bandeau

 





 Selection Culturopoing dvd et blu ray - Mai 2013

 Luigi Comencini - "Les aventures de Pinocchio" (1972)

 Carlos Reygadas - "Post Tenebras Lux"

 Janko Anwar - "Modus Anomali"

 Ted Kotcheff - "La grande cuisine"

 Juan Antonio Bayona - "The impossible" (Blu-Ray)

 Andy Muschietti - "Mama"

 - Regards sur courts VIII - Europa Film Treasures -

 Entretien avec Ken Loach autour de "L'Esprit de 45"

 "L'Esprit de 45"- Ken Loach

 Danny Boyle - "Trance"

 Mark Ruffalo - "Sympathy for Delicious"

 Léonardo Di Costanzo - "L'Intervallo"

 Jeff Nichols - "Mud"

 Park Chan-wook - "Stoker"

 Robert Aldrich - "L'ultimatum des trois mercenaires"(1977)

 Bernard Rose - "Paperhouse" (Blu-ray, DVD)

 Shane Black - "Iron Man 3"

 William Vegas - "La sirga"

 Regards sur courts VII - Repentir de Quentin Rigot.

Tous les articles Cinema

Cinema

Martin Scorsese – "Alice n’est plus ici" ("Alice Doesn’t Live Here Anymore", 1974, reprise)

Sorties salles
Posté par Cyril Cossardeaux le 2012-06-24



Image principale
Ouvrir
 
Solaris Distribution a l'excellente idée de resortir en salles l'un des meilleurs films de Martin Scorsese, Alice n'est plus ici, le 27 juin 2012 prochain. Une reprise à laquelle Culturopoing est très heureux de s'associer.


Quand on évoque les grands films de Martin Scorsese ou même ses débuts, Alice n’est plus ici (Alice Doesn’t Live Here Anymore, 1974) est assez régulièrement passé aux oubliettes. On peut assez facilement deviner pourquoi, le film nourrissant moins que d’autres, et notamment ceux qui l’encadrent dans la filmographie de Scorsese, Mean Streets (1973) et Taxi Driver (1976), la théorie de la Politique des Auteurs reine. Le cinéaste ne fut pas du tout à l’origine du projet et ne participa pas à l’écriture de son scénario, si ce n’est à la marge, durant le tournage, comme peuvent le faire tous les réalisateurs qui ne sont pas uniquement des Yes men.
Le film, écrit par Robert Getchell, dont c’était le premier scénario (et la première nomination à l’Oscar, deux ans avant celle du biopic de Woody Guthrie, En route pour la gloire, réalisé par Hal Ashby), fut d’abord proposé à Ellen Burstyn alors que celle-ci était encore en train de tourner L’Exorciste (et n’imaginait probablement pas le succès phénomène à venir du film de Friedkin) après que Barbra Streisand eut refusé le rôle d’Alice Hyatt, s’estimant trop jeune et surtout pas crédible en chanteuse de bars de troisième catégorie. Déjà habituée à tourner avec les "jeunes loups" du Nouvel Hollywood (Peter Bogdanovich, Bob Rafelson, Paul Mazursky et donc William Friedkin), Ellen Burstyn songea d’abord à Francis Ford Coppola, peut-être moins à cause du Parrain que des Gens de la pluie (1969), auquel Alice n’est plus ici fait beaucoup penser dans sa structure de road movie, son intimisme et son attention aux ordinary people. Coppola lui conseilla plutôt de jeter un œil au film d’un copain à lui encore quasi inconnu (malgré deux premiers longs-métrages assez confidentiels, Who’s That Knocking at my Door ? et Boxcar Bertha), Mean Streets, qui n’était pas encore sorti en salles. Séduite par le film, la comédienne s’inquiéta quand même un peu de la capacité du jeune réalisateur à filmer autre chose que des hommes et lui demanda donc ce qu’il connaissait des femmes. Scorsese eut alors cette réponse magnifique : "Rien. Mais j’adorerais apprendre". L’actrice n’aura pas à le regretter puisque le film, dans lequel elle est formidable et auquel elle apporte évidement énormément, lui valut son seul Oscar.

