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Manuel Poirier – "Le Café du pont" (avant-première)

Sorties salles
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-07-24



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Grand espoir du courant plutôt "naturaliste" du cinéma français des années 90, notamment avec le très beau A la campagne (1995), hanté par le souvenir du très regretté Benoît Régent, et son surprenant succès public Western (1997), on avait progressivement un peu perdu de vue Manuel Poirier dans la décennie suivante. La Maison, son dernier film en date, sorti en 2007, n’avait pas connu meilleur sort que les précédents, celui du film passant largement inaperçu, au mieux mollement soutenu par une critique passée à d’autres emportements de saison.
Le voir revenir avec Le Café du pont (début août… côté box-office, on a connu de meilleures augures) ne manque pas d’interpeller. Il s’agit en effet d’une (libre) adaptation du livre de souvenirs éponyme de Pierre Perret avec Bernard Campan en tête de distribution. Autant dire que l’on se rendait à la projection avec circonspection. Mais on ne s’attendait quand même pas à ça…

Thomas Durastel et Bernard Campan dans "Le Café du pont"
Thomas Durastel et Bernard Campan

En fait, par son côté "contre-emploi", le projet de ce film rappelle un peu l’adaptation du roman autobiographique du coiffeur star des 70’s Francis Joffo par Jacques Doillon, Un sac de billes (1975)/ L’époque est d’ailleurs à peu près la même, l’Occupation (même si Le Café du pont se poursuit au-delà). Dans les deux cas, partant d’un matériau "populaire" et éminemment consensuel, on sent que les cinéastes n’ont pas voulu renoncer à leur signature d’auteur. Pour Manuel Poirier, cela se traduit notamment par la longueur de certains plans, les silences, pas mal de plans-séquences, qui ne caractérisent pas le cinéma français commercial. Mais, plus encore que pour le film de Doillon, la greffe ne prend pas. Et là où Doillon pouvait au moins compter sur le romanesque de son récit (deux enfants juifs fuyant les rafles de la France de Vichy), Poirier n’a aucune intrigue digne de ce nom à exploiter et semble d’ailleurs s’en accommoder.
Choix que l’on peut juger courageux mais qui débouche sur un terrible ennui pour le spectateur. Manuel Poirier dit avoir été touché, à la lecture du livre de Perret, par le côté aimant, uni et protecteur de cette famille. Mais il eut quand même fallu un minimum d’enjeux dramatiques pour l’illustrer, un peu plus conséquents qu’un instituteur terriblement IIIème République filant des coups de règle sur les mains des enfants ne connaissant pas leur leçon. Là, rien, tout est plat, traité sur le même plan, exactement à l’unisson d’une reconstitution d’époque soignée à l’excès, qui empêche la vie d’entrer et de commander elle aussi un verre de vin au comptoir du Café du pont.

Avec la "Baratier’s touch" (Les Choristes, Faubourg 36), il y a une malédiction qui s’attache à la représentation de cette période, virant inévitablement au cinéma d’antiquaire, à moins d’emprunter des chemins esthétiques plus radicaux (peut-être moins soucieux de réalisme… hello, Mr Tarantino !), que Manuel Poirier n’a pas suivis. Son film ne s’en remet pas et sa scène de Marseillaise chantée à tue-tête pour fêter la Libération, probablement pétrie des meilleures intentions, ne passe pas dans le contexte politique actuel, surtout dans un film rappelant aussi furieusement le cinéma d’un Jean Becker…

Sortie nationale le 4 août 2010






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Commentaires
De : Ishmael

J'ai l'impression qu'il ne s'est jamais remis du succès de "Western". "Te Quiero" et "Chemins de traverse" étaient déjà bien en dessous de ce qu'il faisait au début. Des films comme "A la campagne" et "Marion" étaient pourtant de très belles réussites...

De : Cyril C.

"Marion", très beau film aussi, oui.
On sent que son "style" est là mais ici, pas du tout adapté à l'univers abordé. Rarement vu un film avec aussi peu d'aspérités, quand même. Quand on traite notamment de l'Occupation, c'est balèze...

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