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Noémie Lvovsky – "Oublie-moi / La Vie ne me fait pas peur" (DVD)

Sorties DVD
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-07-14



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Depuis quelques années, on finit par mieux connaître Noémie Lvovsky comme (excellente) comédienne (Les Mains libres, Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…, Les Beaux gosses, Copacabana ou… Coco) que comme cinéaste. La collection "2 films de" des Cahiers du Cinéma nous remet donc opportunément en mémoire ses deux premiers longs-métrages pour le cinéma, Oublie-moi (1995) et La Vie ne me fait pas peur (1999).
L’argument de départ des deux films est a priori bien différent : l’entêtement aveugle d’une jeune femme pour un homme qui ne veut plus d’elle et ses errances amoureuses parallèles avec d’autres hommes pour le premier ; les destins croisés d’une bande de quatre copines ados inséparables, de 15 à 18 ans, pour le second. Pourtant, au fond, le sujet est le même, que l’on pourrait abruptement résumer ainsi : l’hystérie féminine. Sur son versant centripète et autodestructeur pour Oublie-moi, centrifuge et plus libérateur pour La Vie…

On pourrait surtout dire qu’Oublie-moi souffre affreusement d’un manque de distance de la réalisatrice avec son personnage (trop autobiographique ?), que l’on ne lâche pas d’une semelle, avec comme conséquence, pour le spectateur, qu’ils deviennent vite aussi insupportables l’un que l’autre. Peut-être plus qu’aucun autre, Oublie-moi a vraiment tout de la caricature du "film Femis" parisiano-nombriliste, dénué d’enjeu cinématographique, laissant constamment le spectateur à sa porte. A moins, peut-être, de traverser les mêmes états d’extrême confusion amoureuse de son personnage principal. Quelques mois auparavant, Laurence Ferreira Barbosa offrait pourtant un rôle borderline assez similaire à Valeria Bruni Tedeschi (qui semble vraiment attirer ce type de rôles) mais le résultat, Les Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel, était bien différent, car elle usait (sans en abuser) d’un ingrédient qui manque totalement au film de Noémie Lvovsky : l’humour, ou au moins une certaine forme de légèreté. Ou alors, peut-être y en a-t-il, mais alors tellement bien caché ou bien tellement subtil que je n’en ai rien vu.
Le court-métrage de fin d’études de la Femis offert en bonus, Dis-moi oui, dis-moi non, ne fait rétrospectivement que confirmer l’impasse dans laquelle la carrière cinématographique de Lvovsky semblait s’enferrer avant même d’avoir vraiment commencé. Y voir les comédiens d’Oublie-moi (Valeria Bruni Tedeschi et sa coupe mulet du plus bel effet, Emmanuelle Devos, Emmanuel Salinger, plus Olivier Py) dans la jeunesse de leurs vingt-cinq ans ne suffit pas à masquer les affreux tics d’un film qui veut nous rejouer les débuts de la Nouvelle Vague sans avoir le charme de la première fois et d’une certaine insouciance. A la vérité, Oublie-moi lui-même ressemble à un film de fin d’études, dont on se demande si son exhumation aujourd’hui est un si bon service à rendre à Noémie Lvovsky, heureusement passée à autre chose depuis…

"La Vie ne me fait pas peur"
"La Vie ne me fait pas peur"

Il est d’ailleurs possible que travailler dans le cadre d’une commande pour son deuxième film, La Vie ne me fait pas peur (1), lui ait fait le plus grand bien.
Mettant pourtant en scène quatre jeunes héroïnes plus ou moins de sa génération (elles ont à peu près 15 ans en 1975 quand Noémie Lvovky est née pour sa part en 1964), le film recèle certainement une bonne part d’éléments autobiographiques. Quant à Valeria Bruni Tedeschi, elle reprend un court (rôle) de mère ayant cette fois pour de bon sombré dans la folie, qui pourrait être un prolongement de son rôle de Nathalie dans Oublie-moi. Mais le film gagne énormément à être à peu près équitablement réparti entre ses quatre personnages principaux, échappant ainsi à toute dérive nombriliste. Très bien porté par quatre épatantes jeunes comédiennes, qui faisaient toutes ici leurs débuts mais dont, curieusement, deux seulement ont depuis poursuivi une belle carrière (Julie-Marie Parmentier et Magali Woch), La Vie ne me fait pas peur bénéficie de leur énergie et d’une fantaisie bienvenue, même quand le propos se fait plus grave. Noémie Lvovsky s’essaie d’ailleurs déjà au film musical, piste qu’elle explorera à nouveau dans ses deux films suivants, Les Sentiments et Faut que ça danse ! Elle y inaugure aussi sa collaboration avec sa scénariste Florence Seyvos, avec qui elle écrira aussi les deux films cités précédemment.
Sa mise en scène gagne à la fois en ampleur et en variations de ton, quand Oublie-moi était tout entier construit sur le même mode. De façon moins ouvertement comique, il est d’ailleurs frappant de constater que La Vie ne me fait pas peur rappelle assez souvent l’univers des Beaux gosses (où Noémie Lvovsky y campait une mère inoubliable), pas seulement par la proximité du sujet (2). On y retrouve ce bon dosage entre distance d’observation de ses personnages et profonde empathie, qui nous donnerait assez envie de retrouver Emilie, Inès, Marion et Stella dans une éventuelle suite, dix ou quinze ans plus tard…


(1) Ajout tardif à la collection d’Arte Les Années lycée, qui comprenait déjà des films d’Eric Barbier, Manuel Poirier, Romain Goupil et Cédric Klapisch.
(2) Au milieu d’une très belle galerie de courts seconds rôles, on y retrouve aussi une Emmanuelle Devos irrésistible en prof de philo et qui n’est pas sans rappeler la directrice de lycée qu’elle campe dans le film de Sattouf.



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