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 Aaron Fernandez - "Palma Real Motel"

 Sidney Lumet - "Le Prêteur sur gages" (1964)

 Richard Linklater - "Boyhood"

 Bill Douglas – "Comrades" (1987)

 John Frankenheimer - "Seconds, l'opération diabolique" (1966)

 Paris Cinéma 2014 (1) - "Jauja", "Chemin de croix" et "Sunhi"

 Paris Cinéma 2014 (2) - "L'incident" et "Seconds"

 Paris Cinéma 2014 (3) : "Party Girl" et "A Cappella"

 Paris Cinéma 2014 (4) - "Au Revoir l'été" et "Mange tes Morts"

 Paris Cinéma 2014 (5) - "L'institutrice" de Nadav Lapid

 Jonathan Glazer - "Under the skin"

 Howard Hawks – "L'impossible Monsieur Bébé" (1938)

 Joseph L. Mankiewicz - "Chaînes Conjugales" (1949)

 Hong Sang-soo - "Sunhi"

 Dean DeBlois - "Dragons 2"

 David Robert Mitchell – "The Myth Of American Sleepover" (2010, DVD)

 Jean Epstein - "La Chute de la Maison Usher"(1928)

 Yi’nan Diao - "Black Coal"

 Martin Scorsese - "Mean Streets" (1973)

 John Ford – "Le Soleil brille pour tout le monde (The Sun Shines Bright)" (1953)

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Mort du cinéaste Arthur Penn


Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-10-02



 
Avertissement liminaire et inhabituel : l’article qui suit ne représente que son auteur et pas forcément les avis de tous les autres rédacteurs de Culturopoing…

La nécrologie est sinon obligatoirement un exercice d’admiration, au moins d’empathie pour le sujet d’écriture. Mais quelquefois, c’est plus difficile.
Entendons-nous bien : je n’ai rien contre l’homme Arthur Penn, certainement un type très bien, progressiste et tout et tout (ses films le prouvent plutôt). J’aime même certains de ses films, peut-être surtout La Poursuite impitoyable (The Chase), ironiquement celui qu’il reniait largement, l’estimant mutilé par son producteur Sam Spiegel (mais comment rejeter totalement un film réunissant Marlon Brando, Robert Redford, Jane Fonda, Robert Duvall… et porté par une fantastique musique de John Barry ?).
Reconnaissons-lui également une influence majeure sur la génération de cinéastes ayant suivi ses propres débuts, ceux qui façonneront le "nouvel Hollywood" en capitalisant sur son travail de pionnier (dans le choix de ses sujets et sa façon de les traiter).

Mais Arthur Penn était surtout, pour moi, l’exemple-type du cinéaste hollywoodien "honteux". Honteux d’être hollywoodien, peut-être même américain, en tout cas cinématographiquement parlant. Il aurait probablement voulu être européen, cinéaste européen, et fut donc de l’un de ceux qui tentèrent de transposer la modernité du cinéma de la vieille Europe des années 60, celle des nouvelles vagues.
Personnellement, c’est une greffe qui ne m’a que rarement convaincu, en tout cas chez Arthur Penn en particulier, qui m’a toujours semblé manquer d’un vrai style, d’un vrai tempérament de cinéaste (peut-être trop marqué par les années de théâtre de ses débuts ?) pour emporter tout à fait mon adhésion.
Mais je n’ai pas vu non plus tous ses films, notamment ses plus "personnels", comme Miracle en Alabama ou Mickey One, peut-être plus intéressants que ceux qui ont fait sa renommée, comme Bonnie and Clyde, Little Big Man ou Missouri Breaks

Arthur Penn sur le tournage de "Missouri Breaks"
Arthur Penn sur le tournage de "Missouri Breaks"

La plupart de ses films ont vieilli, et plutôt mal, me donnant la sensation d’une fausse modernité, peut-être parce que Penn est venu trop tôt. Il signa son premier film en 1958, tout juste avant la fin de l’"âge d’or", à une époque où les studios hollywoodiens n’étaient pas prêts pour le cinéma "auteuriste". Personnellement, j’aurais tendance à penser que, sauf exceptions, ils ne l’ont jamais été mais que ce n’est pas ce qui a pu faire la grandeur d’Hollywood (et la fait encore, parfois).

