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Mat Whitecross & Michael Winterbottom – "La Stratégie du choc" (avant-première)
Sorties salles
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Dans un monde idéal, ce film n’aurait guère de raisons d’être. En moins d’1h25, il ne peut être qu’un digest, parfois très expéditif et un peu confus (les circonstances du premier putsch d’Eltsine en Russie), parfois carrément muet (la Pologne post-communiste, l’Afrique du Sud post-apartheid, Israël et sa florissante industrie de la sécurité… pourtant autant d’exemples éclairants de cette stratégie du choc), de la somme journalistique impressionnante de Naomi Klein. Mais il ne vous aura pas échappé que nous ne vivons pas exactement dans un monde idéal. Et même si, surtout pour ce type d’ouvrage, le livre de Naomi Klein s’est très bien vendu (en espérant que tous ses acquéreurs l’aient réellement lu…), Marc Lévy, Guillaume Musso et autres plumes de premier ordre peuvent hélas dormir tranquilles : leur place en tête des best-sellers littéraires n’est pas menacée par La Stratégie du choc – le livre. Donc, puisque tant de gens ne l’ont pas lu, alors la démarche de Mat Whitecross et Michael Winterbottom (déjà coréalisateurs ensemble de The Road to Guantanamo, funeste endroit dont il est encore question ici) d’adapter l’enquête de Naomi Klein n’est pas vaine, en dépit de ses inévitables lacunes. Dans sa forme, le film utilise principalement deux sources : les images d’archives et de nombreux extraits de conférences données par Naomi Klein à travers le monde depuis la sortie de son livre. Etonnamment, ce ne sont pas forcément les premières qui sont les plus intéressantes, car souvent trop sacrifiées par un montage zapping et surtout polluées par un accompagnement musical totalement inutile (vraiment la plaie de ce type de documentaire !). Bien que généralement trop courtes, les interventions de Naomi Klein sont intéressantes pour les "mises à jour" qu’elles peuvent apporter au livre, puisque pas mal de choses se sont produites depuis la parution nord-américaine de La Stratégie du choc, en 2007 (crise économique mondiale, enlisement américain persistant en Irak, élection d’Obama…). Elles sont aussi illustratives du talent d’orateurs des intellectuels activistes anglo-saxons, contrastant ainsi avec les nôtres (même s’il se méfiait comme la peste des interventions publiques et plus encore des médias, qu’il fuyait, Pierre Bourdieu n’avait pas le charisme d’un Chomsky, par exemple, ce qui a forcément nui à la diffusion de ses travaux). ![]() L'attaque du palais de la Moneda par l'armée de Pinochet
Sur le fond, donc, La Stratégie du choc – le film ne dit évidemment pas autre chose que le livre. Mais la répétition de ce type d’information est tout sauf superflu. Il est un peu abrupt dans son préambule, alors que la concomitance des expériences du sinistre Dr. Cameron (le grand théoricien des "bienfaits" thérapeutiques des chocs électriques) et des théories outrageusement idéologiques (au sens où l’"idée" des choses prime sur leur réalité… soit le même reproche que les libéraux adressent aux marxistes !) de Milton Friedman et de son école de Chicago constitue l’un des grands apports des travaux de Naomi Klein. A l’écran, le lien a un peu de mal à se faire avant que la boucle ne finisse par se boucler à la fin. C’est aussi un passage plus difficilement illustrable, car plus "clandestin", plus dissimulé aux yeux du public. Pour les autres chapitres (puisque le film est construit ainsi), le recours aux images permet évidemment un surcroît émotionnel par rapport au livre. On pense en particulier aux épisodes chiliens, argentins, irakiens… On peut toujours soupçonner Whitecross et Winterbottom, pas toujours connus pour leur subtilité, de recourir au chantage à l’émotion. Mais n’oublions pas que derrière les crimes du capitalisme friedmanien (celui de Pinochet, Reagan, Thatcher, Eltsine, Bush…), ce sont des hommes et des femmes qui sont souffert, souffrent encore et n’ont hélas pas fini de souffrir… Le film fait plusieurs fois témoigner Friedman lui-même (post mortem, évidemment, puisque celui-ci est mort tranquillement, en 2006, à l’âge vénérable de 94 ans) et on reste assez fasciné par les motivations profondes de ce type d’idéologues ultralibéraux : croyait-il réellement aux vertus universelles (i-e, au bénéfice de tous) de sa vision du capitalisme ou était-il cyniquement tout à fait conscient que celui-ci était au service exclusif des gens de sa "classe" ?... ![]() Rajoutons, au bénéfice du film, son épilogue, où, comme Michael Moore dans son récent Capitalism : a Love Story (à bien des égards un bon complément, plus micro, quand La Stratégie du choc reste nécessairement à un niveau plus macro), Naomi Klein en appelle à la mémoire de Franklin D. Roosevelt et en particulier à sa stupéfiante adresse aux syndicats en plein New Deal, en 1937 : "Si vous voulez voir appliquer ces réformes, descendez dans la rue et obligez-moi à le faire !". Barack Obama oserait-il aujourd’hui en dire autant ? Le ferait-il qu’il ne serait peut-être pas entendu… Comme le rappelle Naomi Klein, en cette même année 1937, il y eut, aux Etats-Unis, 4 740 mouvements de grève (!), d’une durée moyenne de 20 jours. En 2007, il y en eut 21… Plus que jamais, n’oublions pas que la justice sociale ne se conquiert qu’à la force du conflit, davantage que par la magie d’un bulletin de vote. Ce film a au moins l’immense mérite de nous refaire passer le message. LA STRATÉGIE DU CHOC - BANDE-ANNONCE envoyé par baryla. - Regardez des web séries et des films.
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