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Oliver Stone - "Wall Street, l'argent ne dort jamais" (Avant-Première)
Sorties salles
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Fatigué Oliver Stone ? Le moins que l’on puisse dire c’est que Wall Street 2 n’est pas vraiment là pour rassurer quand à l’avenir du cinéaste, qui semble avoir du mal à se remettre du flop monumental de son excessif Alexandre. Après le 11 septembre façon mélo hollywoodien classique, et son portrait d'un pathétisme attendrissant de Georges W. Bush, voici le revival en mode sitcom familiale de l’un ses films les plus divertissant et carré.
![]() L’argent ne dors jamais, les occasions pour Stone de recycler l’actualité pour nous offrir des versions nunuche de ses anciens films non plus visiblement… Ce qui est navrant dans Wall Street 2, c’est d’abord son scénario d’une transparence paresseuse. Le plan et les intentions de Gekko pour revenir au sommet de la finance est constamment prévisible, le seul suspens étant un « va-t-il honnêtement s’attendrir et faire preuve d’humanité envers sa petite famille » ? Sur plus de 135 minutes, c’est un peu juste… Et en prime, le scripte ne se sort de cet unique dilemme qu’avec une pirouette franchement désolante, qui fait craindre aussi que Stone soit en train de verser dans un cynisme un peu gâteux autour de "monstres attachants". Il y a bien au moins une superbe scène dans Wall Street 2, cruelle et impitoyable. Un Frank Langella dépassé s’y fait tuer au sens figuré à coup de rachats à prix microscopique de ses actions dans une réunion de salon… Le vieux Eli Wallach et Josh Brolin s’y montrent des requins totalement dépourvus d’humanité, et un prix sortant de leur bouche porte aussi durement que s'ils achevaient leur victime à l'arme blanche. Le personnage de Langella, complètement dépouillé, sera la seule figuration un peu touchante ici de toute l’horreur qui se joue en arrière plan dans ces jeux…
Pour le reste on se demande quel besoin il y avait pour le cinéaste de revenir à cet univers vingt-trois ans plus tard, si ce n’est pour enfoncer une succession de portes ouvertes sur l’état du capitalisme financier. Gordon Gekko qui survit médiatiquement en écrivant des pamphlets sur le sujet passe ainsi le plus clair de son temps à filer des aphorismes et métaphores toutes plus périmées les unes que les autres. Bien sur, on peut choisir de regarder le film autrement, en se focalisant sur les récentes révélations quand à la santé de Michael Douglas… Ses comparaisons fréquentes entre le capitalisme et le cancer ne tombent pas dans une oreille innocente, de même que le scénario focalisé sur ses déboires avec ses enfants: une fille qui le renie et un fils mort d’une overdose… Mais aller chercher de l’émotion dans un film en essayant de le relier à l’actualité people de l’un de ses acteurs, en passe peut-être de livrer l’une de ses dernières prestations, c’est tout de même attristant quand à l’œuvre en elle même.
![]() Concernant la mise en scène et le montage, il est difficile de savoir si Stone se fiche délibérément de son spectateur, ou bien se trouve être complètement lessivé… La finesse n'a certes jamais été sa qualité première, mais la foisonnance d’images mises en perspectives et les accumulations d’idées et de colère parvenaient naguère, dans le pire des cas, à être le gage d’une certaine sincérité. En s’auto-parodiant par des fondus enchaînés figurant les gratte-ciels à des diagrammes boursiers, ou un crash à une chute de dominos, le réalisateur embarrasse plus qu’autre chose, surtout qu’il traite ici l’effondrement de 2008 avec une légèreté et une superficialité tout de même stupéfiante. Le reste s’avère n’être qu’un filmage hollywoodien totalement fonctionnel, Stone semblant s’installer dans un certain cinéma de commande pépère sans trop se casser la tête.
Difficile de trouver un intérêt au petit couple campé par Shiea La Beouf et Carey Mulligan, sans doute très représentatif ceci dis de son époque, à vouloir jouer sur tous les tableaux : réussite sociale, pactole individuel et recherche du sens politique. L’union de la fille de Gekko, rédactrice en chef d’un mediapart new-yorckais, avec un trader idéaliste (ça existe ? Stone s’en amuse un peu narquoisement) est à la base assez absurde. Mais rien du scénario à la mise en scène ne cherche à rendre ça crédible, même sur le plan psychanalytique (la fille Gekko sortant avec une version javellisée de son papa ? le jeune héros campé par Shiea cherchant désespérément un mentor? Tout cela est considéré à vol d’oiseau). Même s’il s’agissait de montrer les contradictions des parvenus et jeunes loups déguisés de notre époque, le film manque son coup, puisque tout n'est finalement traité que dans une sauce romantique hollywoodienne des plus lambdas (mensonge et rédemption de rigueur).
On a peut-être envie, en fait, de voir sur ce sujet autre chose que ces énièmes jeux macrocosmiques clinquants, qui s’ils amusaient encore au moins au cinéma dans les années 80 n’ont plus aucune crédibilité à la base actuellement… Ce que Stone hélas ne cherche même pas à prendre en considération. De fait ce Wall Street 2 n’est juste qu’un long film de dorures très classique sur un vase clos qui a perdu de son sex-appeal ; il n’apporte strictement rien dans ses tensions entre farce et humanisme de gratte-ciel, sinon de l’ennui.
Sortie le 29 septembre 2010. Retrouvez d'autres articles sur Oliver Stone : Video kills the radio star: "Talk Radio" d'Oliver Stone. Concours Culturopoing/CARLOTTA - "Talk Radio".
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