Le Gaucher (The Left Handed Gun), son premier film, est déjà très représentatif de cet écueil. Il se veut un western moderne, très imprégné de psychologisme (voire de psychanalyse), ce qui ne le rend guère plus subtil pour autant qu’un bon vieux John Sturges ou Delmer Daves (pour ne citer que deux cinéastes peu estimés par la critique). Et la caricature d’interprétation Actors Studio de Paul Newman, empreinte de tics qu’il finit heureusement par abandonner avec les années, achève de le rendre assez insupportable.
En 1962, Penn porte à l’écran une pièce qu’il avait déjà dirigée avec succès à Broadway, Miracle en Alabama (The Miracle Worker). Il conserve le même duo d’actrice (Patty Duke et Anne Bancroft, se battant avec le studio pour imposer cette dernière en lieu et place d’Elizabeth Taylor) et bien lui en prit : le film reçut un accueil élogieux et ses deux comédiennes furent chacune récompensées d’un Oscar.

Ce succès, plus critique que réellement public, même si ce film à petit budget s’avèra très rentable, ouvre à Arthur Penn les portes des plus grosses productions avec de vraies stars certifiées. Cette première expérience va vite s’avérer un désastre, Burt Lancaster virant Penn pour appeler John Frankenheimer (qui l’avait déjà dirigé dans Le Prisonnier d’Alcatraz et Sept jours en mai) à la rescousse pour finir Le Train.
Retour, en 1965, à une production plus modeste, Mickey One, son film le plus inspiré de l’esthétique de la Nouvelle Vague française (Alexandra Stewart, l’une de ses égéries, y donne d’ailleurs la réplique à Warren Beatty), resté fameux également pour sa musique composée par Eddie Sauter et interprétée par Stan Getz.
Mickey One lui offre une seconde chance sur un gros budget, que l’on peut même qualifier de production de "prestige", La Poursuite impitoyable, mais, on l’a vu, les relations de Penn avec son producteur se passent très mal. Le film ne rencontre pas l’accueil espéré et la situation d’Arthur Penn à Hollywood s’en trouve fragilisé.
Qu’il ait fini, l’année suivante (1967), par réaliser Bonnie and Clyde (qui allait totalement changer son statut), relève presque du miracle. Le script écrit par le futur cinéaste Robert Benton passa d’ailleurs dans bien des mains avant d’atterrir dans celles de Penn, y compris dans des mains françaises ! En effet, François Truffaut et, plus encore, Jean-Luc Godard, furent très sérieusement pressentis par la Warner pour en être le metteur en scène. Et il y a finalement une forme de logique à ce qu’un admirateur de la Nouvelle Vague comme Arthur Penn les ait remplacés…

Patty Duke et Anne Bancroft dans "Miracle en Alabama"
Patty Duke et Anne Bancroft dans "Miracle en Alabama"

