bandeau

 





 Festival Fantasia de Montréal - part III : du 14 au 16 juillet

 Manuel Poirier – "Le Café du pont" (avant-première)

 M. Night Shyamalan - "Le dernier maître de l'Air" (avant-première)

 Nanni Moretti - "La Cosa" (DVD, 1990)

 Sergio Leone - "Il était une fois dans l'Ouest"

 Festival Fantasia de Montréal – part II : du 11 au 13 juillet

 Coffret Koji Wakamatsu vol. II

 Gilles Marchand – "L’Autre monde"

 Lee Unkrich – "Toy Story 3"

 Festival Fantasia de Montréal - part I : du 8 au 10 juillet

 Noémie Lvovsky – "Oublie-moi / La Vie ne me fait pas peur" (DVD)

 Lu Chuan - "City of Life and Death" (Avant-Première)

 Mamoru Oshii - "The Sky Crawlers" (2008)

 Mathieu Amalric – "Tournée"

 John McTiernan - Predator (Blu Ray)

 Michael & Peter Spierig - "Daybreakers" (Blu Ray)

 Olivier Assayas - "Carlos" (avant-première)

 Duncan Jones - "Moon" (Blu-Ray)

 Robert Kramer - "Doc's Kingdom - Walk the Walk" (DVD)

 Kim Chapiron - "Dog Pound"

Tous les articles Cinema

Cinema

Philippe Lioret – "Welcome"

Hors Actu
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-03-10



Image principale
Ouvrir
 
Welcome est un film à la fois courageux et, malheureusement, décourageant.
Courageux car, dans un cadre de production "commerciale" (vedette bankable au générique, grosse promo, gros circuit de salles au moment de sa sortie…), il traite un sujet de nature à faire fuir en hurlant les producteurs et diffuseurs : le sort des immigrés clandestins en France et des Français qui leur viennent en aide. Le tout majoritairement sous-titré, avec de nombreux dialogues en kurde.
Décourageant parce que, pour pouvoir en arriver là et aborder ce sujet, on mesure, à la vision du film, tout ce que Philippe Lioret et ses scénaristes ont probablement dû sacrifier. Peut-être pas forcément sous la contrainte et peut-être même pas consciemment ; ce qui, au fond, ne change pas grand-chose. Au-delà des réelles qualités du film et de la dignité d’ensemble de son propos, Welcome nous dit ce qui est considéré comme nécessaire pour amener le grand public à s’intéresser à un sujet "difficile". Et le fait que ce public soit venu en masse (plus d’un million d’entrées en France) donne malheureusement raison à ceux qui en ont cette vision peu flatteuse.

Car c’est quoi le problème ?
Pour espérer faire compatir le public occidental au drame d’un clandestin, il faut donc que celui-ci satisfasse à un certain nombre de critères que bien peu réunissent tous dans la vraie vie. Bilal (Firat Ayverdi) est certes irakien (rédhibitoire il y a vingt ans, envisageable aujourd’hui) mais il est surtout kurde, donc présumée double victime (de son propre régime et de l’occupation américaine) aux yeux du monde et de l’Histoire. Il est jeune, mignon, imberbe (si vous croyez que c’est un détail…), pas très typé, toujours propre, parlant un bon anglais, naïf et, pour tout dire, "innocent". Il n’adopte aucun comportement religieux (comprendre : musulman). Il est aussi gentil, poli, honnête et, surtout, mû par un sentiment noble et ô combien universel : l’Amour. Et, ce qui ne gâte rien, amoureux fou d’une ravissante compatriote, qui plus est victime des coutumes "arriérées" de sa famille (mariage forcé à un cousin londonien qu’elle ne connaît pas). Bilal aurait-il été, comme la quasi-totalité des vrais clandestins, simplement immigré économique (l’argent ne semble d’ailleurs à aucun moment être un réel problème pour lui) ou même politique, bref s’il n'avait pas été un "clandestin de cinéma", gageons qu’il n’aurait eu aucune chance d’accéder au rang de personnage de premier plan d’un film français mainstream de la fin des années 00…

Firat Ayverdi et Vincent Lindon dans "Welcome"
Firat Ayverdi et Vincent Lindon

Beaucoup de Français ont donc vu Welcome (et d’autres le verront à l’occasion de son passage sur Canal + actuellement), la plupart ont été et seront émus par le sort tragique de Bilal. Mais sont-ils émus par une belle histoire d’amour contrarié (à la Roméo et Juliette, histoire éternelle) ou sont-ils touchés par un drame de l’immigration ? Et ne sont-ils pas surtout interpelés par le sort réservé par des autorités françaises un peu vichystes (qui ne sombrent jamais dans la caricature tentante, c’est l’une des réussites du film) à un brave Français moyen lui-même attendri par le sort du jeune garçon ?

