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Michael & Peter Spierig - "Daybreakers"

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Posté par Alex Terror le 2010-03-09



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Dire que l'on ne donnait pas cher de la peau des frères Spierig est un euphémisme. En effet, leur Undead inaugurale, s'il se rêvait en Bad Taste du nouveau millénaire, n'atteignait jamais la folie foutraque du film de Peter Jackson, mélange éhonté de blagues débiles et de gore joyeux. Tout au plus reconnaissions-nous aux deux australiens une belle énergie illustrative, ainsi qu'un talent certain dans la débrouillardise (puisque la paire, sorti de l'acting, assurait absolument tous les postes sur le métrage, réussissant avec un budget misérable à lui conférer un cachet professionnel pas dégueulasse). Plombé par un script inepte, Undead était plutôt pénible sur la longueur et on attendait circonspect leur nouvel effort, titillé quand même par un casting ultra bandulatoire (Ethan Hawke, Sam Neil et Willem Dafoe dans un même film, ça donne forcément envie) et un pitch plus que prometteur (pour faire court, les vampires dominent un monde où l'homme se voit réduit à servir de pain quotidien).

 



Du coup, la surprise n'en est que plus délectable. Car dès ses premières minutes, Daybreakers étonne. Posant d'emblée un enjeu ultra dépressif, la séquence d'intro agit comme un précipité de l'ambiance générale du film, sombre et sérieuse comme un pape en vadrouille irlandaise pleurant sur le sort de ses ouailles attouchées. Passée cette élégie à la signification transparente (ou comment exprimer en deux temps trois mouvements un profond pessimisme quant au devenir de l'humanité), le film nous dévoile en une poignée de séquences un univers cohérent et véritablement séduisant, rappelant à notre bon souvenir l'esthétique froide et saturée de néons du Ridley Scott des 80's, celui de Blade Runner, Black Rain et Traqué (on pense du coup aussi énormément à The Crow et Dark City d'Alex Proyas). L'ambiance est donc au néopolar hard boiled, impers et feutres de rigueur, turpitudes morales et tristesse existentielle en bandoulière. Les Spierig n'en oublient pas pour autant le fun inhérent à toute bonne série B, proposant des péripéties rythmées visant à la transformation d'un quidam perclus de doutes en héros plein de panache. Contrat rempli aisément de ce côté, même si l'on peut reprocher au script quelques grosses ficelles d'une naïveté confondante (notamment dans le traitement du personnage incarné par Dafoe, trop badass pour être honnête). Mais le véritable intérêt du film est ailleurs.


En effet, Daybreakers acquiert ses galons de petit classique du samedi soir par l'effet de résonance qu'il rencontre avec l'actualité. La storyline concernant le personnage de Sam Neil, méchant superbe du film, est, à cet égard, exemplaire. Grand argentier de la banque de sang humain alimentant les besoins de la société vampirique, il évoque irrésistiblement ces traders cyniques capitalisant sur les dettes publiques via les tristement célèbres hedge funds, monnayant espoir et vérité sur le dos de leurs pairs exsangues. Le personnage pourrait s'avérer honteusement schématique si les Spierig n'avaient pas la bonne idée de lui adjoindre une fille rebelle au goût du sang, chair de sa chair qu'il n'hésitera pas à sacrifier dans une vaine tentative de se justifier à ses propres yeux, apportant au personnage une dimension dramatique insoupçonnée. Le destin tragique de cette fille amène de plus à un autre aspect particulièrement pertinent du film, à savoir le traitement, dans nos sociétés de nantis, des laissés-pour-compte. Ainsi, assoiffés d'un sang qui vient à manquer, les vampires civilisés en viennent à muter en monstres instinctivement meurtriers. Et loin d'essayer de leur venir en aide, la société de préférer tout bonnement les exterminer, eux qui, quelques jours à peine, étaient encore des semblables. On pense forcément à ces images d'haïtiens fouillant les décombres du désastre, réduits dans les médias à la triste figure de pillards violents quand ils ne font qu'essayer de survivre. Et là, le script d'atteindre une triste ampleur qui culminera au cours d'une séquence finale hallucinatoire voyant un bataillon de vampires s'entredévorer... Rapprochements fortuits, me direz-vous. On se bornera à rappeler que la dimension sociale et politique d'une Nuit des morts-vivants s'est faite, selon les propres dires de Romero, à son insu, le script original ne mentionnant nulle part la couleur de peau de son héros.
 



Remercions donc les Spierig pour ce petit bonheur de série B, pelloche généreuse et film politique par la bande qui, loin d'être parfait (cette naïveté un peu agaçante, convenons-en), mérite que l'on s'y attarde. En somme, un divertissement intelligent et précieux, comme toute bonne série B qui se respecte et respecte son spectateur. Well done, Bro'!



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