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Mike Mills – "Beginners"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2011-06-08



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La comparaison des deux premiers long-métrages de Mike Mills a quelque chose d’assez troublant tant leurs formes s’adaptent à leur propos. Enième peinture des affres de l’adolescence, Age difficile obscur (Thumbsucker, 2005) présentait effectivement tous les tics du premier film sous influence Sundance, à tel point qu’il en perdait toute singularité dans la morne forme du "film indépendant américain". A l’inverse, Beginners peut à tous égards être considéré comme le film de la "maturité", mais dans le bon sens du terme, qui se rapprocherait d’ailleurs de "maturation". Le personnage principal est cette fois un quasi quadragénaire et même s’il continue un peu à vivre comme un "adulescent" (incapable de construire une relation sentimentale, sous forte dépendance émotionnelle de ses parents, même décédés…), il a derrière lui un vécu qui en fait un vrai personnage complexe. A son image, la mise en scène de Mike Mills gagne énormément en personnalité, son écriture aussi, qui témoigne d’une vraie recherche pour apporter un regard un peu décalé à certaines situations (comme celle, à la fin du film, où Ewan McGregor découvre l’appartement new yorkais de Mélanie Laurent). Il y a là une forme de respect du spectateur à ne pas lui offrir sur un plateau exactement les scènes qu’il attend, à proposer des correspondances au sein même du film entre les époques et les situations qui rend Beginners terriblement attachant.

Mélanie Laurent et Ewan McGregor dans "Beginners"
Mélanie Laurent et Ewan McGregor

Pour tout dire, on sent une plus grande implication du réalisateur dans ce second film. Et l’on n’est du coup pas du tout surpris d’apprendre la forte teneur autobiographique de son sujet. Comme celui d’Oliver (Ewan McGregor), le père de Mike Mills a fait son coming out homosexuel à 75 ans, cinq ans avant d’être emporté par un cancer. Avec un pitch lesté d’un tel pathos, le risque était énorme que le film à la séance de psychanalyse filmée et complaisante dans l’auto-apitoiement. Mills en est tellement conscient qu’il grime même son héros en Sigmund Freud à l’occasion d’une fête costumée et ce petit détail en dit long sur l’élégance de sa démarche, qui lui fait préférer les touches impressionnistes au grand récit initiatique balisé (puisque, finalement, là aussi, comme dans Thumbsucker, il s’agit du passage à l’âge adulte, que l’on n’atteint peut-être vraiment que lorsqu’on n’est plus l’enfant de personne, à la mort de ses parents). Sur un sujet plutôt grave, Beginners privilégie une approche ludique, frôlant parfois la mise en scène gadget à la Jeunet (les pensées sous-titrées du chien, les diaporamas pour resituer une époque…), mais sauvée par son humour.

Goran Visnjic et Christopher Plummer dans "Beginners"
Goran Visnjic et Christopher Plummer

L’autre différence essentielle avec Age difficile obscur est son interprétation. Thumbsucker est assez typique de ces films indépendants où des comédiens mainstream mettent manifestement un point d’honneur à jouer différemment, comme pour signifier au public (et peut-être plus encore aux directeurs de casting) qu’ils sont capables de faire autre chose que ceux pour quoi ils sont connus. Cette façon de se servir soi-même sert rarement le personnage et donc l’œuvre. Dans le film cité, Keanu Reeves y était ainsi particulièrement pénible (même si les mauvais esprits auront beau jeu de dire qu’il l’est tout autant dans les "grosses productions"…).
Dans Beginners, c’est tout le contraire et si ses personnages sont forts, ses comédiens y sont évidemment pour beaucoup. C’est plutôt sans surprise pour Ewan McGregor et Christopher Plummer, mais ils sont ici réellement excellents. C’est un peu plus inattendu pour Mélanie Laurent, probablement jamais aussi convaincante que dans ce film ; peut-être qu’elle joue en anglais ou qu’elle doit plus que d’habitude jouer sur le non verbal. Elle fait passer en tout cas une belle émotion.


Même si Beginners n’évite pas un relatif sentiment de redite narrative dans sa dernière partie, il constitue une très belle surprise qui permet de croire pour Mike Mills en un destin cinématographique assez proche de celui d’un Noah Baumbach, par exemple.


Sortie nationale le 15 juin 2011






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