
|
Mort du comédien Roger Pierre à 86 ans
Dossiers/Hommages
|
|
|
Quand on évoque la mémoire de Roger Pierre, on pense inévitablement à son complice Jean-Marc Thibault. Des années 50 à la fin des années 70, le duo Roger Pierre & Jean-Marc Thibault (à ne pas confondre avec le duo l’Abbé Pierre et Bernard Thibault, socialement plus concerné mais moins drôle) a perpétué la tradition d’un humour de cabaret, assez bonhomme, gentiment désuet, évidemment assez loin de celui des comiques actuels. Leur succès et leur notoriété, gagnés sur scène, étaient considérables (par exemple le sketch de la "Guerre de Sécession qu’a cessé, ça c’est sûr", pour donner un aperçu de leur humour aux plus jeunes générations) et leur valut vite le passage au grand écran, même si, de son côté, Roger Pierre y avait tâté dès 1946 (une apparition non crédité dans Le Père tranquille, aux côtés de Noël-Noël, dans la tradition duquel on peut estimer que le duo s’inscrivait, d’une certaine façon). Leur premier film en duo remonte à 1953 : Belle mentalité, d’André Berthomieu, dans lequel ils ne jouaient que de petits rôles, la vedette étant Jean Richard. Ce film est à l’avenant de la filmographique qui suivra pendant un bon quart de siècle. A quelques rares exceptions près (des participations à La Belle Américaine (1961), de Robert Dhéry, où à la seule réalisation, peu convaincante, de Francis Blanche, son adaptation de Tartarin de Tarascon en 1962), leurs films furent le plus souvent écrits et réalisés à la chaîne par de vieux routiers du comique à la française, sans ambition artistique. Plusieurs projets furent montés sur leur nom, parfois écrits par eux-mêmes, quelquefois même réalisés par leurs soins. Ils coréalisèrent La Vie est belle dès 1956 (aucune comparaison avec le chef d’œuvre de Frank Capra, bien évidemment, ni même avec le film de Roberto Benigni), puis Thibault signera seul Vive les vacances (1958) et Un cheval pour deux (1962), dans lequel jouait évidemment aussi son grand complice. Réalisés pas Jean Bastia, Guy Lefranc ou Francis Rigaud, leurs autres films ne sont plus guère visibles aujourd’hui (dans tous les sens du terme), et Pierre et Thibault y gâchaient leur potentiel cinématographique au même titre que des Francis Blanche, Michel Serrault ou Jean Poiret à la même époque, avant qu’un déclic ne se produise et que l’on commence à les considérer aussi comme de vrais comédiens. Pour Jean-Marc Thibault, le salut vint en 1977 d’Yves Boisset, qui lui confia un rôle dans Le Juge Fayard dit le Shériff. Roger Pierre dut attendre quelques années de plus mais la surprise fut alors considérable de le trouver en excellente place au générique de Mon oncle d’Amérique du très sérieux Alain Resnais (c’était bien avant qu’il ne réalise des comédies) ! ![]() Roger Pierre avait tous les talents, même celui de chanteur (?)...
Cette incursion soudaine dans le cinéma d’auteur le plus exigeant fut malheureusement sans lendemain pour Roger Pierre (même si l’on peut ajouter un joli rôle dans un Monicelli méconnu, l’année suivante, Chambre d’hôtel, avec Vittorio Gassmann et Monica Vitti), alors même que le succès du duo comique se faisait emporter par l’humour à la Coluche. Ces trente dernières années, alors que Jean-Marc Thibault poursuivait une belle seconde carrière de comédien tout terrain, c’est donc quasi exclusivement à la télévision que l’on revit Roger Pierre, de loin en loin. Jusqu’à ce tout dernier rôle en forme de clin d’œil dans les récentes Herbes folles de Resnais, qui ne l’avait donc pas oublié. Roger Pierre est décédé des suites d’un cancer, le 23 janvier 2010. Une joute oratoire qui n’est pas sans rappeler celles de Bugs Bunny et Daffy Duck (avec Pierre dans le rôle du lapin et Thibault dans celui du canard) :
Commentaires
De : Ishmael Un comédien sous exploité quand on voit sa prestation dans "Mon oncle d'amérique". Une présence que j'aimai bien. Insérer un commentaire : |