Dans toute sa première partie, très réussie, précise et documentée, Welcome nous lance finalement sur une fausse piste en nous faisant croire que Bilal est son personnage principal. Il est en fait surtout un prétexte à l’éveil d’une conscience. Celle de Simon (Vincent Lindon), supposé représentatif de cette partie de la population française que Lioret pense perméable à un drame de ce type. C’est-à-dire ambivalente, complexe, jamais angélisée, mais pas forcément plus crédible pour autant.
Le film prend bien soin de faire d’abord de Lindon un personnage assez peu sympathique, fermé sur lui-même, indifférent au malheur des autres (ayant déjà assez à faire avec le sien : il divorce d’avec sa femme, Audrey Dana), avec peut-être même un petit fond de xénophobie (en tout cas pas xénophile a priori). C’est donc l’image que Philippe Lioret se fait des Français. Peut-être a-t-il raison, d’ailleurs…

Mais, du coup, la compassion un peu rapide de Simon au sort de Bilal, le conduisant à prendre de gros risques pour lui venir en aide, ressemble à un coup de force scénaristique. D’autant plus problématique que son ex-femme est une bénévole active, venant servir des repas chauds aux clandestins à la lisière de la sinistrement célèbre "jungle" calaisienne. Simon n’a pas a priori la sensibilité d’un homme marié à ce type de femme qui, elle-même, désavoue étrangement sa conduite lorsqu’il se met en tête d’aider ces clandestins qu’elle-même nourrit. Incohérence scénaristique étrange, destinée à créer un conflit dramatique artificiel entre les deux ex-époux…

Vincent Lindon et Audrey Dana dans "Welcome"
Vincent Lindon et Audrey Dana

Bien sûr, le film ne fait pas trop mystère du pourquoi de cet investissement de Simon. D’une part l’identification à ce jeune homme qui, lui, est prêt à tout pour rejoindre la femme qu’il aime (y compris traverser la Manche à la nage, tout piètre nageur qu’il est), quand lui-même n’a pas été capable de "traverser la rue" pour aller chercher sa femme quand elle l’a quitté pour un autre. D’autre part parce que cet acte d’héroïsme civique (moralement civique mais juridiquement incivique, par la faute d’une législation honteuse, sur laquelle le film a eu l’immense mérite de jeter une lumière crue) est évidemment destiné, le croit-il, à le grandir aux yeux de son ex-femme, pour la reconquérir.

On le voit, beaucoup de psychologie (situant le film dans la moyenne haute du genre, un peu à la manière du précédent film du réalisateur, Je vais bien, ne t’en fais pas), mais, en réalité, bien peu de politique…
On peut même aller jusqu’à dire que jamais le film ne remet en cause, sur le fond, la situation intenable des clandestins calaisiens : ni régularisables, ni expulsables, survivant dans des espèces de limbes urbaines indéfinies.
Reconnaissons au film de ne pas surjouer dramaturgiquement le pathos et à sa mise en scène de réussir la plupart des passages les plus casse-gueule (la dernière étreinte un peu glauque du couple fraîchement divorcé, la séquence en mer, assez impressionnante…). Et laissons-nous rêver, avec ces qualités, à ce qu’aurait pu donner un film recentré sur son personnage principal initial, un peu moins aseptisé…


PS1 : Sur su sujet au départ très proche, Jean-Pierre Améris avait réussi, il y a quelques années, un téléfilm finalement plus risqué, plus ambigu, Maman est folle, avec Isabelle Carré, hélas passé bien plus inaperçu…
PS2 : Sortant aujourd’hui même, le film de Rose Bosch, La Rafle, souffre finalement des mêmes maux (mais avec en plus une qualité cinématographique bien moindre). Il est navrant qu’un sujet aussi fort et douloureux que la "rafle du Vel d’Hiv" du 16 juillet 1942 ne soit traité qu’à travers le destin épouvantable de Juifs répondant, eux aussi, à tous les critères d’identification du public "goy" de 2010 : les "Juifs à papillotes" n’y sont, de façon très révélatrice, relégués qu’au rang d’éléments de décor, quand le personnage principal est un adorable pré-ado blond comme les blés aryens…






Share/Save/Bookmark 






Commentaires
Pas de commentaires pour le moment
Insérer un commentaire :
Nom ou pseudo :


Commentaire :


Veuillez entrer le mot et dans la case ci-dessous:


 

 

Recherche sur le site

 

         Sorties salles
         Sorties DVD
         Hors Actu
         Entretiens
         Dossiers/Hommages



FERMER