Alfred Lutter et Ellen Burstyn dans "Alice n'est plus ici"
Alfred Lutter et Ellen Burstyn

De fait, ce portrait d’une femme mal mariée, déjà un peu entre deux âges, et décidée à profiter du décès de son époux pour commencer une nouvelle vie ressemblant un peu plus à ses rêves d’enfant de chanteuse à la Alice Faye (grande star du cinéma et de la chanson des années 30-40) est assez atypique dans la carrière de "Marty", même si on peut s’amuser à chercher quelques (petites) correspondances avec le personnage de Liza Minnelli dans New York, New York. Il faudra d’ailleurs attendre plus de quinze ans avant qu’un film de Scorsese se conjugue autant au féminin, et encore, Le Temps de l’innocence est plutôt vu du côté de Daniel Day Lewis que de Michelle Pfeiffer ou Winona Ryder.
C’est dire à quel point un film comme Alice n’est plus ici doit être replacé dans son contexte historique pour mieux le comprendre. Même s’il a parfois été attaqué à ce sujet (pour des raisons qui nous semblent, avec le recul des années, assez inexplicables), le film avait clairement une résonance "féministe" et s’inscrivait en tout cas dans la vague assez récente à Hollywood des films prenant pour personnage principal des femmes plus ou moins "en rupture" (amoureuse, professionnelle, voire psychologique), comme Wanda (Barbara Loden), Portrait d’une enfant déchue (Jerry Schatzberg), Claudine (John Berry) ou Une femme sous influence (même si Berry et Cassavetes réalisèrent leur film à peu près en même temps (1)). De tels films nous semblent aujourd’hui d’une banalité absolue (encore que, le cinéma s’écrit encore beaucoup au masculin, sans revenir sur la polémique de la dernière sélection cannoise…) mais ça n’était pas le cas il y a quarante ans. Le début du film de Scorsese manque d’ailleurs un peu de subtilité en chargeant au-delà de la caricature l’odieux mari d’Alice pour provoquer l’empathie avec son héroïne (et son jeune garçon, Tommy).

Diane Ladd, Valerie Curtin, Vic Tayback et Ellen Burstyn dans "Alice n'est plus ici"
Diane Ladd, Valerie Curtin, Vic Tayback et Ellen Burstyn

Les portraits des autres hommes du film s’avèrent plus nuancés, même si celui du personnage d’Harvey Keitel (2) réserve une mauvaise surprise sous ses dehors de charmant jeune homme. La seconde partie du film se construit autour de la relation d’Alice avec David, ranchman auquel Kris Kristofferson offre toute sa bienveillante virilité mais sur un mode assez différent de celui des films qu’il venait de tourner avec Sam Peckinpah (Pat Garrett & Billy the Kid, Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia).
Alice Doesn’t Live Here Anymore est dont le film d’un nouveau départ, y compris au sens physique du terme, comme son titre l’indique d’ailleurs, loin, très loin, du cher New York de Scorsese. On part de Socorro, Nouveau-Mexique, autant dire Nowhereland, pour échouer à Phoenix, Arizona, sur la route d’un Monterrey, Californie, qu’Alice, à bientôt quarante ans, continue à voir comme le paradis de sa vie d’avant, quand elle s’essayait au métier de chanteuse de standards de jazz en s’accompagnant au piano. C’est cette vie qu’Alice enfant rêvait dans un générique ironiquement très hollywoodien et un prologue outrageusement artificiel et rendant explicitement hommage au Magicien d’Oz, avant que la scène suivante, au son bien plus pétaradant de Mott the Hoople, ramène brutalement à la dure réalité. Cette intrusion soudaine du rock, dont Mean Streets avait déjà fait la marque de fabrique scorsesienne, signe pratiquement comme un manifeste esthétique d’un Nouvel Hollywood alors triomphant (pour moins d’années qu’on ne pouvait le penser en 1974…). "A bas l’artifice, vive le réalisme !", alors ? Pas si simple, avec Scorsese, et Alice n’est plus ici est déjà un très bel exemple de "faux réalisme", jamais très loin du baroque ou du grotesque dans l’exploitation du paroxysme de certaines situations, dans sa photographie ou l’utilisation de quelques grands angles. Si Alice… n’est pas réellement "scorsesien", il n’a donc rien d’une incongruité dans sa filmographie et certaines leçons ont peut-être pu lui servir pour quelques films ultérieurs comme La Valse des pantins ou La Couleur de l’argent. Il témoigne en tout cas d’une époque où la mise en scène du cinéaste était davantage au service de ses personnages et que ceux-ci avaient deux ou trois choses à nous dire sur leurs spectateurs. Puisque les vingt ans de sa mort sont une excellente occasion de mieux se souvenir de la pensée de Serge Daney et sans savoir ce qu’il en pensait précisément, Alice n’est plus ici fait partie de ces films qui peuvent nous "aider à vivre" (et il est probable qu’il fit alors cet effet-là sur plus d’une spectatrice (3)), de ces films qui nous regardent autant que nous les regardons. On peut regretter que le cinéma de Scorsese poursuive depuis très longtemps d’autres objectifs…

