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Michael & Peter Spierig - "Daybreakers" (Blu Ray)

Sorties DVD
Posté par Olivier Rossignot le 2010-07-09



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Alors que Centurion, le dernier film de Neil Marshall sort à la va-vite dans quelques salles, il n’est pas inutile de répéter la manière dont le cinéma de genre est (mal) traité en France et combien sa promotion est faite en dépit du bon sens. Comment faire le tri parmi les sorties quasi techniques et les direct to dvd entre des œuvres sitôt vues et oubliées, et d’incontestables réussites qui méritent qu’on s’y attarde ? Alex Terror nous avait déjà mis l’eau à la bouche en nous incitant à aller voir Daybreakers avant qu’il passe de l’UGC Orient Express au néant. Disons le tout de suite, Daybreakers est de la trempe des série b d’antan, qui utilisaient le cinéma de genre comme un vecteur de subversion. Certes l’aspect un peu impersonnel de leur réalisation fait parfois imaginer ce qu’en aurait fait le Carpenter des grandes années avec sa gestion de l’espace, un scope plus inventif et un rythme un peu moins nonchalant. Mais à cette réserve près, Daybreakers reste un divertissement précieux dans sa générosité et sa modestie, qui s’inscrit dans une vraie tradition d’un cinéma à la fois populaire et critique et qui, plutôt que de s’affranchir de ses ainés, choisit de leur rendre hommage. Il ne s’agit pas tant pour les frères Spierig. d’une surenchère de références mais d’un vrai désir de distiller une atmosphère, un ton qui a tendance à faire défaut au genre. Daybreakers rappelle tout simplement ce que son univers doit à ses précécesseurs, de l’esthétique de mégalopole nocturne qui emprunte à Dark City, au climat d’état de siège et d’épidémie autour duquel s’organise la résistance, puisant dans la trilogie des morts vivants de Romero, sans oublier la dimension pamphlétaire de la SF avec ses panneaux publicitaires et ses médias envahissants qui évoque le They Live de Carpenter. Dès sa séquence d’ouverture Daybreakers cite le Near Dark de Bigelow : la vision d’une petite fille vampire face au désespoir de ne jamais grandir s’offrant aux flammes du soleil donne elle aussi le ton de la contemporanéité et d’une vision symbolique du vampirisme. Renvoyant la créature à sa part la plus obscure, la plus négative et partant, sa plus sociale, Daybreakers se situe en cela aux antipodes du dandy séducteur et du nouveau suceur de sang aseptisé, teenager post-gothique et post-romantique.
 

Ici, le vampire incarne le pouvoir en place, le dominant, utilisant les derniers humains – ceux qui ne sont pas cachés et traqués – comme nourriture alors que la substance vitale vient à manquer, et dont il conserve précieusement les ultimes doses pendant que sa race se meurt. Figure une nouvelle fois très carpenterienne, la stratégie de survie va s’organiser autour de quelques rebelles contestataires vampires et humains dans lequel émerge un trio héroïque façon western composé d’Ethan Hawke, Claudia Karvan, Willem Dafoe, l’avenir du monde reposant intégralement entre leurs mains. Les frères Spierig ne se contentent pas d’avoir un argument de départ astucieux, ils le développent avec intelligence, le faisant avancer vers des directions plutôt inattendues. Ils ouvrent un bel espace d’inversion dans lequel le fantastique opère un glissement métaphorique et ironique de notre réalité, comme en témoigne la vision d’une société scindée en deux : d’un côté les partisans d’un remède qui éradiquerait cette « maladie » pour retrouver leur humanité  et de l’autre, ceux qui n’attendant qu’un ersatz de sang pour se rassasier, confortés dans une monstruosité auquels ils sont habitués et qui leur sied parfaitement. On identifiera également sans peine, cet état policé aux mains des vampires, avec sa jeunesse désoeuvrée zonant dans les rues, ce monde imergé dans le chaos, l’obscurantisme et la peur, avec ses guerres justes, ses nouveaux terroristes traqués à combattre, l’espèce humaine, tout simplement.  
A ce titre l’exposition aux rayons du soleil comme ultime remède constitue probablement la plus belle - et la plus poétique - idée de Daybreakers. Le Mal par le Mal. La source de destruction la plus terrifiante comme secret de la survie. Dans un monde précipité dans les ténèbres, la seule chance pour le vampire de réintégrer son humanité perdue – au risque de s’anéantir – est de se confronter à son contraire, son négatif, ce qu’il a perdu depuis longtemps : la lumière.
 
