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Olivier Dahan - "La Môme"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2008-03-19



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La vie d'Edith Piaf fut un tel roman qu'il est finalement assez étonnant qu'il ait fallu attendre si longtemps après sa mort (plus de 40 ans) avant qu'un biopic en bonne et due forme ne lui soit entièrement consacré !
Peut-être aussi le précédent Edith et Marcel, film à partir duquel l'engouement populaire autour des films de Claude Lelouch est allé globalement decrescendo malgré quelques sursauts épars, faisait-il planer le sceptre d'une malédiction, comme en écho d'une vie qui n'aura pas été épargné par les tragédies. Au moins l'immense succès du film d'Olivier Dahan aura-t-il brisé le mythe d'une supposée mauvaise étoile...

Le problème est que cette vie fut tellement riche, portant en elle tellement de germes de récits potentiels à part entière, que s'atteler à l'exercice dans sa globalité était peut-être bien une FBI (Fausse Bonne Idée). Avec du recul et passés les flonflons des récompenses à foison pour son interprète principale, on est bien obligé de constater que la gageure n'est pas relevée, il s'en faut même de beaucoup.

C'est bon, Marion, tu peux retirer ton costume pour célébrer toutes tes statuettes, hein !


A trop vouloir courir les grandes étapes du parcours d'une gosse des rues vers la gloire immortelle, le film n'en traite réellement aucune : la misère absolue du Paris le plus populaire qui soit de l'entre-deux guerres, la prime enfance dans un bordel, la découverte "conte de fées", le retour de bâton aussi rapide que brutal (après l'assassinat de son découvreur Louis Leplée), la rédemption et l'ascension fulgurante, la gloire internationale, la romance passionnée avec Cerdan, la toxicomanie, la maladie, le chant du phénix avant la chute finale... Tout ça est dans le film, mais juste effleuré, comme une page de Lagarde & Michard traiterait la biographie d'un de nos grands écrivains patrimoniaux.
Rien n'agacerait probablement plus Dahan que cette comparaison académique, lui qui se veut furieusement "moderne" depuis ses débuts derrière la caméra et dont le scénario ne ménage pas sa peine pour donner l'impression la plus "déconstruite" possible. Les époques se téléscopent, dans un effet de montage temporel dont la pertinence ne saute pas toujours aux yeux, mais tout ça pour nous dire quoi ? Que les différents épisodes de la vie d'un être humain trouvent un écho à travers les années ? Et surtout, qu'un adulte se construit des épreuves de sa prime enfance ? Merci pour le scoop, Olivier !

Certaines scènes ne manquent pas d'une certaine élégance et/ou émotion, mais que tout ceci sent le ripoliné et l'artifice (dans le mauvais sens du terme, hélas) ! Les scènes de l'enfance, en particulier, sont particulièrement catastrophiques. Laurent Boutonnat n'est pas loin ! On croyait venir voir Edith Piaf, et on nous propose Mylène Farmer, le choc est rude...

La bisexualité d'Edith, à peine suggérée dans le film...


Au-delà même de bien des aspects de la biographie de Piaf non traités (ou si peu) mais pourtant bien plus passionnants que ceux que l'on voit à l'écran (sa voracité sexuelle, qui n'est pas qu'anecdotique car liée à son oeuvre elle-même et surtout à son côté "Pygmalion féminin", que le film "oublie" purement et simplement - et pourtant... Montand, les Compagnons de la Chanson, Moustaki, Charles Dumont, pour ne citer que les plus célèbres ! -, son attitude très courageuse pendant la guerre, alors que tous les artistes de l'époque ne peuvent certes pas en dire autant, ses origines étrangères mêlées, y compris kabyles, à une époque où la mixité ethnique était perçue comme une aberration, etc.), le meilleur sujet était celui du mystère de l'alchimie entre une artiste et un public, à travers les années, les générations, au-delà du temps. Dahan aurait peut-être aussi dû écouter Trenet et sa superbe chanson L'Ame des poètes :

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues


Piaf était une interprète, pas un poète, certes (quoiqu'elle écrivit notamment elle-même La Vie en rose ou L'Hymne à l'amour, ce qui n'est pas rien !), mais n'est-il pas étonnant qu'alors même qu'on n'a jamais écouté le moindre de ses disques (ce qui est mon cas), on connaisse la majeure partie des paroles d'une bonne vingtaine des chansons qu'elle a immortalisées ?!? Pourquoi et comment une artiste a pu à ce point toucher le coeur des gens, personnifier la France et/ou l'idée que l'on peut s'en faire (notamment à l'étranger), en des temps infiniment moins médiatiques qu'aujourd'hui, voilà bien une interrogation fascinante... à laquelle La Môme n'offre réellement aucun début de réponse, hélas !

"Mesdames et Messieurs, sous vos yeux ébahis, Edith Piaf dans le rôle de Marion Cotillard enfant !"


Reste LA performance de qui vous savez... Avec toute la mansuétude du monde, force est de déplorer que Marion Cotillard reste dans le domaine de l'imitation, souvent brillante, incontestablement (merci aux costumiers, maquilleurs et coiffeurs !), en dépit de la période des 18-20 ans, quand même assez peu crédible, mais jamais dans celui de l'incarnation, encore moins de le "re-création" d'un personnage qui serait Edith Piaf. En étant même vraiment méchant, on pourrait dire que ce film est souvent la foire à la grimace. Est-ce que, pour autant, on approche de plus près le personnage, de ce qui le constitue profondément ? Non, mais il est tout aussi incontestable qu'elle et Dahan ont atteint leur but auprès du public et de la "profession", mystifée, au-delà de toutes leurs espérances les plus folles, probablement...

Qu'on nous permette, pour notre part, de dire que, La Môme, on s'en tamponne le cotillard.




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Commentaires
De : Essel

Je viens de voir le film et j'ai vraiment tiqué. Faut vraiment être débile pour croire que ça ressemble à Edith. Toutes ces grimaces et ces airs débiles.

De : Essel

Je viens de voir le film et j'ai vraiment tiqué. Faut vraiment être débile pour croire que ça ressemble à Edith. Toutes ces grimaces et ces airs idiots.

De : essel

C'est pas de moi mais c'est ce que j'ai trouvé de mieux :
« l’objet filmique en tant que tel reste vague, nauséeux, difficile à digérer »
« Edith ressemble souvent à une marionnette un peu grotesque »


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