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Mort du réalisateur/scénariste/producteur John Hugues à 59 ans

Dossiers/Hommages
Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-08-15



 
A force de signer des productions mettant prioritairement en scène des jeunes adultes, des adolescents ou même des enfants, on avait probablement fini par croire que John Hughes ne vieillirait jamais beaucoup plus que ses personnages. Le fait est qu’il n’aura malheureusement pas vieilli tant que ça, puisqu’il s’est éteint le 6 août dernier d’une crise cardiaque, à New York, à seulement 59 ans.

John Hughes, nom peut-être oublié de beaucoup aujourd’hui, c’est LE père de la teen comedy moderne et un wonderboy de la production hollywoodienne des années 80. Tellement marqué années 80 que son succès déclinera assez vite dans la décennie suivante (ou bien ne subsistera que sous la forme d’énièmes resucées d’anciens hits du box-office), jusqu’à connaître une semi-retraite depuis le début des années 2000 (et une retraite tout court comme réalisateur depuis 1991, année du désastreux (dans tous les sens du terme) La P’tite arnaqueuse, avec Jim Belushi.

John Hughes
John Hughes

Il débuta au début des 80’s comme scénariste pour la franchise cinématographique National Lampoon (à l’humour parodique pas très finaud) avant de passer lui-même à la réalisation en 1984 avec Sixteen Candles, sa première "comédie adolescente" (genre qu’il n’a pas inventé mais auquel il fit prendre une autre dimension), petit budget (6,5 millions de dollars) mais joli succès au box-office (plus de 23 millions de recettes), qui lui vaudra de passer également à la production dès le film suivant, The Breakfast Club. Scénariste, réalisateur et producteur de ses films, John Hughes devient dès lors un authentique Auteur, que le triomphe mondial * de sa première production va vite faire prendre très (trop ?) au sérieux par la critique cinéphilique la plus pointue. Je dois aujourd’hui confesser que cette variation adolescente du Huis-clos sartrien m’a toujours assez barbé, en plus d’avoir fait des Simple Minds des stars en Amérique (Don’t You (Forget about Me), composé pour le film) et irrémédiablement précipité leur naufrage artistique. Tout ça manquait de l’humour et de la légèreté que l’on retrouvera bien davantage dans ses productions ultérieures (pas toutes réalisées par lui-même), même si d’apparence plus "mineures", comme Pretty in Pink (cette fois musicalement porté par les Psychedelic Furs et découvrant un second rôle de génie, Jon Cryer, qui n’a inexplicablement pas connu la carrière qu’il aurait cent fois méritée), La Folle journée de Ferris Bueller (avec Matthew Broderick dans le rôle-titre d’un genre d’After Hours pour adulescents) ou même La Vie en plus (les affres du premier enfant pour le couple Elizabeth McGovern / Kevin Bacon, avec, en plus, un inédit de XTC en bande-son, s’il vous plait).

Molly Ringwald dans "Sixteen Candles"
Molly Ringwald dans "Sixteen Candles"

Presque tous ces films ont un autre point commun : celui de mettre en lumière (de révéler, pour certains) toute une génération de jeunes comédiens/comédiennes, qu’on allait vite, assez péjorativement, renommer le "Brat Pack", en référence au Rat Pack des Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis, Jr. et autres Peter Lawford, et donc une quinzaine d’années avant le "Frat Pack" des Jack Black, Will Ferrell, Vince Vaughn, Luke & Owen Wilson, etc., dont on vous a déjà tant parlé.
Quand on regarde ces noms aujourd’hui, on est assez frappé par les destins contrastés qu’ont connu ces jeunes aspirants stars. Si Demi Moore (que Hughes n’a d’ailleurs jamais fait tourner et qui ne devait guère revendiquer qu’un petit 85A à l’époque…) est devenue, sinon une vraie star cinématographique (il lui eut fallu pour cela quand même un peu plus de talent), au moins une vraie star au sens où la presse people l'entend, d’autres sont quasi tombés dans l’oubli : Judd Nelson, Aly Sheedy, Andrew McCarthy et même Molly Ringwald, pourtant la big star rousse des productions Hughes (c’était avant d’étranges détours – sans retour ? – chez Godard et Tonie Marshall…).

Tout ça n’empêchait pas John Hughes de poursuivre son petit bonhomme de chemin, essayant aussi de se sortir d’un unique positionnement "teen movie maker" en donnant dans la comédie plus classique, notamment avec un autre de ses acteurs fétiches, le généreux John Candy, tragiquement disparu à 43 ans il y a quinze ans (une mort dont Hughes a probablement eu du mal à se remettre, artistiquement parlant).

Kelly LeBrock dans le bien-nommé "Une créature de rêve"
Kelly LeBrock dans le bien-nommé "Une créature de rêve"

En 1990, il touche un autre jackpot (un vrai, celui-là : 533 millions de dollars pour une mise de départ de 15 ; les 45 millions gagnés par The Breakfast Club sont un pourboire de croupier, en comparaison) avec un film qu’il écrit et produit mais ne réalise pas (ce sera Chris Columbus, dont la carrière prendra ensuite une toute autre dimension également), Maman, j’ai raté l’avion (le titre original, Home Alone, était quand même moins con et racoleur).
Il aura dès lors du mal à se défaire de l’étiquette "kids comedy" (peut-être ne l’a-t-il pas cherché) avec les deux suites de Maman (et même trois si on compte la télé), mais aussi Bébé part en vadrouille (ah on peut dire qu’il a été verni avec les traducteurs français…), Flubber, Dennis la malice, un remake du classique de Noël Miracle dans la 34ème rue, celui, en "live", des 101 Dalmatiens, jusqu’aux cinq moutures de Beethoven (le chien, pas le sourd…). Il n’a été à la réalisation d’aucun de ces chefs d’œuvre, se contentant de les produire, parfois de les écrire. Il a même travaillé avec Wayne Wang (mais c’était pour Coup de foudre à Manhattan, avec J. Lo en femme de ménage, si, si…). On a peine à l’écrire, mais on lui doit aussi le rewriting des Visiteurs en Amérique, tellement bon que même Poiré n’a pas osé le signer de son vrai nom.

Flubber
On lui doit même ça...

Triste fin qui sentait un peu l’éloignement d’un business ayant probablement mis ses descendants à l’abri du besoin pour quelques générations. Il s’était d’ailleurs retiré dans une ferme dans l’Illinois depuis plusieurs années.
Une génération de teenagers (davantage aux Etats-Unis qu’en France, où il n’a guère rencontré un succès relatif qu’avec Breakfast Club) a grandi avec ses films et a probablement la sensation d’avoir perdu comme un oncle…

* Très étrangement, la même année, le réalisateur japonais Shinji Sômai signe lui un Typhoon Club reprenant peu ou prou la même situation de lycéens enfermés malgré eux dans un huis-clos existentiel, sans que l’on puisse a priori parler de remake dans un sens ou dans l’autre…


Le trailer original de The Breakfast Club :






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