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Mathieu Amalric – "Tournée"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-07-11



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A propos de Tournée, je ne me livrerai pas à l’une de ces savantes analyses comparées dont Culturopoing a le secret avec les précédentes réalisations de Mathieu Amalric (Mange ta soupe, Le Stade de Wimbledon, La Chose publique), n’en ayant vu aucune. Concernant Amalric, jusqu’ici, j’étais un peu comme tout le monde. J’aime le comédien, son jeu sur le fil entre le stress et la nonchalance (le cool angoissé, pour manier l’oxymore) et ses jolis choix de "carrière" (même s’il déteste ce mot). Mais, en dépit de ça, j’étais toujours passé à côté du cinéaste. Pour partie les aléas de la vie, sans doute, mais, en même temps, il ne peut pas y avoir de hasard : si je me suis jusqu'alors tenu éloigné de ses réalisations, c’est que, a priori, elles ne me parlaient pas. Comme si prédominait cette intuition qu’Amalric cinéaste n’avait pas encore trouvé son sujet, son vrai désir de cinéma qu’il saurait faire partager à un vaste public, sans rien renier de ses choix esthétiques.

Mathieu Amalric, Julie Ann Muz, Miranda Colclasure et Suzanne Ramsey dans "Tournée"
Mathieu Amalric, Julie Ann Muz, Miranda Colclasure et Suzanne Ramsey

Avec Tournée, on a effectivement la sensation qu’il a trouvé sujet et désir. Le premier, pourtant, est ténu : un ancien producteur de télévision, détesté d’à peu près tous les gens qu’il a jadis côtoyés, revient en France avec une petite troupe américaine de new burlesque dans ses valises et tente de lui trouver des engagements dans quelques villes provinciales.
Evidemment, le vrai sujet n’est pas là. Il est d’ailleurs protéiforme : à la fois le portrait d’un loser flamboyant (qu’Amalric s’amuse à confronter au souvenir du Ben Gazzara du Meurtre d’un bookmaker chinois de Cassavetes, référence qui crève les yeux et qu’il assume totalement), mais aussi quasi docu-fiction sur une troupes d’étonnants performers (la langue française oblige à utiliser le masculin car un homme en fait partie mais ce sont bien les femmes qui aimantent les regards, à commencer par celui du réalisateur) et variation sur le vieux thème renoiro-minellien du "monde est une scène, la scène est un monde, de spectacle". C’est le côté Carrosse d’or du film, très réussi, qui s’attache progressivement aux pas de Mimi (Miranda Colclasure), jusqu’à une issue qu’on ne dévoilera pas.

Julie Ann Muz dans "Tournée"
Julie Ann Muz

Comme chez Desplechin (et Joachim Zand pourrait être le double du Henri d’Un conte de Noël), les personnages sont parfois insaisissables et déroutants. Parce qu’Amalric, lui aussi, s’intéresse moins à ce qu’ils ont dans la tête (son cinéma n’est guère psychologique) qu’à ce qu’ils font (ou ne font pas) et disent. Peut-être parce qu’il est lui-même comédien (ou bien, justement, parce qu’il a du mal avec l’idée d’en être un ?), Mathieu Amalric est un directeur d’acteurs hors pair, même avec ceux dont ce n’est pas le métier, dont il sait capter l’énergie pour donner aussi à Tournée une vraie dimension de show.
Il faut ici louer sa mise en scène et de son excellent directeur de la photographie, Christophe Beaucarne, récompensée d’un prix cannois vraiment pas volé. Les scènes de théâtre, en particulier, sont superbement filmées et éclairées, ne sacrifiant jamais la scène aux coulisses (et inversement). Amalric sait aussi parfaitement la mettre au service de la scène qu’il filme. Deux exemples, qui illustrent son intelligence d’adaptation :
- la merveilleuse scène de flirt inopiné avec la caissière de station-service Aurélia Petit (bien connue des habitants du Groland), filmée classiquement en champ/contre-champ, parce qu’elle repose d’abord sur ses comédiens et ses dialogues. Au final, l’une des plus belles scènes du genre vues depuis longtemps ;
- une scène de dialogue entre Zand et Mimi dans un couloir d’hôtel. Cette fois, la tension érotique naît essentiellement d’un magnifique jeu sur les néons du couloir qui s’éteignent progressivement. Pur effet de mise en scène et marque d’un grand cinéaste.

Puisque tout le monde l’affirme, y compris ceux pour qui sa filmographie ne recèle aucun secret, disons, nous aussi, que, avec Tournée, Mathieu Amalric a franchi un sacré palier et réussi l’un des films marquants de 2010.






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Commentaires
De : Florence

Pas aussi enthousiaste, bizarrement Almaric cinéaste se met en scène acteur omniprésent à l'écran, dans un type de personnage qui rappelle trop d'autres (Rois et reines, et un conte de Noël) ... à part Mimi (personnage, physique et femme assez captivante) les autres personnages n'existent que très peu... Pour moi ce film est surestimé, et un peu vain... c'est trop du Despleschin sans en être (désolée, j'ai sûrement mal écrit son nom).

De : Infernalia

Partagé pour ma part, c'est à dire réellement enthousiaste sur tout ce qui concerne la partie strip teaseuses avec cette émotion très forte qui découle de la sensation d'authenticité, d'impro (et ça me rappelle le très beau Dancing at the blue iguana), avec cette poésie trivale, ce romantisme nocturne... Par contre, je trouve qu'il est super mal écrit pour tous les "aléas" familiaux et parisiens d'Amalric, plein de clichés très cinéma français et de scènes mille fois vues (conflit attirance/repulsion avec le frère, scène hyper caricaturale avec le directeur de théâtre, les rapports avec ses enfants avec un goût vraiment de déjà vu). Je me suis fait la réflexion qu'Amalric avait un problème avec la notion d'ellipse et que s'il avait justement mis toute cette partie entre parenthèse, en ellipse, et c'était concentré, recadré sur ses stripteaseuses pour faire peser le reste comme une question le film aurait gagné en unité et en force. Ceci dit, il est superbe sur beaucoup de points (dont les scènes citées par Mr K), la virée finale et la dernière demi-heure dans ce décor à la "3 femmes" étant particulièrement émouvantes.

De : eyeless

Moi aussi je suis très partagé sur le film, et globalement d'accord avec les commentaires précédents, le film captive dans la partie strip teaseuses et l'insertion des scènes de spectacle est très réussie, pleine de vie et de réalisme. Les scènes post-spectacle dans les bars des hotels sont pas mal non plus, à la fois mélancoliques, pathétiques et chaleureuses. La fin est vraiment superbe ... j'aimerai bien trouver cet hotel d'ailleurs ...
Le cheminement d'Amalric est par contre assez raté, bourré de maladresses d'écritures je trouve, je suis pas du tout rentré dedans.
J'ai vu le lendemain un des derniers films de Derek Jarman, Edward II, rien à voir évidement mais celui-là a imprimé ma rétine durablement ...

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