Kris Kristofferson et Ellen Burstyn dans "Alice n'est plus ici"
Kris Kristofferson et Ellen Burstyn


PS : C’est assez méconnu en France mais Alice n’est plus ici vécut aux Etats-Unis un étonnant destin… à la télévision, via la production d’une sitcom pour CBS simplement intitulée Alice. Cette série broda (pendant pas moins de neuf saisons !) sur la vie de son héroïne dans le diner (Mel’s Diner) dans lequel elle réussit à se faire embaucher à Phoenix (et y fait la connaissance du personnage joué par Kristofferson). Ellen Burstyn ne reprit pas le rôle-titre mais Mel était toujours Vic Tayback, qui fut partenaire de Steve McQueen dans Bullitt ou Papillon mais aussi Long John Silver dans l’adaptation de L’Ile au trésor par Raúl Ruiz pour la Cannon ! On y revit également Diane Ladd, formidable dans le rôle de la collègue serveuse ordurière d’Alice (et elle aussi nommée à l’Oscar, qu’elle dut abandonner à… Ingrid Bergman !), pour l’anecdote mère de Laura Dern, que l’on peut apercevoir dans le film de Scorsese…

Alfred Lutter et Jodie Foster dans "Alice n'est plus ici"
Alfred Lutter et Jodie Foster


(1) Diahann Carroll (pour Claudine) et Gena Rowlands (pour Une femme...) furent d’ailleurs nominées à l’Oscar la même année qu’Ellen Burstyn, mais furent donc battues (ce qui est rétrospectivement assez injuste pour la seconde nommée).
(2)
Alice n’est plus ici est déjà le troisième film que Scorsese tourne avec Keitel, qui est lors vraiment son comédien fétiche, avant que le "passage de témoin" à Robert De Niro, déjà amorcé dans Mean Streets, se produise réellement dans Taxi Driver. On note aussi la présence, dans le court rôle de la petite copine très garçon manqué de Tommy, de la toute jeune Jodie Foster (alors âgée de douze ans), déjà à la tête d’une impressionnante filmographie et qu’on retrouvera évidemment aussi dans Taxi Driver.
(3)
Alice n’est plus ici peut aussi être vu comme l’une des matrices d’une série comme Desperate Housewives, par son sujet comme par son mariage de la romance et de la comédie, plus crue que ce qu’un network comme ABC peut se permettre. Témoin cette discussion au début du film entre Alice et sa voisine et meilleure amie (interprétée par Lelia Goldoni, quinze après qu’elle n’ait été l’une des Shadows de Cassavetes !) où toutes les deux se demandent en gloussant si Robert Redford "en a une grosse".




Retrouvez d'autres articles sur Martin Scorsese :

Sinatra par Scorsese ?
"Shutter Island" de Martin Scorsese: la bande annonce
Martin Scorsese - "Shutter Island"
Martin Scorsese – "La Valse des pantins" ("The King of Comedy", 1983, reprise)
Sinatra, Taylor, Burton : Scorsese danse avec les stars hollywoodiennes
Les leçons de l’affaire Scorsese ou la tentation du jugement a priori


Share/Save/Bookmark 






Commentaires
Pas de commentaires pour le moment
Insérer un commentaire :
Nom ou pseudo :


Commentaire :


Veuillez entrer le mot Distribution dans la case ci-dessous:


 

 

Recherche sur le site

 

         Sorties salles
         Sorties DVD
         Hors Actu
         Entretiens
         Dossiers/Hommages





FERMER