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Lucas Belvaux – "Rapt" (avant-première)

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-11-11



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Après son précédent La Raison du plus faible et son titre en forme de manifeste, on s’était imaginé que Lucas Belvaux dédierait la suite de sa filmographie aux dominés économiques, qu’ils soient prolétaires, chômeurs ou carrément taulards (ex ou en fuite). Lui-même s’était réservé dans ce film un rôle en écho à celui qu’il interprétait déjà dans sa fameuse trilogie, celui d’un truand à la conscience politique aigue.
Avec Rapt, la surprise est donc grande de le voir retracer l’histoire de l’enlèvement du baron Empain, qui défraya la chronique en 1978, du point de vue exclusif des "dominants" : famille (millionnaire), dirigeants de multinationale, ministres, préfets, "grands flics". Ça n’est pas une première chez Belvaux puisque Les Prédateurs (réalisé pour Canal + il y a deux ans) naviguait déjà dans les hautes sphères de la finance et de l’Etat. Mais la dimension politique y était beaucoup plus présente que dans Rapt, centré sur l’itinéraire d’un homme.

Anne Consigny et Michel Voïta
Anne Consigny et Michel Voïta

Cet homme, Stanislas Graff (personnage assez agaçiant… mon dieu, pardon), n’est pas formellement Edouard-Jean Empain. Mais tout ou presque coïncide : le playboy joueur et noceur (dont la double vie ne sera publiquement dévoilée qu’une fois enlevé), l’héritier capitaine d’industrie et proche du président de la République (à l’époque, Giscard), les circonstances de son enlèvement puis de sa libération, la tentative de la famille de négocier directement avec les ravisseurs entraînant la méfiance de la police à son égard, le choc de l’accueil familial et professionnel reçu par Empain à sa libération (pas franchement chaleureux…) et le basculement dans une toute autre vie que celle qui était la sienne avant. On soupçonne Belvaux d’avoir choisi un autre patronyme à son personnage surtout pour s’épargner l’écueil de la reconstitution historique (lui-même reconnaît qu’elle eut probablement été trop coûteuse) davantage que pour prévenir d’éventuels problèmes juridiques tant la référence à l’affaire Empain est cousue de fil blanc et incontestable.

Ce côté réaliste est d’ailleurs l’un des intérêts du film. Qui se montre également particulièrement précis et efficace dans sa partie la plus policière, avec notamment une excellente séquence de traque des ravisseurs au moment de la remise de la rançon.
A mettre au crédit du film également le personnage du deuxième geôlier de Graff, le "Marseillais" (interprété, sous la cagoule, par un surprenant Gérard Meylan), dont la prévenance, si elle tranche singulièrement avec l’inhumanité manifestée par ses autres "collègues", s’avère presque plus inquiétante parce que pouvant être considérée comme "anormale".

Yvan Attal
Yvan Attal

Globalement, Rapt est incontestablement un film de bonne facture, conduisant bien son récit. Mais il souffre de deux défauts principaux qui l’empêchent de toucher à la réussite majeure.
Hormis les scènes plus policières cités précédemment, il y a un côté un peu raide dans la mise en scène de Belvaux, dans sa direction d’acteurs aussi. Peut-être cela vient-il d’ailleurs de son propre jeu de comédien… Toujours est-il que cela manque parfois d’un peu de souffle, d’un peu de vie et de rupture de ton, tel qu’Yvan Attal peut en apporter lorsqu’il sort de ses gonds au cours d’un déjeuner glacial avec sa femme et ses filles retrouvées, ou quand Anne Consigny, l’épouse trop digne, dénie à ses filles le droit de juger les frasques de leur père.
L’autre problème rejoint probablement le début de cette critique. Loin du film "social", la mise en scène de Belvaux souffre d’un manque de point de vue, de parti-pris. C’est lié d’une part aux personnages, peut-être tous un peu trop "ni blanc, ni noir", mais aussi au fait que le film ne peut pas totalement être le récit de l’évolution d’un homme (Graff) qui disparaît quasiment trop longtemps du film après son enlèvement.
Peut-être eut-il alors fallu soit se focaliser vraiment sur la réaction des proches et de la police, soit sur les relations de Graff avec ses ravisseurs, comme le fit Marco Bellocchio dans Buongiorno, notte, récit de l’enlèvement d’Aldo Moro par les Brigades rouges.

Tel quel et servi par de bons comédiens (toujours un grand plaisir que de revoir Françoise Fabian, par exemple), Rapt se situe largement au-dessus de la moyenne. Mais on a clairement l’impression d’être passé à côté d’un grand film…




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Commentaires
De : wafwaf

critique très pertinente. bravo.

De : florence

Le film s'achève au moment où il devient le plus intéressant, soit quand, revenu de l'enfer, le" Président" retrouve son milieu naturel, familial et professionnel, sans avoir changé d'un iota en apparence, et qu'il est rejeté hors de ces deux cercles. On aurait aimé savoir ce qui se passe ensuite. Mais bien sûr on préfère nous montrer le pendant, avec son lot d'horreurs, et ses plans longs sur les doigts coupés (et ça fait mal, ben ouais ! pas besoin de le voir pour le savoir !)
Toute la première partie, qui décrit par le menu l'enfermement (avec ses plans qui semblent suggérer un parallèle -douteux- entre l'épreuve vécue et la passion du Christ (avec un Y. Attal barbu, décharné)) est longue, la peinture de la police, de l'entreprise et de la famille grande bourgeoise est figée.
La musique est ultra "soulignante", les plans glacés (comme le milieu social du personnage, en peu trop évident non?), les filles de Graff insignifiantes (l'une n'a pas un mot de texte).
A la sortie de la captivité, Graff réclame son chien : leurs retrouvailles entre eux, et le fait qu'ils semblent entretenir la seule relation humaine (le chien, nominé pour les Césars? c'est un acteur remarquable) du film est très intéressante, elle amène une étrangeté, une ambiguité au film qui en manque cruellement, comme il manque cruellement de vie, de fluidité, ou de rythme.



De : Ishmael

J'ai plutôt vu un engrenage sec et implacable qu'une véritable rigidité... le film est vraiment efficace pour nous montrer la teneur du kidnapping, dans une représentation très directe, sans aucun oripeaux... ainsi que la gestion de ce genre de situation et la capacité des sphères du pouvoir à se préserver. Ce qu'il y a c'est qu'aucune issue satisfaisante dés le départ est possible, que ce soit pour le héros et ses ravisseurs. Les flics sont très durs et font leur boulot, rien que leur boulot: il y a une sorte de sècheresse dans l'observation de leur travail, leurs planques, que j'aime beaucoup. La scène sur la plage avec Alex Descas est superbe, le film esquisse vraiment du style tout en restant dans sa rigueur et sa sobriété: on est pas chez Nicole Garcia et sa froideur convenue. Il y a quelque chose de déprimant et de tragique, un espace pour l'absurde et l'élégance aussi. Une belle réussite en ce qui me concerne, Belvaux ne m'avait conquis qu'à moitié avec sa trilogie, là je trouve ce film vraiment impeccable .

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