Si vous avez été biberonné à la télévision publique pendant votre adolescence dans les années 70 (ou même un peu plus tard, au gré des rediffusions), vous connaissez forcément Pierre Maguelon. Peut-être pas sous son nom de comédien mais au moins sous celui de l’inspecteur Terrasson. Moustache en avant, aux côtés de Jean-Claude Bouillon (Valentin), Jean-Paul Tribout (Pujol), sans oublier François Maistre (dans le rôle du patron des Brigades du Tigre), Pierre Maguelon y faisait chanter son accent tarnais, créant l’archétype du flic bourru mais plutôt débonnaire.
Il est tentant de circonscrire la carrière de Maguelon à cette seule série mythique de la télévision française, suffisamment mythique pour avoir inspiré un médiocre remake cinéma en 2006 (où son rôle était repris par Olivier Gourmet). D’autant plus qu’elle l’occupa pendant neuf ans, de 1974 à 1983. Son image est d’ailleurs largement associée au petit écran, à l’instar d’autres merveilleux comédiens ayant connu leur apogée dans les années 70/début des années 80, les Fred Personne, Marcel Cuvelier ou autres Michel Robin, figures familières des téléspectateurs, presque toujours au second ou troisième plan, toujours précis et justes, toujours là pour bonifier une scène, lui apporter un supplément d’âme, même quand elle en semble dépourvue.
Pierre Maguelon (à droite) aux côtés de Philippe Caubère dans "La Gloire de mon père"
Evidemment, Pierre Maguelon fut bien loin de réserver son talent à la télévision et il commença d’ailleurs par le cinéma, le plus souvent sous un nom d’emprunt, au début, celui de Petit Bobo, qui sentait bon la France des années d’après-guerre (même si on était déjà au début des années 60). Ce fut le cas pour Claude de Givray (Tire-au-flanc 62, auquel François Truffaut prêta activement son concours, curieux film où figuraient entre autres également Ricet-Barrier, Jacques Balutin, Cabu, Jean-Marie Rivière, bientôt roi des nuits parisiennes à l’Alcazar puis au Paradis Latin ou les futurs réalisateurs Serge Korber et Jean-François Adam…) ou pour Yves Robert (Bébert et l’omnibus, Monnaie de singe). Maguelon retrouvera d’ailleurs régulièrement Robert, pour Alexandre le bienheureux ou le diptyque La Gloire de mon père / Le Château de ma mère.
On retrouve Pierre Maguelon au générique de pas mal de films prestigieux, souvent signés de grands cinéastes, ayant bien su percevoir son talent, sans malheureusement jamais aller jusqu’à lui confier un grand rôle : Luis Buñuel (La Voie lactée, Le Charme discret de la bourgeoisie, Le Fantôme de la liberté), Michel Drach (Elise ou la vraie vie, Le Pull-over rouge), François Truffaut (Baisers volés), Alain Corneau (France, société anonyme), Claude Sautet (Vincent, François, Paul et les autres, Un mauvais fils), Claude Miller (Garde à vue, La Petite voleuse), Juliet Berto (Cap Canaille), Jacques Demy (Trois places pour le 26), Jean-Paul Rappeneau (Cyrano de Bergerac) ou André Téchiné (Alice et Martin). Il accompagna même les débuts des frères Larrieu, pyrénéens comme lui, que ce soit en court-métrage (Les Baigneurs, 1991) ou en moyen-métrage (Fin d’été, 1999).
Une carrière tout sauf négligeable, donc, voisinant avec de nombreux rôles pour la télévision (Maigret, Les Cœurs brûlés, Imogène, Navarro, etc.), dont un téléfilm qu’il co-écrit avec Maurice Failevic, Le Temps d’un été, en 1972. Mais aussi une solide carrière théâtrale, naviguant entre boulevard plus (Feydeau) ou moins subtil (Françoise Dorin, Robert Lamoureux) et auteurs du "répertoire" (Shakespeare, Corneille, Giraudoux).
Pierre Maguelon s’est éteint dans sa région, à Perpignan, le 10 juillet 2010. Il allait avoir 77 ans en septembre.
Dans un de ses innombrables (petits) rôles de flic (enfin, ici, de gendarme), cette fois dans Le Fantôme de la liberté (et encore face à François Maistre !) :
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