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Pascal Thomas – "Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-04-12



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Quelquefois, un petit détail, a priori insignifiant, peut nous dire beaucoup de chose sur un film entier. Ainsi, dans Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour… (que, n’étant pas payé à la ligne, nous nommerons désormais simplement Ensemble…), cette scène de pur vaudeville où Noémie Lvovsky en négligé avantageux entreprend Julien Doré, vêtu d’improbables sous-vêtements, dans sa salle de bain. Manches retroussées, on distingue assez nettement sur l’avant-bras droit de ce dernier un tatouage. Ce simple ornement ne colle pas le moins du monde avec la personnalité du héros. Et pour peu que le spectateur du film ait un tout petit peu suivi l’actualité musicalo-télévisuelle de ces trois dernières années, il sait qu’il s’agit plus précisément d’un tatouage des Dig Up Elvis, l’un des groupes dont faisait partie Julien Doré avant que la Nouvelle Star ne le projette en pleine lumière médiatique. Autant dire que, là, on est à des années-lumière de son personnage de Nicolas Heurtebise…
Il n’aurait guère été compliqué de demander à la maquilleuse du film de camoufler la chose. Mais Pascal Thomas s’en est bien gardé, prenant même vraisemblablement un malin plaisir à filmer ainsi le tatouage de son comédien.

Bernard Menez et Julien Doré dans "Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour..."
Bernard Menez et Julien Doré

Et donc, que nous révèle ce détail ? Que cette sorte d’"anachronisme", qui n’est pas temporel, l’action du film étant contemporaine (quoique…), est au fond au cœur de son projet. Avec Ensemble…, plus encore sans doute que dans ses autres films (qui n’ont jamais versé dans le modernisme le plus ébouriffé), Pascal Thomas a signé un film désuet. Dont les personnages n’ont pas forcément disparu du paysage ethno-sociologique français (il y a encore des jeunes gens qui font partie d’ensembles folkloriques régionaux, et qui, à l’occasion, peuvent tomber amoureux l’un de l’autre dans un festival à Confolens, Charente, il y a encore des coiffeurs de petite ville de province travaillant en blouse, il y a encore des tailleurs dont l’atelier de couture est installé à leur domicile, il y a encore des pères bourrus s’opposant au mariage de leur fille, il y a encore des couples qui fantasment leur vie sur celle des héros du Docteur Jivago *, etc.), mais ont assurément disparu du paysage cinématographique national !

Sans faire de pauvre jeu de mots, le scénario de ce film vient d’ailleurs d’un autre âge, celui du plus célèbre duo de la comédie italienne des années 50 à 70, Age et Scarpelli (ici associés à Dino Risi pour un projet, Arte di vivere, qui ne vit jamais le jour), donc destiné à une toute autre époque que la nôtre. Pascal Thomas est évidemment bien conscient de tout ça et semble beaucoup s’amuser à signer un film largement hors du temps. Une sorte de conte, rythmé par quelques intertitres temporels passés eux aussi de mode, une comédie qui doit finalement moins à l’Italie de l’après-guerre qu’à l’Amérique de l’avant. Marina Hands et sa teinture blond vénitien et Julien Doré et ses lunettes nous évoquent davantage un couple à la Katharine Hepburn / Cary Grant (particulièrement dans L’Impossible Monsieur Bébé) que Sophia Loren et Alberto Sordi, au hasard.
Cette fantaisie assez relâchée, bien dans la manière de Pascal Thomas depuis ses débuts, fait son charme. De même que la mise en scène, dans la grande tradition des screwball comedies hollywoodiennes, sait bien inverser les rôles en virilisant l’héroïne et féminisant le héros (notamment via une assez nette différence de taille, d’ailleurs pointée du doigt au début du film).
Marina Hands et Julien Doré dégagent une belle énergie et le second, pour ses vrais grands débuts cinématographiques, confirme ce que la scène semblait révéler : un vrai tempérament de comédien. Ils sont de plus magnifiquement épaulés par un surprenant Guillaume Gallienne, irrésistible en sourd-muet.

Julien Doré, Guillaume Gallienne et Marina Hands dans "Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour..."
Julien Doré, Guillaume Gallienne et Marina Hands

Pourtant, tout ça a du mal à tout à fait emporter l’adhésion…
Le pari de la désuétude et du suranné est un pari risqué, qui n’est pas totalement relevé. Dans ses moments les plus faibles (malheureusement assez nombreux dans sa partie provinciale), le film est même parfois embarrassant et nous laisse craindre que Doré ne se soit grillé dans un film "impossible" pour son premier rôle en vedette.
Ce n’est pas la faute de ses comédiens, mais le film peine à exister vraiment tant qu’il s’écarte peu de son couple vedette, parce que les personnages ne sont pas assez forts pour échapper à leurs stéréotypes. La constitution de l’éternel triangle mari-femme-amant (pour paraphraser le titre d'un autre film de Thomas), avec l’entrée en jeu de Gallienne, fait à cet égard un bien fou au film. Il est d’autant plus dommage que Thomas n’ait pas davantage  développé ses seconds rôles qu’il nous avait fait le grand plaisir de convoquer à nouveau le grand Bernard Menez et donc le souvenir ému de Pleure pas la bouche pleine ou du Chaud lapin
En très fin connaisseur du patrimoine cinématographique qu’il est, Pascal Thomas aurait pourtant dû savoir que les plus grandes comédies romantiques restaient souvent dans les mémoires aussi grâce à leurs seconds rôles…


* Depuis Palombella rossa, on en doutait, quand même…





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