
|
Mort de la comédienne Paulette Dubost |
|
|
Avec Paulette Dubost, c’est la dernière survivante de ce qui est peut-être le plus beau film jamais produit par le cinéma français (peut-être aussi son plus "français", d’ailleurs), La Règle du jeu, qui disparaît et c’est en soi un événement symbolique considérable. Paulette Dubost, qui avait alors 29 ans, y était Lisette, la petite camériste épouse du garde-chasse Schumacher (Gaston Modot) lutinée par le braconnier Julien Carette, dans ce qui est bien plus qu’une intrigue secondaire du plus beau marivaudage du 20ème siècle. La même année, Paulette Dubost était bien moins mutine en incarnant à l’écran la fameuse Bécassine créée par Joseph Pinchon, sous la direction de Pierre Caron, pour un film aujourd’hui bien oublié. Paulette Dubost, née à Paris en 1910, tournait déjà régulièrement et même parfois frénétiquement (pas moins de douze films en 1932) depuis près de dix ans, presque toujours (Bécassine excepté, donc) comme second rôle et accompagnant notamment les quasi débuts cinématographiques de quelques futurs grands cinéastes comme Pierre Chenal (Le Martyre de l’obèse, 1932) ou Jacques Tourneur (Pour être aimé, 1933), tournant aussi avec Marcel L’Herbier (Le Bonheur, 1934) ou Marcel Carné (Hôtel du Nord, 1939 : elle y était la femme de l’éclusier Bernard Blier). ![]() Aux côtés de Bernard Blier dans "Hôtel du Nord"
Mais ses débuts dans ce que l’on n’appelait pas encore le show-business étaient bien plus anciens, plus anciens encore que sa figuration dans le Nana de Jean Renoir en 1926. Petit rat de l’Opéra de Paris dès 7 ans (sa mère, elle, était chanteuse à l’Opéra Comique), son ravissant minois et son petit nez retroussé avaient fait tourné la tête d’un certain Alexandre Stavisky alors qu’elle n’avait que 14 ans… Débutée sur les planches dans les années 1920, sa carrière s’est étirée sur plus de 80 ans, longévité probablement record (même si son amie Danielle Darrieux en est tout près). En 2007, à 97 ans, elle tournait encore dans un court-métrage, Curriculum, d’Alexandre Moix, aux côtés de Daniel Prévost et Bruno Lochet. Pendant une bonne trentaine d’années, Paulette Dubost fut donc l’un de ces familiers seconds rôles du cinéma français, malheureusement majoritairement abonnée à des films sans grande ambition artistique. Mais, hors les films déjà cités, il y eut quelques belles exceptions : La Fête à Henriette (1952), de Julien Duvivier, Le Plaisir (1952) et Lola Montès (1955), de Max Ophüls, Le Déjeuner sur l’herbe (1959), de Jean Renoir, voire Les Carnets du major Thompson (1955), qui ne restera pas comme le chef d’œuvre de Preston Sturges… ![]() Aux côtés de Gaston Modot et Julien Carette dans "La Règle du jeu"
Comme la plupart de ses camarades "excentriques", la Nouvelle Vague l’ignora superbement, ce qui ne l’empêcha pas, à l’orée des années 1960, de participer aux débuts de plusieurs jeunes réalisateurs qui firent ensuite du chemin : Gérard Oury (La Main chaude, 1960), Georges Lautner (Arrêtez les tambours, 1960) ou Marcel Ophüls (Peau de banane, 1963), bien avant que ce dernier ne devienne le documentariste que l’on connaît. Vers la fin de la décennie, sa carrière cinématographique sembla toucher à sa fin, pour se limiter à la télévision et, un peu, au théâtre : un seul rôle (Juliette Juliette, de Remo Forlani, en 1973) entre Le Dimanche de la vie (1967), de Jean Herman, et La Barricade du point du jour (1977), de René Richon. Et puis les rôles sont revenus (à un rythme qui n’était évidemment plus celui des années 30 et 40), peut-être à une époque où de nombreux cinéastes ont senti qu’il était nécessaire de rendre symboliquement hommage au cinéma populaire français qui avait aussi construit leur cinéphilie d’enfance. C’est en particulier le sens de son rôle dans Le Dernier métro (1980), de François Truffaut. Elle tourne donc aussi avec Jacques Richard (Cent francs l’amour, 1985), Luc Moullet (La Comédie du travail, 1987) et retrouve Louis Malle (Milou en mai, 1990), vingt-cinq après un petit rôle dans Viva Maria !. Mais on la voit aussi aux côtés des Charlots, dans Le Retour des bidasses en folie ou Charlots connection… Comme un amusant retournement de carrière, les vingt dernières années de sa vie cinématographique furent presque entièrement consacrées au cinéma d’auteur, du Jour des rois (Marie-Claude Treilhou, 1991), dans lequel elle formait un fameux trio avec Micheline Presle et Danielle Darrieux, aux Savates du Bon Dieu (Jean-Claude Brisseau, 2005), en passant par Les Cent et une nuits de Simon Cinéma (Agnès Varda, 1994) ou Augustin, roi du kung-fu (Anne Fontaine, 1999). Paulette Dubost était à quelques jours de célébrer ses 101 ans lorsqu’elle s’est éteinte, ce 21 septembre 2011, à Longjumeau, sans que son incroyable longévité ait finalement pu être célébrée à la Cinémathèque française, comme cela fut envisagé l’an dernier. Dommage, c’eut été amplement mérité… Ses débuts sur scène dans l’opérette lui permirent de pousser quelquefois la chansonnette à l’écran, comme ici dans Le Comte Obligado (1934), de Léon Mathot, aux côtés de Jean Aquistapace :
Commentaires
De : roubi Paulette Dubost n'était pas la dernière survivante, du classique " La Règle du jeu "puisque vit encore Mila Parély (née en 1917), qui y interprêtait la maîtresse de Marcel Dalio. De : Cyril C. Ah mais c'est exact ! Au temps pour moi, désolé pour Mlle Parély et merci pour cette précision. Insérer un commentaire : |
