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Pete Docter & Bob Peterson – "Là-haut"
Sorties salles
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Il y a un miracle persistant avec les productions Pixar. Invariablement, il semble que l’accueil qu’elles reçoivent soit très majoritairement enthousiaste (allez, admettons un bémol pour Cars, la passion pour la bagnole de John Lasseter ne semblant pas partagée par tout le monde). Mieux, les productions Pixar sont toujours considérées comme des "films à part entière" quand celles des autres grands studios d’animation mainstream du moment (Dreamworks ou Fox, pour ne citer que ces deux-là) sont d’abord considérés comme des "films d’animation". Dans l’esprit d’encore beaucoup de gens et même si les choses ont considérablement évolué depuis une bonne quinzaine d’années (en grande partie grâce à Pixar, d’ailleurs), le cinéma d’animation reste encore associé aux jeunes spectateurs. C’est moins vrai des films Pixar, qui présentent généralement plusieurs niveaux de lecture, même s’il y a belle lurette qu’à peu près toutes les grosses productions d’anim' adressent aussi de gros clins d’œil aux adultes. Qu’est-ce qui fait que ce qui fonctionnait si merveilleusement chez Pixar jusqu’à Monstres & Cie (et révolutionnait cette technique cinématographique bien au-delà de considérations informatiques) ne prenne plus, ou beaucoup moins bien aujourd’hui ? Hasardons une hypothèse : les deux premiers Toy Story, 1001 pattes comme Monstres & Cie assumaient parfaitement le fait de s’adresser prioritairement aux enfants (et avec quelle efficacité, je peux en témoigner !). Des jouets, des insectes sympathiques (à peu près au même moment, d’ailleurs, Dreamworks sortait l’assez laid Fourmiz, qui, lui, visait au moins autant les parents que leur progéniture), des monstres pour rire (pour frémir, aussi, un peu) : l’univers était clairement celui de l’enfance. Et la force de ces films était de considérer leurs jeunes spectateurs comme de vrais spectateurs de cinéma, à qui l’on proposerait des scénarios sophistiqués et remarquablement bien écrits (sous très haute influence pour 1001 pattes, évidemment, des Sept samouraïs jusqu’à Three Amigos !). ![]() Là-haut semble aujourd'hui l'aboutissement d'une évolution progressive de l'écriture des scénaristes Pixar. Cette fois, on part à l'inverse d'un univers "réaliste" et adulte (même si l'histoire du vieux Fredricksen prend racine dans son enfance), en se permettant même un prologue beaucoup plus conçu pour les parents que pour leurs enfants, prologue assez facile dans sa conception mais incontestablement très réussi et émouvant. On pourra ensuite juger original et poétique ou non l'envol du vieux bonhomme avec sa maison dans les airs (en oubliant alors quelques productions Ghibli et surtout Le Sens de la vie, des Monty Python) mais on reste en tout cas dans le même registre. Jusqu'à l'arrivée dans l'improbable jungle sud-américaine. Assez symboliquement et peut-être inconsciemment, les scénaristes ont alors l'idée de faire débarquer nos deux passagers aériens (puisque le boy-scout Russell s'est involontairement retrouvé à bord) sur la terre ferme et de leur faire tirer pendant plusieurs jours la maison volante et ses ballons multicolores. On peut faire de ce long épisode une joli trouée poétique (le vieil homme "prisonnier" d'un passé qui, en même temps, donne un sens au peu de vie qui lui reste : accomplir le rêve de sa défunte épouse), mais on peut aussi en faire le symbole d'un boulet scénaristique à traîner et que l'on ne sait plus comment exploiter. ![]() Très rapidement, nos deux apprentis explorateurs vont d'ailleurs rencontrer d'autres personnages et c'est là que le bât se met à blesser sérieusement, comme si le film se refusait alors à suivre son programme initial,et larguait les amarres de son ancrage plus adulte pour rallier les rivages de la fantaisie enfantine, "à la Disney", serait-on tenté de dire. C'est évidemment faux car le film a dû passer des années en phase d'écriture, mais on a alors l'impression que le film ne sait plus très bien quelle direction prendre et improvise ses nouveaux personnages scène après scène, comme si l'argument de départ ne dépassait pas la belle idée de court-métrage (ce qui est d'ailleurs si probablement le cas qu'il est frappant de constater que Là-haut n'est "vendu" quasiment que sur l'argument de sa première demi-heure). "Et si nos deux personnages rencontraient un drôle d'oiseau bizarre, déjanté mais pas trop ?" (pas assez, en l'occurrence, pour partir du côté du cartoon loufoque à la Tex Avery), "et si, ensuite, notre trio tombait nez à nez avec de bizarres chiens qui parlent ?", "et si l'explorateur du début n'était pas mort et recherchait justement ce drôle d'oiseau depuis toutes ces décennies ?"