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Michel Gondry – "The We and The I"

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Posté par Gaël Martin le 2012-09-12



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Avec son nouveau film, The We and The I, Michel Gondry approche la perfection de son art. Il a imaginé son film comme un entre-deux, une sorte de récréation pour sortir des structures de production imposantes. Sur le moment, c'était un moyen de s'échapper du tournage de The Green Hornet. Le film a permis, par la suite, à l'hyperactif réalisateur de se ressourcer, avant de se confronter à une autre vision (plus européenne) de la méga-production (L'Ecume des jours). The We and The I démontre qu'à l'instar de Steven Soderbergh, Michel Gondry maîtrise parfaitement les moyens de production. Qu'il travaille à Hollywood, Belleville ou Harlem, l'auteur s'oblige à une même exigence : respecter toute la chaîne de production. C'est à cette seule condition qu'il peut se permettre d'arriver à l'idée qu'il veut développer. La cohérence et la réussite de son œuvre viennent également de là. On est loin du fantasme de l'artiste bricoleur. Ce qui est vrai pour ses œuvres de fiction l'est également pour ses documentaires : The We and The I se pose justement comme un pont entre les deux rives de son oeuvre.

Laidychen Carrasco dans "The We and the I"
Laidychen Carrasco

Tournant le plus souvent dans l'urgence et la spontanéité, Michel Gondry se permet de mixer le style "cinéma-guerilla" à ses ambitions expérimentales. Et ça marche. Tiré des expériences vécues par les acteurs (non-professionnels), The We and The I joue de ses influences visuelles. Admirateur de Cassavetes, il a le même désir d'improvisation, sa caméra cherche à percer les failles humaines ; il a compris que le montage doit laisser vivre à l'image les accidents créateurs qui se révèlent à travers le jeu des acteurs. Mais par ses cadrages, le choix du casting féminin et ses intertitres malins, c'est l'école new yorkaise des comics underground qui est convoquée. Ces jeunes filles plantureuses semblent sortir d'un fantasme de Robert Crumb, quand ce n'est pas un axe de caméra qui reproduit la case d'une bande dessinée. Il ne serait pas étonnant, à ce propos, que Gondry ait été un lecteur de Raw, revue créée par Crumb. Ce n'est pas la moindre des réussites du cinéaste que d'avoir réussi a créer une certaine homogénéité en usant de partis pris très éloignés. Gondry créateur de forme, c'est une chose entendue, et c'est à cela, souvent, que l'on limite le commentaire de ses films. Mais The We and the I est d'une autre ampleur.

Alex Barrios dans "The We and the I"
Alex Barrios

S'il a pensé son film en France, c'est en rencontrant les jeunes de Harlem qu'il a décidé de le tourner aux Etats-Unis. The We and The I est né du même mouvement que son exposition au centre d'Art Moderne George Pompidou : "L'usine des films amateurs" est la matrice de The We and The I. Le cinéaste a voulu penser son film dans un style Do It Yourself, mais en un mouvement généreux, tourné vers les jeunes des quartiers populaires. Ils viennent de Harlem, mais Gondry aurait sans doute fait le même film à Bondy ou Buenos Aires. Tout son cinéma est l'oeuvre d'un groupe, d'un collectif auquel il ne peut s'empêcher de rendre hommage. Cet amour du collectif permet aux acteurs de s'épanouir, et l'on ne peut que remercier leur fraîcheur et leur tchatche, qui facilitent la liberté créatrice du réalisateur. Il y a chez Gondry un besoin évident du collectif, et le groupe, tout autant que la notion de communauté, sont déjà présents dans ses précédents films. Ce qui frappe dès les premiers plans de The We and The I, c'est autant le plaisir de filmer que celui de jouer. Ce road movie en quasi huis-clos se révèle aussi passionnant visuellement que dans ses thématiques, ainsi que dans son travail du son et de la gestion de l'espace.

Teresa Lynn et Michael Brodie dans "The We and the I"
Teresa Lynn et Michael Brodie

Le titre résume à lui seul les ambitions du cinéaste, la complicité entre celui-ci, les acteurs et ceux qui font un film : les spectateurs. Quel beau titre, décrivant autant la démarche que le récit, où l'on verra une communauté, un groupe, se séparer petit à petit, pour isoler chacun, tant dans l'espace du bus que dans son discours. Bref, le nous et le je. Le rapport de soi à la communauté. L'image a dans ce film les deux visages de la modernité : celui du We, de l'expérience collective (la salle de cinéma) et du I de la vidéo mobile, celle des smartphones. L'image du We est pourtant exclusive et unique pour chaque spectateur, alors que celle mobile, individualiste, est une image que l'on partage. La diffusion libre de l'image, propos d'une belle pertinence alors que la question de son partage appelle de plus en plus à une réponse uniquement répressive. A ces réflexions sur l'image s'ajoute une bande son hip-hop très à-propos. Au flow, et à cette musique jouant de la répétition, répondent les images de ce jeune garçon, absent de l'image cinéma (il est, au final, le personnage principal du "film" que se racontent en image les adolescents, à travers le partage des vidéos dont il est le héros), et que les ados ne se lassent pas de visionner en boucle sur leurs smartphones. L'image, comme le son, est alors samplée, remixée. Le choix du rap fait également écho à la réalisation do it yourself, dont le hip-hop, légataire du punk (premières amours de Gondry), a fait son cheval de bataille.

Il faut savoir gratter la couche de légèreté qui recouvre le film, et l'aspect un peu gamin du projet, car The We and The I est sans doute l'oeuvre la plus aboutie de son auteur.


Critique publiée initialement chez nos amis de Cinématraque.


Sortie nationale le 12 septembre 2012




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Commentaires
De : Céline

Critique un peu bizarre : on ne sait pas du tout de quoi le film parle, ce qu'il dit, de quoi il s'agit...

De : Gaël

Bonjour Céline,

L'histoire n'est pas facile a raconter. C'est une bande d'amis qui prennent pour la dernière fois le bus scolaire avant de partir en vacances, des discussions s'engagent à propos de tout et n'importe quoi. On y parle d'une soirée mémorable et d'un ado que tout le monde adore emmerder. L'intérêt du film et pour moi ailleurs que dans l'histoire c'est pourquoi je ne l'évoque pas.

Merci pour ton petit commentaire.

De : jacques d.

Est-ce que c'est mieux que "le Frelon Vert" ?
Bon, ceci dit, c'est peut être pas bien difficile de faire mieux ! Bon alors disons mieux que les vidéos de Oui Oui ? Bon ceci dit, etc... Ah oui, est-ce que c'est mieux que "mon curé chez les Thailandaises" du regretté Robert Thomas ?

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