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Lars Von Trier – "Melancholia"
Sorties salles
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Dans Meurtre mystérieux à Manhattan, l’écoute de Wagner donnait à Woody Allen "l’envie d’envahir la Pologne". En prologue de Melancholia, l’extrait de Tristan und Isolde donnerait plutôt envie de quitter la salle de projection. Le compositeur allemand n’y est pour rien et son œuvre reste aussi imposante que magnifique. Le problème vient des images que Lars Von Trier lui associe : plastiquement sublimes mais la plus parfaite transposition cinématographique de ce que les méchants esprits de la fin du XIXème siècle appelait "l’art pompier". Connaissant Lars Von Trier, on ne sait pas trop à quel degré prendre ce prologue nous résumant le film à venir (pas de suspense, donc, quand à la fin du monde annoncée, mais le film est de toute façon sans rapport avec Armageddon) ; peut-être pas au premier mais on ne peut pas réfréner un petit sourire ironique au souvenir du Dogma de 1995 ("Je ne suis plus un artiste. Je jure de m'abstenir de créer une « œuvre », car je vois l'instant comme plus important que la totalité. Mon but suprême est faire sortir la vérité de mes personnages et de mes scènes. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles et au prix de mon bon goût et de toute considération esthétique."…), quand bien même le cinéaste danois y aurait officiellement renoncé en 2005. On songe surtout à ce que Lars Von Trier provo-punk des Idiots aurait pensé en voyant le début de Melancholia… Mais foin de mauvais procès (LVT a suffisamment donné à Cannes et sur un autre sujet, bien plus navrant) et, après tout, le douloureux pensum ne dure pas plus d’une demi-douzaine de minutes. Il est en revanche étonnant que la promo du film, notamment ses photos "officielles", exploite autant ces seules images, les plus spectaculaires et graphiques mais qui ne sont pas représentatives des deux heures qui suivent. ![]() Alexander Skarsgård et Kirsten Dunst
Conservant sa structure d’opéra, Melancholia se divise en deux actes, préservant chacun plus ou moins unité de temps (c’est beaucoup moins vrai du second) et de lieu. Justine, le premier, renvoie étonnamment au temps du Dogme95 et n’est pas très loin d’un "reboot" (pour reprendre un terme furieusement à la mode) du Festen de Vinterberg, en version beaucoup plus nouveau riche : décor plus luxueux, image beaucoup plus léchée (même si évidemment plus "naturelle" que dans le début du film), gamme colorielle proche mais plus chaude et surtout casting de stars (Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, Charlotte Rampling, John Hurt, Stellan et Alexander Skarsgård), là où Festen ne nous proposait que les visages neufs de comédiens inconnus (hors du Danemark, en tout cas). Même si la famille de Von Trier génère d’aussi lourds traumas que celle de Vinterberg et même s’il n’est pas encore question de fin du monde pour cause de collision de planètes, Melancholia évite finalement habilement le piège de l’inutile remake. Car ce premier acte offre davantage que le toujours plaisant jeu de massacre dans la très haute société soutenu par des acteurs virtuoses et rehaussé d’un humour vachard. C’est le personnage de Justine et c’est la comédienne qui l’incarne. Non pas que Kirsten Dunst domine particulièrement la distribution et constitue un incontestable prix d’interprétation féminine cannois (elle n’en est en tout cas nullement indigne). Mais son statut de "petite princesse hollywoodienne" lui confère un statut à part, totalement en accord avec son personnage : celle qui n’est pas tout à fait sa place dans son milieu. Comme quoi le hasard fait souvent bien les choses puisqu’on sait qu’elle n’était pas du tout le premier choix de Lars Von Trier. Penélope Cruz, qui s’est désistée avant le tournage, aurait probablement aussi été très bien mais sans doute davantage dans son élément en tant qu’actrice et donc peut-être moins intéressante. ![]() Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg
Il y a un mystère chez Justine, celui de cette mélancolie jamais expliquée, de ce cette "difficulté d’être", qui la rend troublante et en fait une lointaine sœur paumée de l’Emily Watson de Breaking the Waves ou de la Björk de Dancer in the Dark, d’une certaine façon. De central, son personnage, tout en restant omniprésent, devient plus secondaire dans le second acte, Claire. Cette dernière partie constitue évidemment le morceau de bravoure scénaristique du film puisque c’est celui qui met en scène la planète Melancholia, sa collision annoncée avec la Terre (à tort ? à raison ? l’enjeu n’est pas dans le suspense puisque le prologue ne laisse pas planer de doute sur l’issue) et la façon dont cet événement va affecter les personnages du film, qui ne sont alors plus que quatre : Claire et Justine, les deux sœurs, John, le mari de la première et leur fils, Tim. La symétrie manque malheureusement de subtilité dans le traitement narratif de l’évolution des deux sœurs : récupérée à l’état d’épave au fin fond de la dépression au début du second acte par une Claire très volontaire, Justine va renaître à la vie et acquérir une sorte de sérénité inédite à mesure que, inversement, sa sœur sombre dans la névrose à l’approche de la fin du monde annoncée. On aurait préféré quelque chose de plus nuancé et ambigu que ce système trop mécanique de vases communicants, qui tue un peu le mystère de la première partie du film. Charlotte Gainsbourg n’est pas en cause mais son personnage manque d’ambiguïté et a du mal à porter le film. Celui de Kiefer Sutherland apparaît potentiellement plus intéressant dans sa réaction radicale à la catastrophe mais reste un peu sous-exploité. C’est encore celui de Kirsten Dunst qui fascine le plus et Lars Von Trier aurait sans doute gagné à exploiter plus franchement la troublante osmose entre la psyché de Justine et la nature de cette étrange et si bien nommée planète Melancholia. Un seul plan, superbe, creuse réellement cette piste d’un érotisme panthéiste, lorsque Justine s’offre nue à la lumière nocturne de Melancholia, comme une réminiscence du fameux et scandaleux Extase (1933) de Gustav Machaty dans lequel la future Hedy Lamarr faisait littéralement corps avec la forêt environnante. Sortie nationale le 10 août 2011
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Commentaires
De : Lu Ca me fatigue d'avance ce film, que LVT malmène (et déteste ?) à ce point les femmes. Est-ce pareil/pire que d'habitude (je pense à *Breaking the Waves*, *Dancer in the Dark* ou *Dogville*) ? (mais ceci dit j'avais aimé la forme de *BTW*). De : Cyril C. Ah non, elles ont plutôt le "beau" rôle, je trouve, là. Enfin, à part la marâtre Charlotte Rampling ;-) De : jacques d. Encore que la marâtre (effectivement, c'est ce rôle là que tient l'actrice) soit la note d'humour du premier acte du film. Qui l'eut cru, Charlotte Rampling, Buster Keaton en jupon (une jolie robe bleue plutôt) ? Elle excelle, tant son personnage, joué au cordeau (et à l'économie, elle apparait quoi, quatre minutes à tout casser dans le film ?!), vraiment drôle, prend le contre pied de tous les autres, portée par une sorte de "mélancolie punk". Insérer un commentaire : |
