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Nobuhiro Suwa - "2/Duo"
Sorties salles
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Entre production (Le Temps des grâces, Il n’y a pas de rapport sexuel...), distribution en salles (Road to Nowhere, Go Go Tales...), sorties DVD, édition de livres et de revues/magazines sur le cinéma (So Film étant le magnifique dernier né et le plus grand public, en marge d’un catalogue littéraire aussi pointu que pertinent), les jeunes éditions Capricci nous ont déjà donné l’occasion de nombreux enthousiasmes (et on ne vous parle même pas de la sortie à venir du nouveau Ferrara, 4h44 dernier jour sur terre, car on aura très largement l’occasion de le faire d’ici à sa sortie française, le 19 décembre 2012). Mais on doit aujourd’hui encore les remercier chaleureusement de nous faire découvrir le tout premier film de Nobuhiro Suwa, 2/Duo, réalisé en 1997, deux ans avant que son deuxième film, M/Other ne remporte le prix FIPRESCI à Cannes et n’inscrive Suwa dans la longue liste des réalisateurs japonais à suivre. Il a depuis suivi un chemin assez singulier, "important" en quelque sorte un peu du cinéma japonais dans le cinéma français, avec un réel bonheur (Un couple parfait, un sketch de Paris, je t’aime et le très beau Yuki et Nina, croéalisé avec Hippolyte Girardot), après une relecture (moins convaincante) du fameux Hiroshima mon amour de Resnais et Duras (H Story, tourné à Hiroshima, sa ville natale, avec Béatrice Dalle). Toute la mise en scène de Suwa est déjà là dans 2/Duo, dans sa forme peut-être la plus dépouillée, la plus pure, mais pas du tout la plus parfaite. Et c’est probablement parce qu’elle n’est pas parfaite que le film touche autant. ![]() Hidetoshi Nishijima et Eri Yu
Dans le dossier de presse du film, en évoquant les échanges qu’il a eus sur le tournage avec son chef opérateur, d’une autre génération que la sienne (d’une vingtaine d’années plus âgé), Masaki Tamura, Nobuhiro Suwa révèle énormément de la teneur de son cinéma : "L’expression favorite de M. Tamura était : "Une prise de vue c’est simple, il suffit que les choses soient dans l’image". Je suis tout à fait d’accord avec ces mots qu’on pourrait considérer comme de l’amateurisme. N’essaie pas de construire l’image, il ne faut pas que le cadre soit dominé par une forme de composition picturale. N’essaie pas de créer un bel éclairage, c’est bien tel quel". Aucun risque de prendre effectivement cette profession de foi de Tamura pour de l’amateurisme, lui qui a photographié quelques uns des films majeurs du cinéma japonais de ces vingt-cinq dernières années, comme Eureka (Aoyama), Tampopo (Itami), Suzaku (Kawase) ou surtout le sublime Himatsuri du trop rare Mitsuo Yanagimachi. Comme les films précités, 2/Duo ne se complait dans aucune laideur picturale. Le film nous fait simplement mesurer l’évolution d’une énorme majorité de la production cinématographique depuis, celle d’un cinéma contaminé par l’esthétique publicitaire. Mais plus au sens où on l’entendait dans les années 80 lorsqu’il s’agissait par exemple de railler l’esthétique des frères Scott (parée aujourd’hui de toutes les vertus… les temps changent), usant et abusant des filtres et autres effets hyper visibles. Publicitaire dans le sens où la plupart des films donnent cette impression que leurs plans sont d’abord conçus comme la promotion du savoir-faire de leurs auteurs (à quoi concourt évidemment très fortement la numérisation des images, qui gomment par nature leurs possibles imperfections). Les conséquences en sont évidemment uniformisation et aseptisation, deux mots que ne connaît pas un film comme 2/Duo. Et c’est bien pourquoi sa découverte tardive nous le rend aujourd’hui si précieux. ![]() Hidetoshi Nishijima et Eri Yu
On peut trouver que cette observation d’un couple (loin d’être parfait, celui-là) est un possible équivalent japonais du cinéma de Cassavetes : dans le recours systématique aux plans-séquences et dans leur durée, dans l’alternance entre moments de calme et de tension, dans la collaboration avec les comédiens, enfin. Suwa a construit le film avec ses deux interprètes principaux, Eri Yu (impressionnante dans le film mais que l’on n’a étrangement pratiquement plus revue au cinéma après) et Hidetoshi Nishijima (revu notamment ensuite chez Kiyoshi Kurosawa, License to Live, ou Kitano, Dolls), en partant d’une trame de scénario mais sans dialogues, improvisés par les acteurs (ce qui n’était pas le cas de Cassavetes, sauf sur Shadows). Mais c’est surtout son portrait d’une femme "à la dérive" qui rappelle le cinéaste américain, Yu pouvant être considérée comme une petite sœur de la Mabel d’Une femme sous influence. Ici, c’est une demande en mariage inattendue de la part de son compagnon un peu glandeur et velléitaire Kei, qui va petit à petit tout dérégler. Mais 2/Duo n’est pas aussi "programmatique" que ce résumé semble l’indiquer, les choses sont plus subtiles que ça, comme l’est la vie, qui palpite à chaque seconde devant nous. Le film de Suwa évoque d’ailleurs un autre film japonais à peu près contemporain, Okaeri, réalisé en 1995 par Makoto Shinozaki, récit d’un couple en proie à la plongée dans la schizophrénie de sa moitié féminine. On ne sait pas si Suwa a pensé à ce film (ni même si il l’a vu) mais il est assez troublant d’apprendre que le projet initial de 2/Duo s’appelait La Femme au miroir et était davantage centré sur son personnage féminin, souffrant de double personnalité (*). Depuis sa sortie (discrète) en 1997, Okaeri n'est plus visible en France. Si cela peut donner des idées à Capricci pour enrichir un catalogue déjà somptueux… (*) Il en reste au moins quelque chose dans 2/Duo ne serait-ce qu’à travers son titre, qui n’exprime pas que l’idée du couple. Ainsi que dans le rôle joué par un miroir brisé dans le petit appartement de Yu et Kei. Sortie nationale le 31 octobre 2012
Commentaires
De : fan anonyme transi bonjour, Il paraît que vous êtes un peu triste car vous pensez que vos articles ne sont pas plébiscités à leur juste valeur. Sachez qu'il n'en est rien... Vos oeuvres sont suivies de très près sur CaP ! signé un fan anonyme transi ;-) Insérer un commentaire : |
