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Mort du comédien Pedro Armendáriz, Jr.


Posté par Cyril Cossardeaux le 2011-12-27



 
Pas facile d’exister en tant que "Junior" quand votre père a probablement été le plus illustre comédien que le cinéma mexicain ait jamais connu. Et pas seulement mexicain, car si Pedro Armendáriz fut l’acteur star des films d’Emilio Fernández (dont María Candelaria ou Enamorada) ou qu’il joua aussi sous la direction de Buñuel (L’Enjoleuse) lorsque celui-ci trouva refuge au Mexique, il connut aussi une solide carrière internationale, surtout à Hollywood (trois films avec John Ford) et même en France (pour Henri Decoin ou Christian-Jaque).
On pourrait dire un peu méchamment que Pedro Armendáriz, Jr. a tout fait comme papa, mais presque toujours en un peu moins bien. Ne débutant à l’écran qu’en 1966 à l’âge de 26 ans, il est vrai qu’il arriva trop tard pour connaître le véritable âge d’or du cinéma mexicain (Fernández en semi-retraite, Buñuel retourné en Europe) et aucun des très nombreux films qu’il y tourna ne connut de véritable destin international ou n’arriva jusqu’à la France, par exemple. Jr. rencontra pourtant lui aussi son "grand cinéaste mexicain", mais au début de sa carrière. Quand il tourna pour la première fois sous la direction d’Arturo Ripstein, en 1969 (Los Recuerdos del porvenir), celui-ci était encore un tout jeune réalisateur et à des années-lumière du buzz de quelques saisons qui l’accompagna durant les années 90 (Ripstein continue à tourner très régulièrement, mais des films dont on n’entend plus parler depuis une dizaine d’années…). Armendáriz retrouvera Ripstein à trois nouvelles reprises dans les années 70-80, pour Cadena perpetua (1979), La Ilegal (1979) et Rastro de muerte (1981), toujours en vedette, statut qu’il obtint vite au Mexique mais jamais ailleurs, toujours cantonné aux seconds rôles du latino de service auxquels le condamnait de toute façon sa petite moustache d’habitant du sud du Rio Grande.

Pedro Armendáriz, Jr. dans "Les Géants de l'Ouest"
Dans "Les Géants de l'Ouest"

Sa première participation à une production internationale fut curieusement pour un réalisateur français, Henri Verneuil, mais Armendáriz ne tenait qu’un petit rôle aux côtés d’Anthony Quinn dans La Bataille de San Sebastian (1968). Comme papa, il fit un temps partie du "clan" John Wayne, dont la fidélité en amitié lui faisait régulièrement travailler avec les fils de ses "vieux partenaires" à l’écran (dont Armendáriz, Sr. fit partie). C’est le cas des Géants de l’Ouest (1969) et de Chisum (1970), réalisés par Andrew "fils de Victor" McLaglen et dans lesquels Wayne et Armendáriz, Jr. côtoyaient notamment Harry Carey, Jr. et Chris "fils de Robert" Mitchum. Mais McLaglen, Jr. n’était certes pas John Ford et les autres contributions hollywoodiennes du comédien mexicain ne s’avèreront quère marquantes dans les années qui suivront, que ce soit La Chevauchée des sept mercenaires en 1972 (où Lee Van Cleef tentait de reprendre le rôle de Yul Brynner), le film-catastrophe all stars Tremblement de terre (1974) du vétéran Mark Robson ou, pire encore, des productions de troisième zone, comme un Survival Run (1979) avec Peter Graves et Ray Milland en recherche de fonds pour payer leurs impôts…

Peter Falk et Pedro Armendáriz, Jr. dans un épisode de "Columbo"
Avec Peter Falk (de dos) dans un épisode de "Columbo"

C’est finalement et contre toute attente peut-être grâce aux cinéastes français (ou assimilés) que l’on se souviendra le plus de Perdo Armendáriz, Jr. en dehors du Mexique. Bon, d’accord, c’est grâce aux cinéastes français qu’on se souviendra surtout de lui en FRANCE. Il n’empêche que les quelques films qu’il tourna pour eux balaient étrangement un spectre très large, finalement assez représentatif de notre cinéma national : l’énorme succès populaire de Francis Veber La Chèvre (1981), il est vrai tourné au Mexique et dans lequel, comme souvent, il tenait le rôle du chef de la police locale ; le caprice de star égocentrique avec l’assez baroque film d’Arielle Dombasle Les Pyramides bleues (1988), toujours tourné au Mexique ; la très improbable association entre Paulo Branco et la Cannon de Golan/Globus pour produire l’adaptation de Raúl Ruiz de L’Ile au trésor de Stevenson (1985), tournée au Portugal, pour le coup, mais avec un casting dont on ne se lassera jamais (Melvil Poupaud, Martin Landau, Jean-Pierre Léaud, Lou Castel, Anna Karina, Jean-François Stévenin, Yves Afonso et… Sheila !) ; et, surtout, le film d’auteur lunaire génial bricolé par l’irremplaçable Jacques Rozier, un Maine-Océan (1986), dans lequel, même s’il y retrouvait un Yves Afonso déchaîné, Pedro Armendáriz, Jr. devait au moins autant que son personnage se demander ce qu’il faisait…

Pedro Armendáriz, Jr. et Talisa Soto dans "Permis de tuer"
Avec Talisa Soto dans "Permis de tuer"

