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Nanni Moretti – "Bianca"

Sorties DVD
Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-02-17



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Lorsque Bianca sort en salles en France, en avril 1986 (soit deux ans après sa réalisation), bien peu nombreux sont les cinéphiles hexagonaux qui peuvent se vanter d’avoir déjà vu un film de ce jeune cinéaste italien, vainqueur, quelques semaines plus tôt, d’un surprenant Ours d’or berlinois avec La Messa è finita (La Messe est finie). Son tout premier long-métrage, Io sono un autarchico (Je suis un autarcique) est bien sorti en France, mais c’était déjà en 1978 (Moretti l’ayant tourné à 23 ans) et le fait qu’il ait été tourné en super 8 (!) laisse imaginer qu’il ne fut pas diffusé dans des multiplex, qui n’existaient de toute façon pas encore… Cette sortie tardive fut donc l’occasion assez rare de découvrir à un stade déjà un peu avancé l’œuvre d’un cinéaste majeur (comme ce sera par exemple le cas quelques années plus tard avec des réalisateurs aussi différents qu’Abbas Kiarostami, Hou Hsiao-hsien, Wong Kar-wai ou John Woo) et de subir un véritable choc. Pas tellement un choc esthétique, Moretti n’a rien d’un maniériste. Non, le principal choc était d’abord d’apprendre que le cinéma transalpin vivait encore au-delà de ses derniers monuments en voie d’extinction (Fellini, Antonioni… étant entendu que je mets le cinéma de genre italien soigneusement de côté, histoire de tuer dans l’œuf toute polémique). Moretti fut très vite présenté comme un Woody Allen romain. Raccourci évidemment tentant pour deux cinéastes-acteurs semblant tracer une frontière des plus poreuses entre leur vie et leurs films (ce que Moretti confirme lors de l’entretien accordé en 2008 en bonus de ce double DVD) et n’hésitant pas à se dépeindre sous un jour assez peu flatteur. Mais Moretti pousse la logique quelques crans plus loin que son "homologue" new yorkais. D’abord en radicalisant beaucoup plus sa mise en scène. Celle d’Allen reste généralement assez classique (ou alors sous influence : Bergman, Cassavetes…), celle de Moretti est plus radicale, très "cut" dans son montage, beaucoup plus comportementale que psychologique, ce qui peut sembler paradoxal pour un cinéaste extrêmement travaillé par la question de la psychothérapie et/ou de la psychanalyse (mais, après tout, la psychothérapie peut aussi être behaviouriste…). Le verbe y est très présent, même trop, tant le personnage joué par Moretti en fait un véritable instrument d’inquisition auprès des gens qui l’entourent. Mais le cinéma de Moretti est également très visuel, parfois même assez physique (cette tendance trouvera évidemment son apogée dans Palombella rossa, centré autour d’un match de water-polo, sport que le cinéaste à lui-même longtemps pratiqué à un bon niveau national), en cela très proche de la tradition du burlesque : celle d’un Keaton mais aussi celle de Tati (tradition reprise à son compte par Elia Suleiman dans ses deux magnifiques et assez morettiens Chronique d’une disparition et Intervention divine).

Nanni Moretti et un Mick Jagger azzuro néo-warholien


Mais la principale différence réside dans le fait que là où Allen se moque gentiment de ses petits travers d’intellectuel juif new yorkais hypocondriaque et malingre, Moretti va là aussi beaucoup plus loin dans l’autoportrait acide. Sogni d’oro, son précédent film avant Bianca, le voyait déjà se transformé en loup-garou "pour rire" (un rire un peu flippant, quand même), mais ce film-ci le décrit en hyper obsessionnel névrosé, virant au tueur en série psychopathe (désolé de dévoiler le dénouement de l’intrigue mais il ne s’agit pas à proprement parler ici d’un "whodunit" à la Agatha Christie). Son personnage alter ego de Michele (auquel Moretti donne comme patronyme Apicella, soit le nom de jeune fille de sa propre mère) est un total inadapté à l’amour, au sexe, au bonheur, aux rapports sociaux tels que ses contemporains les conçoivent (pas sûr qu’ils soient dans le vrai et lui dans le faux, d’ailleurs), ce qui en fait un véritable tyran social, incapable de la moindre compromission avec ses propres principes de vie. Et il ne faut pas beaucoup pousser Moretti pour qu’il reconnaisse être lui-même assez intransigeant dans la vraie vie… C’est évidemment ce côté too much, quelques gags génialement poussés jusqu’à l’absurde (le pot de Nutella ultra king size pour soigner une angoisse nocturne régressive, le mémorable dîner dans la famille franco-italienne d’un de ses élèves…) ainsi que la peinture aussi hilarante que grinçante d’une "Ecole Marilyn Monroe" aux principes pédagogiques assez détonants, qui font le prix de l’un des tout meilleurs films de Moretti. Et qui nous font aussi regretter deux choses : 1) que ses premiers films soient encore aussi mal distribués en DVD (à quand, particulièrement, une édition de Sogni d’oro et Palombella rossa ?), 2) que sa propre vie personnelle, probablement plus épanouie depuis une douzaine d’années, ait sérieusement rogné sa revigorante misanthropie…

Merci pour le chocolat ?


Dans cette édition double DVD (due aux bons soins conjugués de Why Not Productions et des Cahiers du Cinéma) se trouve aussi son film suivant, La Messe est finie, celui qui, bien plus que Bianca (peu vu à sa sortie) en fit le nouveau chouchou de la critique française et des cercles cinéphiles. Le personnage de prêtre qu’il y interprète reprend quelques traits du prof de maths de Bianca, notamment sa propension à vouloir le bonheur d’autrui avec un peu trop de zèle, mais sa fonction sociale l’explique mieux. C’est peut-être aussi ce qui rend ce film moins fort, moins dérangeant. Un "medley" des scènes avec la belle Laura Morante (la Bianca du film), déjà interprète de Sogni d’oro et que Moretti retrouvera une quinzaine d’années plus tard dans l’émouvant La Chambre du fils :




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Commentaires
De : noodles

ENNNNNNNNNNNNNNFIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIN !!!!!!!!!!

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