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Millenium - David Fincher
Sorties salles
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Le phénomène Millenium a d’abord conquis la Suède en 2005 avant d’exploser en France en 2006 avec la parution du premier tome, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Ont suivi deux suites qui forment la trilogie désormais largement connue autant des lecteurs passionnés que des amoureux du cinéma puisqu’une adaptation suédoise avait rapidement suivi. Ces adaptations ont également lancé la carrière de la jeune actrice Noomi Rapace, devenue presque indissociable du personnage de Lisbeth. Autant dire que David Fincher avait du pain sur la planche en s’attaquant au remake américain d’un film sorti en 2009 et qui, objectivement, n’en avait nul besoin. Mais telles sont les dures lois Hollywoodiennes où l’on préfère tout servir sur un plateau d’argent aux spectateurs au lieu de leur demander un petit effort et lire des sous titres.
![]() David Fincher n’a plus besoin de convaincre qui que ce soit de son talent. Génie pour les uns, simple styliste pour d’autres, il a néanmoins mis à peu près tout le monde d’accord avec ses deux derniers films, Zodiac et Social Network. Et avec cette adaptation, on peut aisément dire que ses œuvres s’inscrivent désormais dans une réelle continuité. Pourtant, en dépit d’une mise en scène fluide et techniquement impeccable, on reste à distance respectueuse. Le sens de l’ellipse du réalisateur associé à un montage quasi parfait contribuent à la réussite plastique d’un film qui manque d’âme. Le réalisateur montre sans nous embarquer vraiment dans cet univers fait de solitude, de souffrance d’exister, de secrets inavouables, de difficultés de communiquer avec autrui, de misogynie, de pouvoir... Ses personnages principaux sont toujours des solitaires qui se battent autant contre eux-mêmes que le monde extérieur et ici, Mikael Blomkvist (Daniel Craig) et Lisbeth Salander (Rooney Mara) ne font pas exception à la règle. Réunis par les évènements pour chercher le meurtrier de la nièce d’un riche propriétaire, ils vont surtout se trouver tous les deux. Ce n’est pas la première fois que Fincher inclut une histoire d’amour dans un film mais elles ont toujours un côté atypique et décalé, et surtout sans réel espoir. Ici, les choses évoluent tout naturellement entre Lisbeth et Blomkvist et à l’instar des personnages féminins de Social Network et Zodiac, la femme se révèlera plus forte que l’homme, autant dans le déroulement de l’enquête que d’un point de vue personnel.
![]() Les deux acteurs principaux livrent une prestation impressionnante. On a déjà vu Craig dans de nombreux films ces dernières années et il a démontré une palette de jeu allant de l’action (James Bond) au fantastique/SF (Cowboys et Envahisseurs). Si on n’avait pas encore vraiment remarqué Rooney Mara, c’est désormais chose faite. La petite brune donnait brillamment le change à Mark Zuckerberg dans la scène d’ouverture de Social Network mais pour la reconnaître, il faut plus qu’un bon coup d’œil. La jeune femme a subi une métamorphose proche de celle de Charlize Theron dans Monster. Coupe de cheveux improbable, faux tatouages, vrais piercings, sourcils rasés… Enlaidie pour le rôle d’une Lisbeth introvertie et torturée par ses démons (représentés dans le sublime générique d’ouverture sous forme de cauchemar huileux), elle livre une prestation beaucoup plus humaine et moins ouvertement haineuse que celle de Noomi Rapace. Son rôle exige de l’actrice à puiser au fond d’elle-même pour faire appel à notre compassion envers un personnage physiquement bizarre au comportement pouvant aller jusqu’à une violence inouïe. On n’a pas envie de la connaître et pourtant, c’est bien elle qui attire toute notre sympathie.
![]() L’histoire suit dans les grandes lignes celle du livre – un pavé de sept cent pages qui contient déjà assez de matière pour au moins deux films. Et même si le principal a été retenu, il reste dommage de n’avoir pas pu creuser davantage l’histoire de cette famille dont les membres vivent tous ensemble sur leur petite île mais où personne ne s’adresse la parole. Tout le monde est suspect et pourtant, personne ne semble avoir voulu chercher la vérité comme si les choses n’existaient pas si on n’en parle pas. Et en cela, Fincher était le réalisateur idéal en ce qu’il arrive à nous faire ressentir les profondeurs sombres de ses personnages et de leurs rapports au travers de scènes de famille d’une apparente banalité. Les demeures sont grandes, anciennes, impeccablement décorées et tenues ; les regards sont fuyants, les conversations mesurées. On pense souvent à l’univers du héros douloureusement solitaire du mésestimé The Game. Pour les agissements du tueur, on est plus dans l’univers de Zodiac que de Seven. Fincher ne s’attarde pas sur les images perturbantes, il nous livre les faits de façon presque détachée, un peu à l’instar du tueur. Le criminel fait ce qu’il fait parce que c’est comme ça. Il ne s’agit pas d’un jeu – dans Seven non plus, ça ne l’était pas – mais de l’expression d’un profond malaise faisant partie intégrante de celui qui commet ces atrocités.
Dans un souci d’authenticité, tout le film se déroule en Suède. Fincher s’est de nouveau associé avec le directeur photo Jeff Cronenweth (ayant reçu un Oscar pour son travail sur Social Network). Continuant sur leur lancée avec des caméras numériques, ils sont arrivés à recréer l’ambiance froide et âpre du livre, cette ambiance si typiquement scandinave que l’on n’aurait pas retrouvé dans des décors hollywoodiens. Les tons sont froids, les contrastes étonnants et bien qu’il doit y avoir un grand travail également sur la lumière, elle est plus naturelle qu’artificielle. Et pour en finir avec les réussites du film, il convient de mentionner la BO composée par Trent Reznor et Atticus Ross. Les deux artistes avaient déjà signé la musique oscarisée de Social Network et ici, ils livrent encore un travail de toute beauté, à commencer par la superbe reprise de Led Zeppelin, Immigrant Song, en guise de générique.
Aux dernières nouvelles, Fincher devrait également réaliser les deux volets restants de la trilogie. Même si on aimerait le voir s’atteler à un projet original, il ne fait aucun doute qu’il a trouvé là un matériau qui lui correspond et qu’il aura tout loisir d’explorer jusqu’au bout. Retrouvez d'autres articles sur David Fincher : David Fincher - "L'Etrange Histoire de Benjamin Button" Plusieurs projets en cours pour David Fincher Deux teasers et une affiche pour la version Fincher de "Millenium"
Commentaires
De : noodles et rama ? r.a.m.a ? RAMA ? R.A.M.A ? on va devoir pétitionner ? De : noodles oh fuckie ! Mara.... Rama! C'est un signe !!!!! De : noodles pour en savoir plus, lire le numero de mad movies avec dossier les films que vous ne verrez jamais..... Insérer un commentaire : |
