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Pierre Carles - "Fin de concession" (avant-première)

Sorties salles
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-10-20



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Avec le temps, on dirait bien que Pierre Carles est devenu un as du marketing viral, assez loin de l'image de documentariste old school qu'il cultive à loisir. La première bombe lâchée sur le Net (l'intervention un brin convenue d'Arnaud Montebourg sur la nécessité de remettre en cause le renouvellement de la concession d'exploitation de TF1 accordée à Bouygues) n'a pas explosé ; la seconde, elle, fait plus de dégâts. Reste à savoir si la polémique Mélenchon/Pujadas/Francetélévisions (qui, sans surprise, s'est montré solidaire de son bon petit soldat de l'info) profitera in fine à Fin de concession et à sa carrière en salles...
Ce n'est pas certain, 1) parce qu'elle place la polémique sur la forme (un responsable politique a-t-il le droit de traiter de "salaud" et de "larbin" un éminent journaliste du PAF ?) et pas sur le fond (l'attitude dégueulasse de Pujadas vis-à-vis de Xavier Mathieu, le porte-parole des "Conti", énième illustration du "journalisme de classes"), 2) parce qu'elle donne une image assez fausse du film.
 
Certes, Fin de concession s'apparente aussi à une "spéciale dédicace" à David Pujadas, ici couronné d'un magnifique scooter doré entièrement repeint à la bombe par Pierre Carles et ses camarades de subversion (dans la continuité de la "laisse d'or" du très regretté bimestriel Le Plan B), qui a bien mérité cet honneur pour l'ensemble de son oeuvre (cf. sa profession de foi immonde dans le grotesque doc d'Arte, 8 journalistes en colère, largement reprise dans le film).
Mais son point de départ est autre, comme nous l'avait d'ailleurs annoncé Pierre Carles lui-même dans un entretien début 2009, à l'occasion de la sortie de Choron dernière. Fin de concession comme la remise en question de celle accordée à Bouygues pour TF1, n'ayant jamais fait l'objet du moindre débat depuis 1997 (date à laquelle la première concession de dix ans prenait fin), malgré le non respect du cahier des charges par l'entreprise de BTP. Les plus cyniques (et ils étaient manifestement nombreux dans l'aéropage monté par Francis Bouygues pour défendre son dossier devant la CNCL, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel de l'époque) argueront qu'il fallait être sacrément naïfs pour croire un instant aux promesses de programmes à haute teneur culturelle faites ce jour-là. Au moins nous permettent-elles aujourd'hui de rire un bon coup (même si ce rire est jaune...), particulièrement quand Bernard Tapie appelle de ses voeux une soirée Olivier Messiaen ou la diffusion de compétitions de pelote basque en prime time (juré, on n'invente rien).

Meet Carlos Pedro !
Meet Carlos Pedro !
 
Pierre Carles reprend donc son bâton de pélerin, celui de Pas vu, pas pris, qui, il y a déjà presque vingt ans, mettait à jour les petites et grandes connivences télévisuelles, entre confrères et avec le pouvoir. Mais, cette fois, le coeur n'y est plus vraiment. Et l'ennemi est un peu trop sur ses gardes... Entre un Jacques Chancel jouant malicieusement au chat et à la souris, toujours en perpétuelle réunion quand on l'appelle (à 82 ans et alors qu'il n'est plus à l'antenne depuis quelques années, chapeau) et un Charles Villeneuve flairant très vite le piège et coupant court à la discussion avec les manières viriles qu'on lui connaît (1), Pierre Carles comprend vite qu'il est devenu quasiment impossible pour lui de pousser dans leurs retranchements des interlocuteurs qui le connaissent trop bien et ont toujours aussi peu envie de remettre en question leurs propres collègues (2). Quand il y parvient (en usant du subterfuge aussi grossier que rigolo de se faire passer pour Carlos Pedro, caméraman sud-américain), il semble presque pris au dépourvu : sa diatribe envers un Etienne Mougeotte très affaibli par l'âge et la maladie, ayant spectaculairement perdu de sa morgue passée, laisse un vrai sentiment de malaise. Surtout parce que, au lieu de le mettre concrètement face aux manquements de TF1 à ses obligations de diffuseur, Carles reproche au directeur du Figaro d'avoir dirigé une chaîne de droite, ce qui, à la fois, enfonce une porte ouverte et n'est pas le sujet.

Pierre Carles et Etienne Mougeotte dans "Fin de concession"
Pierre Carles et Etienne Mougeotte
 
Malin comme jamais, Pierre Carles en est tellement conscient qu'il suit cette scène d'une séquence d'auto-critique à chaud, comprenant bien qu'il n'a probablement pas eu la bonne attitude et, au final, pas une bonne séquence. C'est l'une des conséquences du deuxième sens de Fin de concession, comme "fini de faire des concessions" : rigolade's out, ça va chier's in, comme disent certains. Sauf que ça n'est pas si simple que ça, comme l'illustre à merveille d'autres entretiens qu'il parvient à mener pour ce film. Ainsi l'étonnante confession rétrospective de Jean-Marie Cavada, assez schizophrène entre son actuel statut de député européen Nouveau Centre (rattaché au même groupe parlementaire que l'UMP) et son discours très lucide sur l'impossibilité d'un travail critique à la télévision, du fait des collusions avec les pouvoirs politiques et économiques ; ou le grand numéro de charme d'Elise Lucet, qui ne semble pas non plus convaincue (ô surprise !) que TF1 soit un sujet d'enquête intéressant. Dans les deux cas, le loup Pierre Carles se fait plutôt agneau, s'en agace et finit même par bidonner son interview avec Cavada comme PPDA le fit jadis avec Fidel Castro (scoop que Carles avait à l'époque révélé et que l'on retrouve dans le film), en se filmant lui posant des questions agressives... avant de dévoiler la supercherie.

