principaux Victor, le jardinier français de Dolph, et Emma, la standardiste effrontée d’une petite entreprise locale de livraison de pizza à domicile, ne casse pas la dynamique d’ensemble du film, comme pouvait le faire le chœur des spectateurs "live" de l’intrigue de Rubber. Pas de distanciation dans Wrong, si ce n’est uniquement par son surréalisme consistant à assembler des détails qui ne vont normalement pas ensemble (le 7:60 du radio-réveil, la pluie continuelle et torrentielle dans les bureaux où Dolph continue de se rendre chaque jour imperturbablement alors qu’il vient de se faire licencier, etc.). Cela fonctionne alors évidemment beaucoup mieux comme ça. Et même si cette inttrigue parallèle est un peu moins forte, pour nous, spectateurs français, elle est sauvée par la présence d’Eric Judor (1), comédien vraiment intéressant, comme il l’avait aussi montré il y a quelques mois dans sa propre série télé Platane, qui montrait un univers pas si éloigné de celui de Dupieux. ![]() William Fichtner
La grande force de Dupieux est aussi d’inventer de sacrés personnages secondaires. Comme Ronnie (Steve Little), le pet detective au flegme (2) opposé à l’hystérie de Jim Carrey dans les Ace Ventura, qui fait avancer son enquête en convertissant en signal vidéo les souvenirs des excréments de Paul, le chien disparu (!). Mais surtout comme l’inénarrable Master Chang, génialement interprété par William Fichtner. Ce gourou, à l’accent indéfinissable, semble tout droit sorti d’un film de Lynch (dontt il peut même être vu comme une allusion un peu vacharde à ses illuminations de "méditateur transcendental") et ses apparitions/disparitions soudaines et sa propension à fixer des rendez-vous étranges évoquent plus précisément le "cowboy" de Mulholland Drive. Dupieux lui-même ne nie pas la référence à Lynch, franchement assumée par une (excellente) bande originale (dont il s’est lui-même chargé (2), en collaboration avec Tahiti Boy) citant à plusieurs reprises explicitement le "thème du nain" de Twin Peaks. Loin d’être une référence écrasante, c’est au contraire le plus beau compliment que l’on puisse faire à un film souvent très drôle que de dire qu’une femme parlant à sa bûche ou qu’un géanht parlant de hiboux y auraient eu parfaitement leur place. (1) Et aussi un peu, c’est vrai, par celle d’Alexis Dziena, dont l’apparation mémorable dans le Broken Flowers de Jarmusch nous avait donné envie de la revoir… (2) Enfin, jusqu'à un certain point... (3) Puisque Quentin Dupieux reste évidemment au moins aussi connu comme musicien électro sous le nom de Mr. Oizo. Sortie nationale le 5 septembre 2012
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