Derrière la porte verte… Peu de films X ont atteint un tel niveau de notoriété dans l’histoire du cinéma, peu, aussi, sont dotés d’un titre si puissamment évocateur, renvoyant évidemment au souvenir des récits un brin pervers de Lewis Carroll.
Derrière (ou devant ?) cette porte, il y avait deux frères réalisateurs, Artie et Jim Mitchell, à la destinée suffisamment peu banale (l’un finissant par tuer l’autre au début des années 90) pour donner lieu à un biopic mettant en scène deux autres frères, Charlie Sheen et Emilio Estevez, ce dernier réalisant lui-même ce Rated X n’ayant, à notre connaissance, jamais eu l’honneur d’une sortie en salle (on vous rasure, l’un et l’autre des fils de Martin Sheen sont toujours en vie).
Miss Tee shirt mouillé 1977
Mais il y avait surtout leur actrice, Marilyn Chambers, qui, par ce seul film, accéda à la renommée planétaire et au panthéon du X.
Nous sommes en 1972, à peine dix ans après la mort de la "vraie" Marilyn, et pourtant, Chambers ne joue pas sur le mythe pour se faire un nom puisque Marilyn est bel et bien son vrai prénom (son véritable patronyme étant Briggs). D’ailleurs, s’il est une actrice à laquelle elle fut physiquement comparée, ce fut davantage Cybill Shepherd. C’est d’ailleurs cette vague ressemblance avec l’actrice qui venait de faire de très remarqués (et déshabillés) débuts The Last Picture Show, de Peter Bogdanovich, qui lui vaudra de se faire embaucher par les frères Mitchell.
Car Marilyn Chambers ne se destinait initialement nullement au X. Elle débuta même dans un petit rôle deux ans plus tôt aux côtés de Barbra Streisand (le film s’appelait The Owl and the Pussycat… un signe, quand même, non ?), puis fut choisi comme cover girl publicitaire par Procter & Gamble pour sa célèbre campagne publicitaire outre-Atlantique "Ivory Snow". Inutile de préciser que les executives de P&G firent une drôle de tête lorsque Marilyn devint star du X à 20 ans… Comme beaucoup, c’est le manque de boulot à Hollywood qui l’amena vers ce type de cinéma.
C'est sûr que là, la ressemblance avec Cybill Shepherd est exploitée sans vergogne...
Pourquoi Derrière la porte verte eut-il un tel retentissement ? Pour ses qualités cinématographiques au dessus de la moyenne d’un X encore naissant, plus artisanal qu’industriel. Mais probablement surtout pour plusieurs performances de son actrice restées célèbres : une scène de sexe longue de 45 minutes (d'une durée évidemment inimaginable aujourd’hui) mais surtout la première scène de sexe interracial. Comprenez que Chambers y faisait l’amour avec un Noir, ce qui déchaîna les foudres de l’extrême-droite américaine et valut à l’actrice d’être coupée de ses parents pendant des années.
Après la Porte, Chambers aligna les films assez régulièrement mais aucun de ses nombreux films X ultérieurs ne connaîtra le 1/10ème du succès de celui-ci, malgré de nouvelles collaborations avec Artie Mitchell ou des scènes avec les 32 centimètres estimés du mythe John Holmes (quand faut y aller, faut y aller…).
L’autre film très marquant de sa carrière est évidemment le Rabid (Rage) de David Cronenberg, en 1977, alors qu’elle ne tournait d’ailleurs plus depuis quatre ans. On pourrait penser que, compte tenu du sujet, ô combien scabreux et sexuel (à la suite d’une opération de chirurgie esthétique suivant un accident de moto, une jeune femme découvre qu’une sorte de dard a poussé sous son aisselle et s’alimente du sang de ses victimes… du concentré de Cronenberg, n’est-ce pas ?), le choix d’une star du X s’imposait. En fait, Cronenberg voulait Sissy Spacek, qui venait de faire forte impression dans Carrie, de DePalma, mais, faute du budget nécessaire, ses producteurs surent le convaincre d’un autre choix, plus mercantile mais finalement très judicieux, même si Marilyn Chambers n’a jamais été une grande actrice.
Après Rabid, Cronenberg passa assez vite à des financements plus confortables lui donnant accès à des comédiens de plus en plus renommés, pendant que Chambers retomba dans la routine du X.
L'amusante affiche espagnole de "Rage"
A la grande différence de l’autre "Sex Goddess" des années 70, Linda Lovelace, la star de Deep Throat (Gorge profonde, 1972, la même année que Behind the Green Door), qui renia totalement son passé sulfureux au point de virer affreusement réactionnaire, Marilyn Chambers ne cessa de donner généreusement d’elle-même à son métier, expérimentant à peu près toutes les pratiques les plus "hard" et qu’on n’énumèrera pas ici…
A noter que, bien avant Clara Morgane, Marilyn Chambers poussa aussi la chansonnette disco en 1977, sous l’égide du producteur Michael "Ouuuuh ouuuh, Let’s all chant !" Zager. Benihana la jouait évidemment "lascive, chienne fidèle" mais avec moins d’efficacité que le duo Donna Summer / Giorgio Moroder au même moment.
A quelques jours de son 57ème anniversaire, c’est sa fille qui a découvert son corps inanimé, dans son mobile home. Triste fin pour celle qui, avec son physique "banalement joli" (et qui la recalerait probablement aux séances de casting X d’aujourd’hui), fit fantasmer des générations d’adolescents (et d’adultes) américains…
Marilyn Chambers en interview télé au moment de la sortie de Rabid :
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