La nouvelle est donc tombée hier, elle est officielle. Néo Publishing c'est fini. Nous n'aurons plus à attendre ni giallo, ni film de zombies, ni buveurs de sang enragés et baveux sous la bannière de ces pirates (au sens noble) de l'édition indé. En triste ironie, le logo à la tête de mort va désormais s'inscrire au fronton du monument élevé aux éditeurs disparus. Un de plus.
Créé en 2002 avec la sortie du
Retour des morts vivants de Dan O'Bannon et avec plus de 160 films à son catalogue, Néo Publishing étaient devenus les éditions de référence pour le cinéma de genre en France. La sortie de la plupart de leur titres sonnait un peu, pour nous, adeptes du cinéma de genre, comme autant de rêves réalisés, d'attentes enfin comblées, devenant ainsi l'équivalent français de Blue Underground ou Anchor Bay. Enfin un éditeur français dédié à un cinéma que nous défendons becs et ongles, celui de l'exploitaton la plus délurée. A l'instar d'un Jean Pierre Dionnet ou d'autres éditeurs tel que Bach, Le Chat Qui Fume ou Artus, avides de découvrir des péplums rares, de remettre Bava, Sollima ou Ptouchko en lumière, Néo avait ce même désir de partager la découverte et de démontrer que l'Histoire du cinéma, loin d'être uniforme et à sens établi, recelait à la fois des trésors insoupçonnés et de fabuleux nanars, et qu'il fallait compter sur les deux, voire en même temps. C'est dire si cette nouvelle nous attriste tant leur ligne éditoriale se faisait l'écho de nos propres convicitions, intégrant des chefs d'oeuvres comme
Operazione Paura de Bava ou Le
Moulin des Supplices de Ferroni au panthéon des grands classiques et permettant au public de se délecter de désopilants monuments de ridicules comme
La Revanche des Mortes Vivantes de Pierre Reihnardt ou le sublime
Avion de l'Apocalypse de Umberto Lenzi. Un Lenzi qui eut droit aux honneurs chez Néo puisque outre ses charmants navets, nous pûmes enfin découvrir dans des conditions optimales l'oeuvre plus que décente du petit maître, à la faveur de la collection
Italie à Mains Armés ou celle dédiée aux gialli. Nous devions également être partenaires sur le prochain giallo Néo, le formidable et ludique
Eyeball de sieur Lenzi. Ce petit événement pour l'Humanité, mais grande joie par ici, n'aura donc pas lieu.
On aurait envie de faire l'inventaire Néo pour rendre justice au bonheur qu'ils nous ont procuré pendant ces huit années trop courtes, mais riches en sensations, du terrifant et sublime
Je Suis Vivant d'Aldo Lado au
Bloody Bird de Soavi, en passant par la collection Fulci nanti d'éditions collector goûtues, les gialli, les poliziesco, les films de cannibales (genre transalpin par excellence)... Néo parvenait à balayer de façon quasi exhaustive tout un pan du cinéma italien d'exploitation, sans oublier quelques perles dérangeantes estampillé grindhouse ricain tels que
I Drink Your Blood et
Last House on Dead End Street. Néo se payait même le luxe et le bon goût d'aller dénicher une poignée de futurs petits classiques du genre façon
Gutterballs . Et en frères d'armes, nous nous étions reconnus. C'était avec une grande fierté que Culturopoing proposait à ses internautes de gagner deux splendeurs du giallo des années 70 de Sergio Martino avec Edwige Fenech,
L'Etrange Vice de Mrs Wardh et
Toutes les Couleurs du Vice. A la fois courageux, culottés et toujours pointus, ils savaient toujours exhumer des classiques rares depuis la mort de la VHS et élaborer de beaux suppléments, selon une ligne éditoriale ayant peu de comparaisons à souffrir dans l'hexagone. Et le tout dans un beau packaging qui ajoutait à la valeur des films la beauté de l'objet. Merde.
Le cinéma de genre perd avec Néo Publishing l'un de ses meilleurs porte-paroles. Qui prendra la relève d'un tel éditeur ? Nous n'avons pas encore tout à fait réalisé. Il va nous manquer. Alors on ne saurait pour le coup trop conseiller à la poignée de survivants de l'édition de fourbir les armes. Soyez imaginatif, proposez d'autres solutions pour la distribution, le support DVD se meurt, comme le CD. Foncez sur la VOD, le numérique, pensez et inventez des moyens. Les exemples ne manquent pas, l'INA et Arte proposent de beaux services en matière de contenus et de programmes. Ne soyez plus simplement éditeurs, pensez-vous aussi opérateurs. car puisque les opérateurs historiques se rêvent en nouveaux rois de l'édition, rendons-leur du tac au tac. Pour continuer de proposer un paysage culturel protéiforme et flattant l'intelligence par la bande. Cela relève d'un véritable service au public, d'un service public. Néo mort, c'est une bataille de perdue.
C'est donc une nouvelle symboliquement dure pour un site comme Culturopoing qui s'acharne à défendre une vision du 7eme Art qui se refuse à l'uniformité, au train-train et à l'immobilisme, qui vomit les ghettos et les barrières, la scission persistante entre cinéma de genre et grands classiques, entre l'exploitation et le mainstream bon-teint tendance arty. Car c'est quelque part, un peu, notre échec à nous aussi.