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Peur(s) du noir

Sorties DVD
Posté par Lu et Ju le 2008-09-07



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Peur(s) du noir, le projet de Prima Linea sort en DVD. L'occasion de se replonger dans ce film à sketches sur le thème des peurs du noir. Six dessinateurs de BD se partagent le travail, proposant différentes techniques d’animation, souvent les mêmes thèmes, les mêmes peurs, mais avec un traitement toujours singulier. Peur(s) du noir, un parti pris du noir et blanc, où les récits s’entrecroisent, tous très marqués de symboles freudiens. On connaît l’importance des rêves pour le père de la psychanalyse, et quel meilleur endroit pour évoquer les rêves que dans des histoires se déroulant majoritairement la nuit ?




Blutch, au style rough, nous fait suivre un vieillard et ses chiens qui dévorent tout sur leur passage : un enfant aux orbites vides (qui rappelle énormément le garçon du court métrage de Paul Berry The Sandman, où il était déjà question de la peur au moment de s’endormir), une danseuse de flamenco ou un groupe de jeunes gens, personne n'est épargné.
Le dessin de Blutch, sale, très sombre, rend extrêmement bien cette sensation d'angoisse, de cauchemar et ces gros chiens incarnent véritablement des ténèbres effrayantes, agissant sans aucune opposition jusqu'à même se retourner contre leur maître. Un mal indomptable rugit dans ce segment.


***





Charles Burns, l’auteur du culte Black Hole propose quant à lui l'un des segments les plus intéressants et riches du film. Burns reprend l’idée d’une bande dessinée de 1979, sur le thème de la transformation physique et de l’identité sexuelle. L’histoire est introduite par une voix-off qui sera le fil conducteur du film, et le moyen d’ancrer parfaitement une atmosphère angoissante. Le narrateur se souvient, « lorsque j’étais petit », et aussitôt, accroche le spectateur au récit, qui se remémore avec lui de la passion qu’enfant, on a pour les insectes, et que les adultes ne comprennent pas, ne comprennent plus. Devenu adulte, il part étudier dans une grande ville, mais un bruit le suit, un bruit qu’il entendait déjà plus jeune, d’une chose gigotant et gratouillant sous son lit, un de ces fameux insectes. Le jeune homme, alors timide et emprunté, rencontre une étudiante, Laura, et a « l’impression d’être entré dans un rêve qu’il ne maîtrise pas ». Disant cela, un soir attablé avec Laura, la caméra penche puis tourbillonne, symbolisant l’ivresse de la soirée, alcoolisée, l’ivresse du sentiment amoureux qui l’étreint, mais aussi le basculement vers le fantastique. S’ensuit une vision fortement psychanalytique de la vie de couple, où les insectes capturés enfant ressurgissent en Laura, la femme peu à peu devient mante religieuse, castratrice. Et Laura de se masculiniser, laissant le héros agonisant sur son lit, recouvert de plaies évoquant clairement la génitalité féminine, et desquelles sort le mal.


***





Chez Lorenzo Mattotti, il est question d’un garçon dont l’oncle a disparu en mer, de mauvais rêves plutôt que de cauchemars, et de nombreux plans influencés par les esthétiques de Dali, ou du court métrage Daughter and Father de Michael Dudok de Wit. Ce segment plait par la grande qualité graphique de Mattotti et les jeux de clair-obscur, de nuances, de dégradés. L'absence de dialogue rend cette esthétique assez prégnante.


***




Marie Caillou propose quant à elle un segment inspiré de japanim, dans lequel il est question du fantôme d’un samouraï acculé au suicide, de la difficulté d’être le nouvel élève dans la classe, mais aussi et surtout de rêves et d’hallucinations, de l’inconscient. Dans une esthétique en nuances de gris-bleuté ou vert, seul le sang découvert sur le lieu du crime des parents de la fillette est rouge, augmentant la tension du segment.


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Pierre Di Sciullo : c’est le fil rouge que l’on retrouve entre chacun des segments et parfois à l’intérieur même de ceux-ci. Une voix-off, celle de Nicole Garcia, énumère les peurs du personnage, le seul que l’on ne verra pas, des peurs très actuelles et adultes, qui s’éloignent donc de l’enfance, et du noir : il est question de politique, de l’usure de la planète, de l’égalité des sexes ou des scientologues hollywoodiens. En contrepoint des mots viennent les images, le rythme de lignes ou de points, hypnotisant le spectateur, comme le discours que l’on entend. Ce minimalisme ramène au cinéma expérimental, à Norman McLaren notamment.


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Pour finir, Richard McGuire présente la séquence la plus graphique du film. Un homme perdu dans une tempête de neige, pénètre dans une maison et découvre l’endroit, à la lueur d’une bougie. Parfois, on ne voit même rien. La scène où l’homme est enfermé dans le noir du placard : seuls les bruits nous indiquent ce qui s’y déroule, et ce qui est suggéré est bien plus angoissant que ce qui serait montré sans équivoque. A nouveau, se mêlent dans cette partie le fantastique, avec le fantôme de la femme, le rêve et les hallucinations. Il est encore une fois question de viol, mais au sens métaphorique ici, puisque l’homme entré de manière intrusive dans la demeure, s'y installe et visite ce lieu renfermant un secret. Les bruits mais aussi la musique, les violons qui couinent dans le dédale des couloirs rappellent Bernard Hermann chez Hitchcock ou l’hôtel de Shining. Du film de Kubrick, on retiendra aussi la grande maison isolée par la neige. Importance des motifs, de la tapisserie et de la robe de la femme. L’inspiration vient cette fois (entre autre) des nabis et en particulier de Vuillard (La robe à ramages et L’atelier).







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Un film aux segments plutôt égaux, tous très riches, qui évoquent les peurs primaires que tout le monde aura un jour éprouvé, et rappelle la transversalité des arts, leur rencontre dans le médium cinéma.

Les bonus proposent une version du film commentée par Etienne Robial, directeur artistique, et Christophe Jankovic, producteur. On peut trouver également une visite de l’exposition éponyme qui s’est tenue à Angoulême, que nous présente Etienne Robial. L’exposition est divisée en cinq parties, correspondant à cinq étapes fondamentales dans le processus de création du film : la naissance du projet avec les esquisses et le synopsis, le storyboard/le scénario, l’animatique, l’animation puis la post-production. Malheureusement, ce bonus ne présente que très peu d’intérêt, car très superficiel et peu dynamique.
Plus intéressant, le « diaporama de documents de travail » des six réalisateurs, qui reprend pour chacun d’eux les étapes sus-citées. On y trouve une vidéo référence de Blutch pour animer la danse du vieillard, un animateur sur sa table qui flippe des dessins, un extrait de l’animation rough, des model sheet. On y voit un extrait de l’animatique de Burns, dans laquelle il y fait une voix temporaire, puis le doublage. Guillaume Depardieu, fixe comme le personnage qu’il double, alors qu’Aure Atika qui prête sa voix à Laura bouge plus. Une vidéo de Burns expliquant ses attentes à l’équipe, ou les différentes étapes du rendu de l’image 3D, que l’on peut également voir dans les bonus du DVD de Fourmiz. Un bonus d’une grande qualité, d’une rare richesse, qui montre la multiplicité des métiers présents sur un film d’animation, l’importance des animateurs, de la cohérence de l’univers artistique.




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