 
Le transfert blu ray est d’autant plus efficace lorsqu’il aborde les scènes d’obscurité pure, respectant à la perfection les nuances de noir sur lesquelles pénètre peu à peu la lumière. Les pistes sonores sont également irréprochables. Le commentaire audio des deux réalisateurs et du concepteur des créatures nous laisse dans l’ensemble un peu sur notre faim car se focalise essentiellement sur un aspect purement technique et organisationnel du film : utilisation des effets numériques ou pas, post production, souvenir de telle ou telle difficulté, exprimant la manière dont ils se sont débrouillés pour tourner la scène, bref une façon de dévoiler tous les « trucs » ce qui a un peu la fâcheuse tendance à annihiler l’immersion dans un univers dont nous a vendu les artifices. Mais leurs propos, cette propension à tout révéler est surtout significatif d’un enthousiasme communicatif des cinéastes à avoir réalisé un rêve, joie de gamins bidouilleurs et modestes, amoureux du cinéma de genre, comme ils n’ont de cesse de le répéter. Il est intéressant de les entendre aborder – trop rarement – les thèmes de Daybreakers, leur désir d’intégrer une vision critique de notre monde en veillant soigneusement à ne pas étouffer sa vocation à divertir. Nous écoutons enfin avec attention les deux frères avouer que malgré tout désir d’être libre et personnel, dès qu’on atteint un certain budget tout créateur est contraint de penser au public et la rentabilisation du film. Ainsi pourra-t-on regretter la courte scène finale ajoutée suite aux réactions de la première projection test (« trop pessimiste » !) montrant la voiture des héros sûr la route alors qu’originellement le film devait s’arrêter sur cette vision du soleil pénétrant dans le hall.

 
Il est également possible de comparer les storyboards et les animatics (storyboards animés en 3D) au résultat final durant tout le film, ce qui s’avère d’abord instructif puis quelque peu lassant dans sa totalité. Le making of développe étape par étape la conception du film, de l’état de projet jusqu’à la première mondiale au festival de Toronto. On y retrouve tous les éléments habituels : répétitions, créations des effets spéciaux, des cascades. Mais son intérêt principal réside dans la mise en relief de la nature passionnée des deux frères australiens qui abordent le cinéma sans roublardise, dans un pur plaisir de « faire du cinéma ». On suit donc avec un réel plaisir les moments du tournage, portés par une atmosphère adolescente et spontanée, comme en témoigne le travail sur les expressions des vampires ou l’apprentissage de la morsure pour lesquels les acteurs s’en sont visiblement donné à cœur joie. Pour terminer, en guise de cerise, le premier court métrage des frères Spierieg The Big Picture se présente comme une jolie variation sur le destin à la « Weird Tales », et raconte avec l’émotion et la maladresse inhérente toute première œuvre, comment une jeune femme découvre qu’elle peut regarder défiler sa future vie sur sa télévision grâce à sa télécommande. Belle entrée en matière pour deux cinéastes à suivre de près. Nous restons pour le moins curieux de voir ce qu’ils feront de la suite de Dark Crystal : The Power of Dark Crystal, bien que (très) méfiants et n’hésitant pas à aiguiser nos dents à notre tour s’ils se plantent pour la séquelle d’un tel chef d’œuvre.
 
 
Daysbreakers (USA, 2009), réalisé par Ethan Hawke, Claudia Karvan, Willem Dafoe, Sam Neill Blu Ray édité par Seven 7


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Commentaires
De : Elysia

Je ne connais pas du tout les frères Spierig mais au vu de leur propos artistique si bien exposé ici même, ce film me tente vraiment.

De : martin

mal filmé, mal joué, inintéressant, faut vraiment être amateur de matrixeries pour le regarder jusqu' au bout!

De : Alex Terror

Sacré Martin, va !!!

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