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Mathieu Demy - "Americano"

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Posté par Laura Tuffery le 2011-11-29



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Grave par le sujet traité - la mort de la mère - ludique pour les cinéphiles qui pourront se livrer à un véritable jeu de piste, Mathieu Demy parvient, pour son premier passage derrière la caméra, à livrer avec Americano, une oeuvre attachante, profondément sincère dans son propos et sa nécessité personnelle et qui ne souffre jamais d'aucune prétention à se vouloir montrer. Avec beaucoup de délicatesse, d'amusement et sans emphase, Mathieu Demy filme l'intime et place à priori le spectateur dans une position de confident bienveillant qui saura oublier ou se souvenir, c'est selon, qu'il est le fils de Jacques Demy et d'Agnès Varda, et qu'il n'y a là aucune raison d'en faire tout un « cinéma » mais plus sûrement du cinéma.


C'est de plein pied et en à peine quelques plans que Mathieu Demy embrasse son sujet dont il tient également le rôle principal. Martin (Mathieu Demy) la trentaine d'années, vit à Paris avec Claire (Chiara Mastroiani) lorsqu'il apprend la mort de sa mère qu'il n'a pas revue depuis des années et qui est restée seule en Californie. Il est son seul fils, celui qui a désormais la charge de s'occuper de ses obsèques et à qui son père (Jean-Pierre Mocky) rappelle que « ce n'est pas ma mère, c'est la tienne ». Mathieu Demy filme sec l'instant de la mort et sait utiliser le langage cinématographique pour traiter de l'espace qu'il y a entre l'annonce de la mort et les obsèques, cette distorsion qui existe entre le temps intérieur de la mémoire chahutée et celui inévitablement profane des formalités à exécuter. Cette mécanique du deux temps est particulièrement bien maîtrisée dans le scénario qui emprunte avec intelligence au genre du road movie pour marquer le déplacement entre l'avant et l'après, Paris et Los Angeles, un coup de téléphone laconique et des souvenirs qui s'échouent sur une plage. Ainsi, loin de livrer un film sur le deuil, ce qui est davantage l'après du film, Americano pose avec sobriété la question du passage et de l'héritage, du réaménagement de la mémoire et de la manière dont on parle avec les morts.


 
Tout au long de ce voyage intérieur situé à l'extérieur, Mathieu Demy pose des escales qui sont tantôt des personnages ou des lieux qui permettent à Martin de retrouver sa mère pour accepter peu à peu de la perdre. De Linda (Geraldine Chaplin) l'amie proche de la famille qui l'accueille bouleversée, à Lola (Salma Hayek), une jeune femme qui fut proche de sa mère et devenue danseuse de cabaret à l'Americano, à Tijuana, Martin traverse l'épreuve de la mort en procédant à l'enquête de sa propre histoire qu'il retisse à mesure de ses déplacements qu'on ne résiste pas de superposer aux travellings, à la Mustang rouge – personnage à part entière – aux souvenirs d'enfance extraits du Documenteur d'Agnès Varda et à une bande son rythmée elle aussi par ce double mouvement d'hier à demain, soit George Delerue et Grégoire Hetzel.
Martin a vécu la séparation de ses parents dans un silence pesant où il s'est construit sa propre image, celle d'un hypersensible nonchalant face à la figure haute en couleurs d'un père, on ne peut plus pragmatique, qui ne fait ni dans la psychologie ni dans les explications et que Martin doit désormais replacer et repenser différemment. Au père, il laisse finalement la charge très formelle de s'occuper du rapatriement du corps de sa mère et le soin d'organiser ses funérailles, se soustrayant ainsi à toute emprise de sa part lors d'une altercation téléphonique qui marque l'ouverture du dernier temps du film, celui qui se déroule à Tijuana, autour du cabaret de l'Americano.


Qui est Lola, cette amie qui figure auprès de lui et de sa mère sur l'unique photo qu'il possède, qui affleure dans ses souvenirs et qui hérite de l'appartement de sa mère quand lui hérite de ses effets personnels et notamment de ses toiles qu'elle peignait à ses heures perdues? Autour du personnage trouble de Lola admirablement campé par Salma Hayek, en danseuse de cabaret sensuelle mais revêche, Martin s'obstine à y chercher une réponse à l'autre question plus cruciale et urgente du qui fut ma mère? Quelle mère et femme fut-elle? Americano trouve une bonne respiration qui n'est jamais essoufflée mais dans le juste tempo de ces quelques jours où la mort est encore vivante, ce moment où avant la mise en terre, de bric et de broc, il faut jouer de ce qu'il reste dans le temps imparti pour délivrer un ultime message à sa mère qui ne soit surtout pas brouillé et sans interférences.


C'est tout le sens qu'incarne l'énigmatique Lola que Martin cherche obstinément à cerner, comme si elle pouvait lui délivrer un dernier mot, une dernière image, le dernier soupir de sa mère. C'est aussi toute la question à venir de comment vit-on avec ses morts? que Martin cherche à résoudre. C'est en se perdant dans le personnage de Lola, dans cette ultime quête du vouloir parler et entendre parler de sa mère, que Martin, malmené dans les bas fonds de l'Americano effectue une véritable mutation car dans le lit de Lola – scène qui répond à la première du film, dans le lit de Claire – s'il devient plus consistant c'est que le personnage extrêmement sexué de Lola masque celui très vulnérable d'une mère...
Plane sur Americano avec une forme de mélancolie l'idée qu'on ne fait jamais son deuil, que celui-ci se fait à l'insu de toute volonté mais à l'aide de ce qui est à notre portée, avec ce qui nous est laissé en héritage, et que celui-ci soit maigre de choses ou de souvenirs ou inversement très cossu, cela revient au même. Ainsi, lorsque l'on s'appelle Mathieu Demy, et c'est sans doute là que repose la grande sincérité et la prise de risque évidente du réalisateur, on a des souvenirs de cinéma, de Model Shop, de Lola, d'avoir vécu à Los Angeles, des tournages de Jacques Demy et d'Agnès Varda. De ce qui aurait pu constituer un piège, l'occasion de rendre un hommage trop appuyé au cinéma de ses parents ou de s'en émanciper de manière presque outrancière, Mathieu Demy en fait une force, en s'exposant avec beaucoup d'humilité et de pudeur devant et derrière la caméra, sur un sujet tout aussi périlleux que la mort de la mère.



Film d'héritage et d'hommage au cinéma de toute évidence, Americano n'en reste pas moins une oeuvre très personnelle sur le rapport à la mémoire, dont un des propos majeurs que dévoile la fin du film est aussi, qu'une des manières de ne jamais perdre sa mère est de retransmettre ce dont elle nous a fait don et en premier lieu la vie. Pour Mathieu Demy avec pareil titre de film, c'est un Americano frappé de cinéma dont il se serait aussi amusé, un peu décliné dans l'esprit du Tu Vuo Fa l'Americano d'Adriano Celentano : En passant derrière la caméra avec conviction mais sans jamais se prendre au sérieux. C'est ce qui fait tout le charme ingénieux du premier film de Mathieu Demy.





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