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Lu Chuan - "City of Life and Death" (Avant-Première)

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Posté par Guillaume Bryon le 2010-07-13



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Dans un noir et blanc sépia très solennel, Lu Chuan (Mountain Patrol) nous invite pendant plus de deux heures à nous replonger dans l’un des traumatismes de l’histoire contemporaine en Asie , le massacre de Nanjing en 1937. Six semaines de sévices et supplices en tous genres à l’encontre des prisonniers de guerre et de la population civile qui firent selon la nature des études entre 100 000 à plus de 300 000 morts.
 

Le cinéma chinois avait déjà retracé en 1995 ces horreurs dans Ne pleure pas Nanjing de Ziniu Wu. L’an dernier la production internationale John Rabe  avec Ulrich Tukur s’était aussi intéressée à l’homme d’affaire allemand qui a protégé de nombreux chinois lors de ces évènements, sorte de cousin d’Oskar Schindler que l’on retrouve également dans cette version.
 
Lu Chuan ne s’est vraisemblablement pas désintéressé du cinéma de Steven Spielberg d’ailleurs pour préparer son film, puisque la première partie, retraçant la prise de la ville par les militaires japonais n’est pas sans évoquer furieusement Il faut sauver le soldat Ryan, dans son découpage et ses combats filmés au corps à corps. La suite au vu du sujet va évidemment plus s’apparenter à La Liste de Schindler avec beaucoup de pathos dans les scènes de groupe et un symbolisme appuyé autour du destin de quelques personnages.
 
Il reste à savoir jusqu’où le public chinois et étranger est au fait des détails des évènements aujourd’hui : le film ne se destine pas à ce titre à faire œuvre de pédagogie, laissant de côté les motivations politiques et les rouages divers ayant causé cette violence inouïe, s’inscrivant d’emblée surtout comme un chant lyrique et poétique dédié aux victimes. Par moments l’œuvre se passe de toute narration et joue l’immersion pure, c’est sans doute ici qu’elle est la plus envoutante et convaincante. La première partie, une plongée dans l’enfer quasi-muette, a pour intérêt de projeter le spectateur dans des horreurs qui le dépassent, et en prime du point de vue de ceux qui les ont commises. C’est audacieux dans un pays fort sourcilleux envers tout artiste soupçonné de ne pas servir le plus honnêtement les intérêts d’un certain patriotisme.
 
 
Malheureusement le parti pris ne tient pas longtemps. Outre que le métrage reprenne rapidement une narration par segments très classique, la partie japonaise va vite se réduire à une facilité scénaristique : suivre un personnage particulier, plutôt naîf et innocent, dépassé par l’horreur des évènements commis par ses compatriotes qui restent tous lâches ou sadiques. On a un peu le sentiment d’un dédouanement sur une horreur de la guerre en général par la construction de ce personnage prétexte qui s’avère très simpliste et qui peut agacer. C’est aussi il faut l’avouer l’une de grosses tares académique du film historique que de nous proposer ces caractérisations en forme de réceptacles...
 
Il ne s’agit surtout pas de nier qui sont les victimes chinoises de ces atrocités, ni le caractère mémoriel important que peut représenter un tel film… Sans doute City of Life and Death est-il même d’une « qualité » cinématographique nettement supérieure à nombre des fictions du genre qui se déversent sur nos écrans. Mais si Lu Chuan revendique  la nuance, il tient tout à la fois à rappeler comme dans l’entretien du dossier de presse que son patriotisme « n’est pas à mettre en doute »… on peut ainsi être en droit se s’agacer du symbolisme de son film, de sa manière de se servir des évènements pour faire passer un message au demeurant très emphatique qui veut que dans le supplice germe la résistance, l’union et la renaissance d’une nation humiliée.
 
Un goût de revanche transparaît constamment au travers du chant lyrique sur les victimes expiatoires. Le symbolisme féminin est ici très important : le massacre de Nanjing étant particulièrement marqué par les viols commis à répétition, l’analogie avec une mère patrie souillée mais résistante coure tout du long. Un ouvrage de référence pour le sujet en occident et signé Iris Chang s'intitule d'ailleurs Le viol de Nankin. Les hommes, une fois l’exécution des soldats du début, sont ainsi très faibles dans ce City of life and death, au contraire de femmes se sacrifiant sans cesse, simples habitantes ou personnalités naviguant auprès des occidentaux sur place, comme la figure centrale de Miss Jiang. L’une des scènes fortes du final voit ainsi cette dernière se faire passer pour plusieurs femmes différentes, afin de sauver de nombreux hommes promis à l’exécution.
 
 
Une autre destinée emblématique est celle de l’épouse du secrétaire de John Rabe qui va tomber enceinte et dont le public suit l’échappée de la ville comme tout un symbole du « china never die »… Son époux qui sera puni de ses tergiversations et de sa tentative de collaboration laissera, pour se racheter, sa place dans la fuite à un soldat chinois, histoire de porter le symbôle d'espoir  et de force national plus vivement… Nanjing, Nanjing ! devient au fur et à mesure de son déroulement une grande messe parfois bien lourdingue, semblant enfiler les fausses fins pour mieux en rajouter une couche. Ce qui est d’autant plus triste c’est que l’artiste derrière la caméra a manifestement un réel talent pour créer des images fortes et puissantes, possédant une maîtrise impressionnante de ses moyens. Presque trop, le sujet méritant peut-être un peu plus de retenue que ces allégories et mélodrames à répétition.
 
On remarquera que derrière un humanisme anti-guerre affiché et sa recherche d’un ennemi moins diabolisé, Lu Chuan laisse aussi transparaître tout du long une autre parabole moins apaisante et consensuelle figurant un Japon à la fois bourreau présent mais décadent à venir ; d’ailleurs ici la seule femme japonaise est une prostituée évoluant dans un état de décomposition vidé de sens et de dignité patriotique, contrairement aux autres victimes féminine chinoises violées en masse…Si les japonais paradent fièrement dans les rues à la fin du film (superbe séquence formellement si l’en est), tous sont au fond des morts en sursis, s’enlisant dans un Nanjing qui est aussi le tombeau de leurs exactions. Le jeune héros japonais du film suit lui-même cette trajectoire qu’il semble au final avoir assimilé avant les autres …
 
Un film écrit et réalisé par Lu Chuan. Photo: Yu Cao. Montage: Yun Teng. Musique: Tong Liu. Avec Liu Ye, Gao Yuanyuan, Wei Fan, Hideo Nakaizumi, John Paisley... 2.35:1. 135 minutes.
 
Au cinéma le 21 juillet 2010
 




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Commentaires
De : jacques d.

vous avez certes raison, le film souffre de cet académisme que l'on retrouve souvent dans les films de genre - ici le film de guerre - et qui, à force de ne pouvoir s'empêcher de sur-signifier, récite son catéchisme humaniste entre deux poussées de fièvre idéologique ; mais il n'empêche que le réalisateur, Lu Chuan, possède un foutu talent de cinéaste n'ayant rien à envier à celui qui anima ceux ayant excellé jusqu'à présent dans "le genre", et ça n'est déjà pas si mal dans "cet univers de tisane" (pour citer Aragon) qu'est devenu globalement celui du cinéma ; en outre, les acteurs, même si il leur est demandé de jouer "classsique" (ce qui n'est plus à la portée de tout le monde... puisque tout le monde, n'importe qui donc, est inviter à jouer), sont très bons et, surtout, dirigés

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