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Noémie Lvovsky - "Faut que ça danse !"

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Posté par Lu et approuWee le 2007-11-30



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Et bien s'il faut que ça danse, nous danserons !, et sur deux pieds aujourd'hui, car c'est un article à quatre mains que nous vous proposons (et ne venez pas faire la tête).
Quatre yeux, deux regards qui se complètent et vous proposent un dialogue complémentaire sur le film. Le principe est simple, premier solo au devant de la scène pour Gee Wee, puis c'est Lu que vous aurez lu... ça change de couleur quand ça change de rédacteur (le rouge et le vert, c'est pasque c'est bientôt Noël).
Let's Dance!


Il faut bien avouer que l'affiche de ce film est assez trompeuse. Quand elle nous laisse entrevoir la simplicité et la fraîcheur (pour parfois virer vers la platitude et la banalité) d'une comédie musicale qui aurait du peps !, le film nous plonge dans un univers très personnel et s'affranchit avec plutôt pas mal de réussite de quelques redondances désagréables du cinéma français.

A l’origine, le film devait s’intituler « Fred Astaire et moi », tout un programme ! Mais ce titre a été abandonné au profit de l’actuel « Faut qu’ça danse », peut-être plus proche du sujet. En effet, de Fred Astaire, il n’est que peu question, si ce n’est que dans une scène de « Top Hat » qui, arrêtée sur image, nous le donne à voir en l’air, au milieu d’un entrechat. Cette sensation de liberté procurée par la danse, Salomon cherche à se l’approprier en allant lui-même suivre des cours de claquettes (pour lesquels Jean-Pierre Marielle raconte fièrement qu’il l’a joué au feeling, sans coach particulier). Sa vie, en effet, se partage selon lui entre la Shoah, c’est-à-dire la mort, et sa fin de vie, proche. Danser pour survivre nous dit Noémie Lvovsky, très bien, alors dansons ! Mais le pas de bourrée du jazz s’accomode mal des pointes classiques, de même, le film peine à trouver son sujet : difficulté de la filiation ? Peur de la mort, qui nous travaille d’autant plus que l’on a vu son peuple périr par millions ? A trop tâtonner, le film se perd, on ne sait pas trop où l’on veut nous amener, un peu comme devant le gala annuel de danse de la MJC de Trilbardou.

Déjà, qu'on le dise, ça n'est pas une comédie musicale. La musique y tient pourtant une place prépondérante, quand l'on sait que Archie Shepp est à l'origine de la majorité de la bande-originale. Je vais prendre le saxophoniste de jazz comme point central du film, car c'est véritablement autour de lui que l'on peut concevoir une dynamique du film (car c'est à son nom que je dois d'être allé voir "Faut que ça danse").
La musique d'Archie Shepp se caractérise par le son rauque du ténor et sa très forte expressivité : qui évoque souvent une plainte, un cri. C'est une musique chargée à la fois de puissance, mais aussi de douleurs ; et dont l'apparence immédiate peut rebuter. De cet impact sur le spectateur, je crois que le film se construit sur les mêmes thématiques de la puissance identitaire et de la douleur.
L'intrigue principale est relativement simple et ne tranche pas dans le paysage cinématographique actuel : on suit l'héroïne, Sarah, (Valeria Bruni-Tedeschi) partagée entre sa mère (Bulle Ogier), apathique, son père Salomon (Jean-Pierre Marielle) qui tente d'avoir une vie normale (jusqu'à l'égoïsme) et sa propre vie avec François (Erié Elmaleh).
Deux aspects intéressants et atypiques dans le film, et qui tournent autour de la question de l'identité, sont la construction des personnages et la narration.


Marielle réussit par ailleurs à tisser un vrai lien avec chacune de ses partenaires. Bulle Ogier, son ex-femme qui fait toujours partie de sa vie, elle-même une bouffée d’air frais dans ce monde trop rationnel. Entre Marielle, toujours à l’extrême, et elle, mutique et apathique, toute une gamme d’émotions se profile. Sabine Azéma, qui prend un sacré coup de vieux à jouer l’amoureuse du monsieur, se plaît dans des rôles de vieille fille (le magnifique « Cœurs » de Resnais) et cela lui va bien, convaincante dans son numéro comique de femme au bord de la crise d'alcool (oui, le pas de bourrée, c'était elle). Quelques scènes valent vraiment le coup d’œil, comme celle dans laquelle Marielle reste coincé dans un tank dans un Musée parisien. Mais après ?


elle est pas mimi la p'tite Violette ?


Une forte prégnance de mélancolie règne dans tout le film. La mère, atteinte de dégénérescence cérébrale, ne manifeste aucune émotion, semble déphasée de la réalité, jusqu'à ne plus reconnaître sa fille et à ne plus émettre aucune envie. Le père, de religion juive, marqué par son passé dont on obtiendra uniquement des bribes, tente de garder le goût à la vie en prenant des cours de danse, et rencontrant des dames par le biais d'annonces. Le personnage est tiraillé entre un passé qu'il fuit, et un avenir qu'il refuse d'imaginer comme bref. Ce désir puissant de vie et de présent l'amène à agir avec égoïsme et répulsion, mais d'une innocence qui exprime la mélancolie de ce personnage qui ne demande rien à personne et qui voudrait qu'on ne lui demande rien en retour.
Ce personnage est clé dans le film, car situé à la charnière des repères de Sarah qui l'adule mais ne supporte plus ses comportements excessifs, et a du mal à concevoir sa propre vie (et celle de son futur enfant) sans des repères fiables, d'où un aspect assez mélancolique, peut-être dans cette difficulté constante de relier les points entre eux.

Heureusement la musique d’Archie Shepp est là pour colmater tout cela, et résonne magnifiquement dans une scène où Bulle Ogier est seule, sur son lit, pensive (l’est-elle vraiment ?).

Là, la narration est assez importante, car sans s'écarter d'un fil conducteur assez clair qui trace les divers évènements de chacun, il n'y a que peu de véritable intrigue, et on trouve même des "ramifications" qui sont des morceaux de rêve ou de souvenir de Sarah, qui viennent comme cela ponctuer le film et lui donner cet aspect personnel. L'identité de Sarah est esquissée par tous ces éléments plus que montrée explicitement et donnée par des mots clairs et univoques. Ainsi, par ces touches qui ne répondent pas d'une intrigue unique (mais, donc les histoires de chaque personnage), on sort d'un cadre bien délimité pour arriver vers quelque chose qui probablement tient sur le fil du rasoir (et tombe aussi peut-être), comme la ligne de sax d'Archie Shepp, en équilibre instable, passant parfois (et souvent) du côté de la "faute" (impression d'un "jouer faux"), qui n'est justement pas à prendre comme telle, mais la marque et d'un aspect identitaire, et de la sincérité dans la conception artistique.


Retrouvez d'autres articles sur Noémie Lvovsky :

Noémie Lvovsky – "Oublie-moi / La Vie ne me fait pas peur" (DVD)


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