... Franchement, on est désolé de dire que l'on frise alors le n'importe quoi (culminant certainement avec une attaque de mini-avions de combat pilotés par ces fameux chiens parlants), avec un manque de rigueur auquel Pixar ne nous avait jamais habitué, même dans ses moments les plus faibles... ![]() "Poésie", nous répondra-t-on encore ! "Où diable est votre âme d'enfant ? Et puis, chez Ghibli, on voit bien pire et tout le monde trouve ça génial !". D'abord, comme Pixar, cela fait aussi quelques années que Ghibli, et Miyazaki en premier lieu, ne font pas que donner dans le génie. Ensuite, ces films sont profondément ancrés dans une tradition japonaise animiste et pleins d'une spiritualité (à laquelle on adhère ou pas) qui n'est pas celle de l'Occident (et singulièrement de l'Amérique) matérialiste. On voit bien en quoi Là-haut, plus qu'aucune production Pixar, se veut un hommage aussi à Miyazaki (l'admiration entre ce dernier et John Lasseter est sincère et réciproque depuis de longues années) : le ciel, les machines volantes, des échos de Porco Rosso dans les duels aériens de la fin du film et jusqu'à la présence d'un personnage manifestement eurasien (Russell). On sent aussi l'envie de faire du vieil aventurier Charles Muntz (hommage à la fois au rival historique de Disney, Charles Mintz, mais aussi à Lindbergh, son Spirit of Adventure renvoyant évidemment à son Spirit of St. Louis) un avatar céleste du Nemo (tiens...) de Jules Verne (après 20 000 lieues sous les mers, 2 petits vieux dans les airs ?), mais ça ne fonctionne pas. On regrette plutôt que de belles idées ne soient pas mieux exploitées, notamment avec les chiens. Lorsque ceux-ci se mettent à servir le champagne avec un style qui n'appartient qu'à eux (mais avec du style, du chien, même), on se dit qu'on est passé à côté d'un truc assez délirant et assez poilant. Idem pour le fait que ces chiens parlent mais uniquement par l'intermédiaire de leur collier technologique : on les entend ainsi parler sans que leur gueule ne bouge, ce qui nous renvoie ironiquement aux premiers âges de l'animation animalière, ceux d'un Ladislas Starewitch, par exemple, quand on faisait artificiellement parler des marionnettes ou de vrais animaux mais que ça fonctionnait tout autant que par le truchement "réaliste" de l'animation assistée par ordinateur. Pour la suite de ses productions, on suggèrerait volontiers à Pixar de réfléchir un peu plus à ses chiens et aux leçons qu'il pourrait en tirer plutôt que de participer, comme les autres, à la course aux armements technologiques (en passant par l'inévitable 3D...). ![]() Parce qu'on a tant aimé ce studio à ses débuts, parce qu'on a sincèrement cru que le cinéma d'animation (et pourquoi pas le cinéma tout court) ne serait plus tout à fait le même après, on est tout aussi désolé de voir Pixar incapable d'éviter une autre course, celle du tout spectaculaire et des scènes d'action en forme de morceaux de bravoure, la vraie plaie actuelle du cinéma d'animation grand public (on en reparlera très prochainement avec Numéro 9). Ici, cette dérive d'une dernière partie vraiment catastrophique vient tout particulièrement "trahir" l'argument de départ et les personnages même du film. Faire in fine de Karl Fredricksen une sorte de Papy Indiana Jones (encore plus vieux que le vrai, oui, c'est possible), c'est aussi ridicule qu'en contradiction totale avec le personnage. Après Les Indestructibles et Wall-e, c'est la troisième fois qu'un film Pixar ne tient pas les promesses d'une brillante introduction. Mais c'est par contre la première fois que, au final, la balance est aussi clairement déficitaire. Pixar nous doit une vraie revanche et on ne sera pas indulgent éternellement... Retrouvez d'autres articles sur Pete & Peterson Docter : Là-haut, sur la Croisette…
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