Le scooter doré de David Pujadas
Le scooter doré de David Pujadas
 
Au fil des minutes, Fin de concession ne traite parfois plus son sujet initial que de loin en loin, dérivant plutôt vers un étrange objet cinématographique, à mi-chemin entre le work in progess a priori sincère (mais Pierre Carles est bien trop roué pour jouer la carte de la confession impudique) et la déconstruction un peu dépressive de sa propre méthode, de près d'un quart de siècle d'"agit-prop" d'audiovisuelle, qu'il a rarement menée aussi loin qu'il l'aurait voulu. Si le titre n'avait pas déjà été pris, Fin de concession aurait pu s'appeler Fin de partie... De fait, on n'est pas très sûr que Pierre Carles s'attaque un jour à nouveau à ces moulins à vent qui le fatiguent probablement plus qu'il ne les fatigue, lui.
Au-delà de son propre cinéma, c'est évidemment un terrible constat d'échec, assez mélancolique, de la possibilité d'une vraie critique des médias. Le credo qu'il avait repris d'Ernesto "Che" Guevara, "Mords et fuis", trouve sa meilleure illustration dans l'"opération Pujadas" qui clot le film. On peut parier que, désormais, Pierre Carles fuira vers d'autres sujets de films...
 
 
(1) Sans réel intérêt sur le fond de ce qu'il dit, on soupçonne presque Pierre Carles d'avoir conservé la séquence Villeneuve pour ce magnifique gag que le hasard lui a offert. En pleine interview, le portable de Villeneuve sonne et résonne alors la musique du... Parrain !
(2) Le pompon du surréalisme étant atteint par les deux responsables et présentatrices d'Envoyé spécial, Guilaine Chenu et Françoise Joly, qui, après avoir pris des poses glamour à la Rachida Dati lors de la conférence de presse de présentation de la grille des programmes de France 2, répondent avec aplomb à un Pierre Carles leur demandant si les conditions opaques de renouvellement de la concession de TF1 n'était pas un bon sujet pour elles que leur magazine ne fait pas d'enquêtes, plutôt des "sujets conso"...
 
 
Sortie nationale le 27 octobre 2010



Fin de concession - Bande Annonce
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Entretien avec Pierre Carles à propos de "Choron dernière"


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Commentaires
De : Catleya

Je trouve très intéressant votre article sur le film mais je ne peux m'empêcher d'éprouver un sentiment d'agacement au vu des fautes d'orthographe qui l'émaillent. Dois-je les relever ? (rire un bon "CoûT" (!!), "qui LA (!!) rarement mené aussi loin"). Vous exprimez très clairement vos idées sur le film de Pierre Carles mais par pitié, faites un effort pour les exprimer correctement ! Merci.

De : Cyril C.

J'en suis absolument honteux...
Voilà qui est corrigé grâce à vous. Comme quoi on ne se relit jamais assez !

De : Maitre capellobornu

la honte :)





De : Matt Aslam

Assez bien construite cette critique, sans se prendre la tête avec l'ortho' ;p En cadeau bonux, comme nous avons fait un peu le même effort, voici mon papier, un peu plus centré sur Pierre Carles cette fois, que sur le film principalement :

http://gonzai.com/pierre-carles-fin-de-concession-la-critique

Carles fait réagir, sans que je ne sois condescendant, ni en opposition avec lui, même si mon analyse peut paraître assez virulente. J'ai assisté à la projection presse de Fin de concession, ainsi qu'à l'avant première au Latina, et j'ai pu confronter les points de vues, le suivant depuis pas mal de temps. Nous avons également manifesté face au Diner du Siècle à la Concorde.

De : Cyril C.

Merci pour la condescendance du jugement, cher Matt ;-)

De : catleya

Merci Cyril pour les corrections et désolée de ce qui a pu paraître pour de la virulence mais qui n'en était pas !! J'ai juste de plus en plus de mal à supporter le "laisser-aller" généralisé concernant notre si belle langue et je ne suis pas du tout d'accord avec Matt Aslam. Oui, prenons-nous la tête avec l'orthographe, ne succombons pas à la facilité.

De : noodles

catleya....... comme dans "faire catleya"? ou "cattleya"? encore une liberté prise par Proust avec l'orthographe....

De : malevice

C'esr minable vraiment de conseiller à P.Carles de ne pas s'attaquer encore aux médias. Vous êtes quoi au juste ? Des conseillers en image à la sauvette ?

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