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Michel Gondry - "The Green Hornet"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2011-01-17



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Le projet The Green Hornet suscitait presque autant d'appréhension que d'excitation : le film pourrait-il être la synthèse harmonieuse de trois genres (ou sous-genres, voire sous-sous-genres) dont la compatibilité ne sautait pas aux yeux ?
Le premier genre auquel raccrocher The Green Hornet, le plus visible, celui qui lui garantira son probable succès public, c'est celui du film de super héros. En toute rigueur, d'ailleurs, c'est faux, Britt Reid et son acolyte Kato étant moins dotés de super pouvoirs (surtout le premier, à peine capable de se battre) que de super gadgets, comme une version lo-fi du duo Batman / Robin *. De plus en plus présent sur les écrans (cf. les adaptations cinématographiques de Thor, Captain America ou Green Lantern à venir dans les prochains mois), le genre appelle évidemment au recours massif aux CGI (Computer Generated Imagery), ce qui peut sembler contradictoire avec ce qui était jusqu'ici l'"éthique" de cinéaste de Michel Gondry, plutôt dévouée à la défense du bricolage et des effets spéciaux mécaniques (comme Soyez sympas, rembobinez l'avait presque théorisé).

On sait que Gondry n'était pas le premier choix pour la réalisation de cette adaptation ; mais les méthodes de travail de Stephen Chow se sont vite avérées incompatibles avec celles d'Hollywood... L'une des questions les plus passionnantes posées par The Green Hornet était donc de savoir dans quelle mesure ce film pourrait appartenir au sous-genre du "Gondry movie". Et puis, le troisième (sous)genre, c'est la "Seth Rogen comedy", puisque l'acteur n'est pas seulement ici l'interprète du rôle-titre mais l'instigateur du projet lui-même et le coscénariste du film, avec son fidèle et inséparable copain, Evan Goldberg.
Globalement, cette greffe complexe prend très bien, réussissant le double exploit de produire un film à la fois brillant, divertissant, malin et intelligent tout en faisant exister les trois genres précédemment listés. Pas toujours les trois en même temps, évidemment, mais The Green Hornet évite le piège du patchwork disgrâcieux.

Seth Rogen et Jay Chou dans "The Green Hornet"
Seth Rogen et Jay Chou

On pouvait craindre une mise en scène impersonnelle et se demander comment le cinéaste Michel Gondry pourrait réussir à faire entendre sa petite voix singulière. Le plus souvent, sa mise en scène est simplement au service de son sujet et de ses personnages. Ses effets de signature sont rares mais n'en sont que plus éclatants, qui nous rappellent même le meilleur de son oeuvre : moins ses long-métrages (laissant toujours un goût plus ou moins prononcé d'inabouti) que ses clips, en particulier ceux qu'il a réalisés pour Massive Attack, les Rolling Stones, Kylie Minogue, IAM, les White Stripes, Cibo Matto... Deux scènes sont à cet égard particulièrement réussies : celle où Britt Reid lutine sa conquête d'un soir dans le garage de rêve paternel (superbe panoramique à 360°) et surtout son utilisation assez éblouissante du split screen pour une scène où la narration le justifie totalement. On est moins convaincu par sa mise en scène des pures scènes d'action, où son montage manque parfois de précision/ La faute peut-être, aussi, à une surenchère dans les effets spectaculaires parfois lassante, notamment dans la poursuite finale, un peu longue.
La seule vraie faiblesse du film est d'ailleurs dans son intrigue de "film de super héros", dont on jurerait qu'elle n'a pas passionné davantage ses auteurs que ses spectateurs. Les situations et rebondissements sont assez convenus et, en méchant, Chistoph Waltz livre une belle composition (excellente première scène face à l'autoproclamé nouveau caïd de L.A.) mais peinant à se démarquer tout à fait de son inoubliable rôle de Hans Landa dans Inglourious Basterds.

Christoph Waltz dans "The Green Hornet"
Christoph Waltz

A l'évidence, ce qui a le plus amusé Rogen et Goldberg, c'est leur éternel sujet, en particulier celui de SuperGrave (réalisé par Greg Mottola), qui peut être vu comme une matrice ado de The Green Hornet : l'amitié entre deux "garçons" et toutes les rivalités ambigues qui peuvent en découler. Si le potentiel homosexuel de la relation entre Michael Cera et Jonah Hill restait plus implicite dans SuperGrave, il éclate ici au grand jour dans celle entre Seth Rogen et Jay Chou (excellents tous les deux) : Kato "séduit" d'abord Reid pour ses talents culinaires (son incomparable et si raffiné capuccino) avant que leur relation ne vire au coup de foudre et à la parfaite harmonie (avec une division des tâches dans le entre eux aussi affirmée que dans une caricature de couple hétéro), bientôt contrariés par la femme (Cameron Diaz) qui se met entre eux et qui, se refusant à l'un comme à l'autre, accrédite bien l'idée qu'il n'y a qu'un seul couple sexuellement possible dans cette histoire, jusqu'à la scène de ménage baston qui permet joliment au film de dresser un pont entre deux Kato, celui du Frelon vert (cf. le discret hommage à Bruce Lee via quelques dessins au début du film) mais aussi celui de l'inspecteur Clouseau imaginé par Blake Edwards. On peut d'ailleurs se demander si Rogen et Goldberg n'en font pas un peu trop sur ce sujet de l'homosexualité et s'il était bien nécessaire d'y revenir encore après l'hilarante scène où Rogen présente son "gars" au comité de rédaction de son journal. Ne faisons néanmoins pas trop la fine bouche tant les scènes de comédie sont certainement les meilleures d'un film emballant.


* Il y avait d'ailleurs plus d'une similitude entre les versions télé 60's de Batman et du Frelon vert, au point qu'un épisode de la dernière série nommée organisait la brève rencontre des deux "couples", partageant aussi une certaine ambiguïté sexuelle sur laquelle nous reviendrons, puisqu'il s'agit au fond du vrai sujet de The Green Hornet.




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Commentaires
De : noodles

d'accord avec tout ça... mais j'aimerais souligner la perf de jay chou, qui contrairement à ce que dit son nom, n'échoue pas du tout, et fait plus que tirer son épingle du jeu ...

De : Cyril C.

Jay Chou est chou-crème !

De : noodles

vu le film en vf, ce qui nous a valu cet échange dont je me demande bien quel était l'équivalent en vo :" et si on l'appelait le frelon vert ? - le frelon vert ? -ouais c'est cool non? - c'est pas mal, mais en anglais ça sonnerait mieux, the green hornet ! - super!"

De : Ishmael

Seulement 276 000 entrée France en première semaine pour le film, battu par Nicolas Cage et Gérard Lanvin... Dommage pour ce bon blockbuster atypique, bien fun, mauvais esprit et distancié sans être jamais cynique. Je dirais d'ailleurs que sa vision du super-héros, privilégiant des personnages obnubilés par le "jouer à être" jusqu'à l'égocentrisme outrancier, n'est pas si accessoire. J'aime bien que Seth Rogen soit si envahissant ici, c'est souvent perçu comme un défaut mais sa prestation a quelque chose de très originale.

De : noodles

le spectateur français moyen est un veau....

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