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Liliana Cavani - "Portier de nuit"

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Posté par Laura Tuffery le 2012-09-30



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« J’ai de la honte en pleine lumière, je travaille la nuit ». Max (Dirk Bogarde) in Portiere di Notte, Liliana Cavani.

Près de quarante ans après sa sortie en 1974, Portier de nuit ressort  en salles le 3 octobre en France, dans sa version numérique restaurée. Tour à tour censuré puis interdit, le film de Liliana Cavani fit polémique à sa sortie au sein même de la critique, pour des raisons bien différentes. Pour certains, Liliana Cavani avait fait de Max (Dirk Bogarde) un ancien nazi reconverti en portier de nuit à l’Hôtel Oper de Vienne, seulement dix ans après la guerre, le héros impensable d’un film qui aurait bafoué la mémoire extrêmement récente de la shoah. Pour d’autres (ce fut le cas principalement en Italie) la connotation « sadomasochiste » et sexuée du film s’inscrivait comme délibérément provocatrice, la même année où Pier Paolo Pasolini achevait Salo et Bernardo Bertolucci, Novecento.
Le contexte de la sortie de Portier de nuit (Portiere di notte) est donc tout aussi important que le film lui-même pour en saisir la quintessence et la portée. C’est donc bien dans le climat trouble des années de plomb où le néofascisme refait surface en Italie en même temps qu’émergent les mouvements d’extrême gauche, voire les groupements armés tels les brigades rouges, que le film doit être « vu » et « entendu » à l'instar de ceux de Pasolini et de Bertolucci.


Après avoir réalisé un documentaire sur Pétain en 1965 puis un second sur les femmes dans la résistance italienne, Liliana Cavani inscrit avec Portier de nuit un des thèmes majeurs de sa filmographie à venir, Au-delà du bien et du mal, thème davantage exploré dans La peau (la pelle), adaptation du roman autobiographique de Curzo Malaparte et dont l’influence est déjà présente dans Portier de nuit.
S’il s’agit bien de « sauver sa peau » dans Portier de nuit comme dans La Pelle, au sens premier du terme, il y est davantage question de sauver ou rapiécer sa mémoire, de rédemption impossible et de damnation, autant pour Lucia (Charlotte Rampling) ancienne rescapée des camps de concentration que pour Max (Dirk Bogarde) l’exécutant nazi. A raison, par l’atmosphère de damnation, cette quête impossible et perverse de pardon imploré qui parcourt Portier de nuit, on ne saurait nier l’influence des Damnés de Luchino Visconti dans le traitement que Liliana Cavani fait du nazisme. Si on y retrouve entre autres la fascination morbide de l’homosexualité qui touche à l’homophobie, l’originalité de Portier de Nuit  - qui le place au rang de chef d’œuvre au même titre que Les Damnés -  est de distiller cette tristesse inhérente à l’impossible pardon et oubli, Liliana Cavani ayant opté pour le parti pris du huis clos dans un temps bref – à peine quelques jours de retrouvailles - et celui de l’onirisme comme masque, si ce n’est acceptable tout au moins vivable, à la lumière trop crue de l’insoutenable.


Hôtel Oper, Vienne 1957. Max est portier de nuit dans un hôtel hébergeant d’anciens nazis traqués qui tentent de faire oublier leur passé en éliminant méthodiquement témoins et archives, au cours de réunions où ils doivent faire leur propre procès. Max, fidèle exécutant comme il le fut dans sa mémoire, prodigue soins, drogues, amants à l’ensemble amoindri d’une cohorte qui n’a plus rien de prestigieux mais qui vit en toute impunité et dans une oisiveté qui n’est que sursis compté. Lucia, élégante et racée apparaît au bras de son mari, chef d'orchestre, à l’accueil de cet hôtel. Max reconnaît en elle l’ancienne déportée qui était sa protégée, sa « petite fille » et dont il fit sa maîtresse. De ces retrouvailles improbables, la mémoire cinéphilique retient essentiellement la part onirique qui se met en place chez l’un et chez l’autre – la substituant assez souvent à la réalité vécue dans le camp et à peine montrée dans le film – avec comme point d’orgue la désormais mythique scène de cabaret reprise sur l’affiche du film.



C’est dans ce huis clos, sur fond d’épuration des témoins, que Max l’ancien nazi à la caméra, vivant désormais la nuit et Lucia, l’ancienne déportée vivant désormais au grand jour, voient les mécanismes de leur mémoire se mettre en place comme autant de parades à une fatale incursion dans un présent dès lors faussé, falsifié et démasqué. La relation qui s’instaure entre eux saurait-elle être qualifiée de sadomasochiste quand à leur insu c’est bien le costume, la peau d’hier qu’ils empruntent, au sens propre comme au sens figuré? C’est reproduisant à l'identique les conditions de la captivité qu’ils parviennent pour leur damnation ou salvation à s’aimer, l’un et l’autre cherchant la part de soi, cette infime humain si petit soit-il qu’il y aurait à sauver. Dans cette entreprise de réécriture de la mémoire qui se fait à leur insu, c’est le souvenir qui fait force de loi. Dans la rencontre de Max qui a perdu toute sa superbe pour n’être qu’un portier et de Lucia qui s’est à peine relevée de sa peur et de son silence au bras de son mari, la précarité de cet équilibre s’effondre instantanément, jusqu’à trouver une issue fatale.



La robe rose satinée offerte par Max, Lucia l’a précieusement conservée comme l’unique preuve d’une humanité qu’elle n’aurait jamais perdue, seul moyen de survivre au souvenir de sa chair humiliée. Et dans cette zone de la mémoire, c’est peut-être la force de ce souvenir qui permet à Lucia de ne plus être la victime des camps et la maîtresse choisie de Max, mais celle qui en retour lui inflige de devenir une victime consentante, celle qui n’attend que d’être délivrée et absoute, dusse-t-il mourir dans ses habits d’officier nazi.



Côte à côte dans une penderie se frôlent sans se toucher deux costumes : celui de l’ancien officier nazi et la robe rose d’une déportée. C’est en somme dans cet équilibre que se tient avec justesse et force, Liliana Cavani. Entre onirisme et hyper réalité, Portier de nuit, campe ainsi par-delà le bien et le mal, un duo qui ne fut et ne devient jamais couple, et c’est séparément que l’une victime marquée à vie d’un rose pour le moins inadapté, et l’autre vivant reclus dans un nouveau costume de nuit, s’en vont ainsi vêtus de ce qui ne saurait-être effacé, scellés mais désunis au grand jour.






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