Cinq ans de réflexion arrive au point de rupture de la comédie. Nicholas Stoller réussi ce que Judd Apatow avait tenté d'approcher dans Funny People. Mais le premier essai du gang Apatow s'attaquait à la comédie de façon, sans doute, trop frontal. Dans ces deux films la comédie se traite tel un drame, dont il s'agit de rire. Si le film de Judd Apatow abordait l'angoisse de la mort, celui de Nicholas Stoller s'attaque à un sujet plus grave encore: le mariage.
« L'amour est une chose simple, mais le mariage... » aurait dit Kierkegaard, le nouveau film de Nicholas Stoller en est en tout cas une belle illustration. Le cinéaste, est parmi l'écurie Apatow, celui qui était le plus destiné à s'attaquer à ce moment critique où les conventions et le pragmatisme social nous pousse à l'irréparable. Alors que ses personnages se caractérisaient par leur aptitude à la fuite, voilà qu'aujourd'hui ils se décident enfin à se poser. Au moment où ils se sentent près à s'engager, c'est la situation qui se dérobe à eux. Si c'est par la demande en mariage que débute le film, Nicholas Stoller et Jason Siegel n'auront de cesse non seulement de repousser le plus longtemps possible la cérémonie, mais aussi les limites de la comédie.
Loin de
SuperGrave ou d'
En cloque mode d'emploi,
Cinq ans de réflexion, ne pousse pas le spectateur à la franche hilarité. Le film pose la question du rire. Dans quelle circonstance peut on rire d'une amputation, par exemple. Se déguiser en lapin géant, peut être drôle comme cela peut révéler un vrai malaise. Le film est parsemé tout du long de séquences qui se répondent, qui nous font rire ou nous prennent à la gorge.
Cinq ans de réflexion est une œuvre dense pour ce qu'elle dit autant du genre comique que de la difficulté à s'engager. Elle met le spectateur dans une situation inconfortable, l'obligeant à subir des moments pénibles, déprimant ou douloureux. Censé consolider un amour, le mariage repose en définitive sur des fondations extrêmement fragiles. Si le réalisateur et son scénariste se pose la question de la nécessité du mariage alors que tout pousse a croire que cela sera un échec, c'est que pour les deux hommes il faut surtout savoir terminer ce que l'on a commencé.
Apatow et son crew signeraient-ils avec ce film la fin d'une entreprise commencée il y a treize ans sur les bancs de l'école de Freaks & Geeks? On en doute, mais c'est à coup sur la fin d'un chapitre. Une belle aventure où l'on a vu grandir ce grand dadet de Jason Segel, d'abord acteur multipliant depuis les casquettes jusqu'à devenir producteur. Mais c'est lorsqu'il manie la plume pour se mettre en scène qu'il révèle son meilleur profil. Si jamais acteur n'avait aimé autant se montrer dans son simple appareil, c'est qu'il s'agit pour le scénariste Segel de mettre en image la vulnérabilité de l'acteur Segel. Son corps nu qui avait marqué le début de Sans Sarah rien ne va, est aussi la meilleure définition du comique défendu par son mentor. Déstabiliser le spectateur sans provocation gratuite, mais par des touches sensibles inattendues. Rire d'une situation ou des dialogues (qui jouent, parfois, de vulgarité) plutôt que des hommes souvent démunis.
Judd Apatow savait, affirme-t-il, dès le casting de Freaks & Geeks que Seth Rogen, James Franco et Jason Segel allaient devenir des stars. Sa prophétie c'est réalisé, et l'on ne peut que remercier le nouveau Nabab du comique américain d'avoir soutenu Segel dans son désir d'écrire. Car, Jason Segel, en plus d'être un acteur sensible et drôle, se révèle de film en film un excellent scénariste. Cette nouvelle collaboration avec Nicholas Stoller après Sans Sarah rien ne va lui permet de pousser l'art comique défendu par Judd Apatow à son sommet. Comme souvent avec les comédies américaines subtiles (James L. Brooks n'a pas plus de chance), Cinq ans de réflexion souffre en France d'être mal vendu et mal distribué. Sorti il y a deux semaines, le film de Stoller est toujours projeté dans quelques salles de la métropole. Ce film est hautement recommandable, faites en votre priorité.