Bonnie and Clyde fait partie de ces films mythiques de l’histoire du cinéma (comme Casablanca) dont l’aura dépasse la réelle qualité. Cette aura serait d’ailleurs sans doute moindre sans le glamour apporté par le couple si sexy Warren Beatty / Faye Dunaway. Mais mettons au crédit d’Arthur Penn le talent d’avoir su les magnifier (talent d’autant plus méritoire que, initialement, le choix de Faye Dunaway ne l’enchantait guère).
Son très gros succès (on estime que le film a rapporté près de trente fois ce qu’il a coûté !) et la patte de sa mise en scène (effets de montage un peu godardiens, esthétisation de la violence presque annonciatrice de Peckinpah) en font le nouveau wonderboy d’Hollywood.
Pourtant, après un téléfilm (Flesh and Blood), Arthur Penn ne replonge pas pour autant dans l’univers des grosses productions, qui lui avait jusqu’ici si peu réussi. Il signe au contraire un film très politique, avec le protest singer Arlo Guthrie, surtout connu comme le fils du grand Woody (mais aussi auteur de City of New Orleans, version originale du Salut les amoureux de Joe Dassin). Alice’s Restaurant est une ritique très directe de la guerre du Vietnam, qu’Arthur Penn double l’année suivante (1970) avec un film plus allégorique. Little Big Man participe de ses films typiques d’une époque où l’Amérique (une partie de sa jeunesse et de ses artistes, en tout cas) traverse une crise de culpabilité, à la fois vis-à-vis du génocide des Native Americans et du sort réservé aux Vietnamiens. Le film dialogue également à distance avec la relecture démythifiée de l’Ouest américain que Cinecittá opère au même moment.

Dustin Hoffman et Faye Dunaway dans "Little Big Man"
Dustin Hoffman et Faye Dunaway dans "Little Big Man"

Malgré le grand retentissement de Little Big Man (dû également en partie à la performance de Dustin Hoffman), Penn tourne très peu dans les années 70. Il ne revient au cinéma qu’en 1975 avec un projet plutôt modeste, faisant largement appel à des comédiens débutants (James Woods ou Melanie Griffith, qui y fait ses quasi débuts), entourant Gene Hackman. La Fugue (Night Moves), faisant une fois plus et très explicitement référence au cinéma d’auteur européen (à Ma nuit chez Maud, d’Eric Rohmer, plus précisément) a été qualifié de film neo-noir par la critique américaine.
L’année suivante, avec Missouri Breaks, nouveau "western moderne", Arthur Penn se lance dans un pari assez fou : réunir Marlon Brando et Jack Nicholson, deux des comédiens hollywoodiens les plus notoirement "difficiles". La gageure n’est pas tenue : Brando et Nicholson s’évitent au maximum, le premier nommé s’avérant particulièrement ingérable et remodelant son personnage à sa guise, le film n’est pas jugé à la hauteur de l’excitation considérable qu’il avait engendrée et connaît un cinglant échec public.
Commercialement, Penn ne s’en remettra vraiment jamais. Dans les presque trente-cinq ans qui suivront, il ne tournera plus que quatre films pour le cinéma et seul le premier, Georgia (Four Friends), en 1981, plongée nostalgique dans l’Amérique des 60’s, obtiendra un bon accueil. Il est vrai que le suivant (Target, 1985), qui le voit retrouver Gene Hackman (aux côtés de Matt Dillon, jeune comédien alors en plein essor), s’avère particulièrement désastreux.
En 1987, Froid comme la mort (Dead of Winter), fortement inspiré d’un film noir de Joseph H. Lewis, My Name is Julia Ross, ne redore guère son blason.
Sa dernière réalisation pour le cinéma, Penn and Teller Get Killed, n’est pas une autofiction (en dépit de son titre) mais un film mettant en scène un couple de célèbres magiciens de Las Vegas (Penn Jillette & Teller)… Jamais sorti en France, ce film semble une aberration, même au sein d’une fin de carrière loin du prestige de ses débuts.
Depuis, Arthur Penn n’a plus tourné, et encore, rarement, que pour la télévision : The Portrait (reconstituant le couple de La Femme modèle, de Minnelli, Gergory Peck et Lauren Bacall), Inside (avec Eric Stoltz) et un épisode de la série Tribunal central (100 Centre Street).

Arthur Penn, qui n’avait aucun lien de parenté avec les frères Sean, Michael et Christopher Penn mais était le frère cadet du grand portraitiste et photographe de mode Irving Penn (décédé il y a un peu moins d’un an), est mort à Manhattan le 28 septembre 2010, le lendemain de son 88ème anniversaire.






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