Encore comme papa, Jr. joua aussi dans un James Bond : mais là où son aîné donnait la réplique à Sean Connery (Bons baisers de Russie), lui dut se contenter de Timothy Dalton (Permis de tuer). Ce film le remit néanmoins en visibilité à Hollywood et lui permit ainsi de participer à plusieurs grosses productions des années 80-90 et même jusqu’au début des années 2000. Il était ainsi Pancho Villa (comme le fut son père avant lui…) dans Old Gringo (Luis Puenzo, 1989), joua aussi dans Tombstone (George Pan Cosmatos, 1993), Amistad (Steven Spielberg, 1997), Le Mexicain (Gore Verbinski, 2001) et devint l’un des partenaires fétiches d’un autre latino à Hollywood, Antonio Banderas (Péché originel, Desperado 2 et le dyptique Le Masque de Zorro et La Légende de Zorro).
Logiquement aussi, Armendáriz se retrouva souvent au générique de cinéastes anglo-saxons ayant élu le Mexique comme seconde terre d’asile professionnel, que ce soit Alex Cox (Walker, Highway patrolman ou Death of the Compass) ou John Sayles (l’inédit en France Casa de los babys de 2003 et son intriguant casting féminin : Daryl Hannah, Maggie Gyllenhaal, Mary Steenburgen, Lili Taylor, Marcia Gay Harden…).
Son activité restait très soutenue aussi au Mexique, où il est toujours resté une grande vedette, tournant par exemple régulièrement dans quelques telenovelas extrêmement populaires (sa participation aux séries américaines dans les années 70-80 fut en revanche plus modeste). Avant de s’éteindre à New York le 26 décembre 2011 à l’âge de 71 ans, victime d’un cancer des yeux, Pedro Armendáriz, Jr. avait notamment eu le temps de finir une comédie intriguante, Casa de mi padre, signée Matt Piedmont (auteur du Saturday Night Live ou de Funny or Die), dans laquelle il joue le père de Diego Luna et Will Ferrell (!) aux prises avec un baron de la drogue mexicain, Gael García Bernal. Pas sûr qu’on voit ça en France ; pas sûr qu’on le regrette, vu la mauvaise santé récente de la comédie made in USA






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Commentaires
De : jacques d.

oui, oui, oui... il était dans "Walker" d'Alex Cox..! et les "pyramides bleues" d'Arielle Dombasle (jamais vu celui-ci, pourtant pas l'envie qui manque !) et ce raul ruiz que vous mentionnez dont le casting, en effet, vaut sans doute plus que le film lui-même... autant dire une vie (d'acteur) bien remplie, Junior ! Il a même eu droit à James Bond, que rêver de plus ?

De : jacques d.

Raul Ruiz, avec des majuscules, non de nom !

De : Cyril C.

"Les Pyramides bleues", on va dire que c'est à voir pour le fun, hein... Mais c'est d'un kitsch assez à l'image de son auteur. Par contre, j'aimerais vraiment bien voir le tout premier film qu'Arielle Dombasle a réalisé, sous très forte influence rohmrienne, je crois, "Chassé-croisé", au début des années 80. Probablement un monument de branchitude mais la branchitude parisienne avait un style, à l'époque, celui des "jeunes gens modernes"...

Quant à "L'Ile au trésor", c'était certainement un projet à la base trop aberrant pour que ça fonctionne vraiment. Et puis, au fond, son adaptation de Stevenson, Ruiz l'avait déjà faite, de façon détournée, dans quelques uns de ses films précédents, infiniment plus beaux, comme "Les Trois couronnes du matelot", "La Ville des pirates" ou la première partie des "Destins de Manoel".
Comme vous dites, Jacques, le film vaut surtout pour son casting ;-)

De : jacques d.

"chassé croisé" ? j'en ignorais l'existence... "jeunes gens modernes" ? référence aux années Bazooka ? à "façade", ce charmant et désuet "point de vue images du monde" en forme de chroniques chics d'un univers promis à l'extinction qu'un nouveau Modiano de ces années là saura réécrire dans vingt ans ? aux 40 titres réunis en double CD publiés il y a encore peu de temps sous ?
"les trois couronnes du matelot"... oui, celui-ci était parfait !

De : Cyril C.

Oui, voilà. Casting éminemment rohmérien, pour "Chassé-croisé", avec le Maître lui-même, mais aussi Pascal Greggory, Rosette, Marie Rivière, Gérard Falconetti... et évidemment Arielle elle-même (prénommée Hermine, en toute simplicité :-)
Musique signée Jean-Louis Valéro (et Arielle !), qui signera plus tard celles de "Pauline à la plage", "Le Rayon vert" et "L'Ami de mon amie", pour Rohmer.
Plus quelques figures parisiennes artistiques de l'après-68, type Jean-Pierre Kalfon, Pierre Clémenti, ou un peu plus anciennes (Alexandra Stewart, Christian Marquand... et Roman Polanski !).
Et puis on y voit aussi un certain François-Marie Banier...
Et, pour encore mieux raccorder avec les "jeunes gens modernes", Edwige, l'"égérie punk" parisienne de ces années-là.
Ce serait vraiment sympa qu'un éditeur le sorte en DVD, ce film. A bon entendeur... ;-)

De : jacques d.

bon sang, avec Alexandra Stewart !!!! Vite, vite, vite qu'advienne l'édition DVD... avant le 12/12/2012... par pitié ! Juste avant !

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