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Mort de la comédienne Chikage Awashima


Posté par Cyril Cossardeaux le 2012-02-18



 
Sans doute moins connue des cinéphiles français que Kinuyo Tanaka, Setsuko Hara ou Hideko Takamine, Chikage Awashima, disparue à Tokyo le 16 février 2012 à l’âge de 87 ans, était une comédienne suffisamment respectée au Japon pour être devenue vice-présidente de l’association des acteurs. Elle a d’ailleurs tourné, plus ou moins régulièrement, presque jusqu’à sa mort (son dernier rôle étant dans Haru tono tabi, en 2010, de Masahiro Kobayashi, aux côtés d’un autre "trésor vivant" du cinéma japonais, Tatsuya Nakadai), hélas dans des films qui, presque tous, n’ont jamais connu de sortie française.
Ses grandes années furent surtout les années 50, durant lesquelles elle connut ses plus beaux rôles, pour autant que nous puissions réellement juger d’une carrière dont nous ne connaissons qu’une infime partie. Elle fut en effet plusieurs fois l’interprète d’Ozu : dans Eté précoce (Bakushū, 1951), où elle était la confidente de l’héroïne (Setsuko Hara), dans Le Goût du riz au thé vert (Ochazuke no aji, 1952), dans lequel elle était encore la meilleure amie du personnage féminin principal (cette fois interprété par Michiyo Kogure), et enfin dans Printemps précoce (Sōshun, 1956), où elle changeait de registre et accédait au premier rôle, celui d’une femme trompée mais décidant de donner une nouvelle chance à son couple (formé avec Ryō Ikebe).

Chikage Awashima et Isao Kimura dans "Nuages d'été"
Avec Isao Kimura dans "Nuages d'été"

Elle fut également la partenaire de Tatsuya Nakadai, déjà, dans le premier volet de l’impressionnant triptyque de Masaki Kobayashi, La Condition de l’homme (Ninjen no jōken, 1959, l’une des interprètes du film à sketchs de Tadashi Imai Destins de femmes (Nigorie, 1953) ou bien encore la rivale d’Hideko Takamine dans Un amour pur de Carmen (Karumen junjo so, 1952), suite du grand succès Carmen revient au pays, encore signé Keisuke Kinoshita. Elle retrouvera d’ailleurs Kinoshita bien plus tard, en 1983, pour le poignant Les Enfants de Nagasaki (Kono ko wo nokoshite). Mais son plus grand rôle fut sans doute celui de la jeune veuve tombant amoureuse d’un journaliste dans le magnifique Nuages d’été (Iwashigumo, 1958) de Mikio Naruse.
Il ne s’agit là que de gendaigeki (film ou pièce de théâtre se déroulant dans le monde contemporain), mais Chikage Awashima est aussi très connue au Japon pour quelques rôles particulièrement marquants dans des jidaigeki se plongeant dans l’époque féodale de son pays. Citons Zangiku monogatari (1956), de Koji Shima, remake du film de Mizoguchi de 1939 Contes des chrysanthèmes tardifs, ou Chūshingura (1958), imposante version signée Kunio Watanabe de la fameuse légende des 47 rōnins, plusieurs fois portée à l’écran (notamment, encore, par Mizoguchi, en 1941). C’est davantage pour ce type de rôles (et plus précisément pour celui d’une jeune femme déguisée en garçon) que l’on dit que le grand mangaka Osamu Tezuka s’inspira de Chikage Awashima pour dessiner sa fameuse Princesse Saphir, héroïne du shōjo éponyme…


Une longue scène d’Eté précoce aux côtés de Setsuko Hara :




Merci à Maï Yoshino pour ces quelques informations précieuses sur une comédienne dont il existe peu d'éléments biographiques disponibles en français ou même en anglais.


EDIT : Tenant compte du commentaire ci-dessous, un extrait du Printemps précoce d'Ozu :





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Commentaires
De : Bruno

Awashima Chikage était une actrice majeure, craquante, irrésistible, oh que oui, mais, hors amoureux du vieux cinéma japonais, totalement inconnue en France.

Ce n'est malheureusement pas cet extrait qui nous éclairera sur sa radieuse personnalité, pour la simple et bonne raison qu'elle n'y apparait pas !

L'actrice que l'on voit ici donner la réplique à Hara Setsuko n'est pas Awahsima Chikage, mais Miyake Kinuko, autre pilier du monde d'Ozu.

Décidément, Awashima restera toujours dans l'ombre chez nous...





De : Cyril C.

C'est effectivement une regrettable erreur, merci de nous l'avoir signalée...
Pour être très précis, la comédienne qui donne la réplique à Setsuko Hara sur la dune n'est pas Miyake Kinuko mais Miyake KUNIKO. Comme quoi, décidément, nobody's perfect ;-)
Cela étant, il est extrêmement difficile de trouver des extraits vidéo rendant justice à Chikage Awashima. Pour compenser, un extrait rajouté ci-dessus du "Printemps précoce" d'Ozu.

De : Cyril C.

Pour notre défense, je rajouterais que si vous connaissez beaucoup de sites web et/ou de médias français qui ont évoqué sa disparition (à part les sites qui relaient notre information), nous sommes preneurs de l'info, cher Bruno ;-)

De : Bruno

Cher Cyril, ce n’est qu’hier que j’ai appris la mort d’Awashima – dont vous vous êtes cependant fait immédiatement l’écho – et aussi que j’ai découvert votre site. Je constate une fois encore que dès l’instant que l’on touche à un domaine tant soit peu confidentiel, l’information elle aussi le reste.

Ce qui donne d’autant plus de prix à votre notice, laquelle est parfaitement précise et complète. Le loupé de l’extrait n’est pas bien grave. J’imagine que vous auriez aimé trouver une de ces scènes où on la voit, toujours en compagnie de Hara, se moquer des accents provinciaux ou se chamailler avec ses copines jeunes mariées (dans "Eté précoce", si ma mémoire est bonne).

L’extrait du réveil difficile d’Ikebe la montre plus grave, mais a le mérite de présenter quelques incontournables de la famille Ozu, en la personne des voisins Sugimura et Ryu, plus matinaux quant à eux. Tous sont morts aujourd’hui, et il faut aller chercher sur le quai de la gare parmi les collègues d’Ikebe quelques survivants ; ainsi la pimpante Kishi Keiko vit toujours, je crois.

Sinon, parmi les actrices de premier plan de la génération d’avant 1930, seules Hara Setsuko (1920) et Kyo Machiko (1924) sont toujours en vie...

Bien cordialement à vous et désolé pour la coquille dans Kuniko !



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