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La collection Vintage Classics - troisième session

Sorties DVD
Posté par Olivier Rossignot le 2010-05-20



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Ce mois-ci Wild Side consacre sa collection Vintage Classics, pour notre plus grand plaisir, à quelques classiques du cinéma d’épouvante et non des moindres, en commençant par le chef d’œuvre d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, La Chasse du Comte Zaroff.

 


 
Près de 80 ans après sa réalisation, la chasse organisée sur son île par un maître des lieux, grand chasseur de gibier… humain et collectionneur de trophées procure le même enchantement, captivés que nous sommes par la fuite de ses proies Joel McCrea et Fay Wray (l’héroïne de King Kong co-réalisé par Schoedsack la même année) dans la jungle hostile. L’étrange demeure du fabuleux méchant, comme un Barbe Bleue insulaire, ouvre sur les merveilles du conte de fée et de la nouvelle à faire peur - mais n’est ce pas finalement la même chose ? Comme des enfants, nous restons les yeux écarquillés face à l’une des plus belles œuvres d’aventures et d’épouvante qui soit, derrière laquelle perce une belle réflexion sur le prédateur et la proie, le chasseur et la victime et partant, sur l’espèce humaine, dont le plus passionnant des loisirs est de tuer son prochain (le titre original «the most dangerous game » est en cela nettement plus explicite. Leslie Banks, regard pervers et barbichette diabolique, incarne un Comte Zaroff inoubliable. Wild Side a eu l’excellente idée d’adjoindre en bonus Bloodlust, son petit remake de Ralph Brooke, sympathique avatar des séries B de l’époque, qui, il faut bien le dire a plus souffert des années que son prédécesseur. Tout y est gentiment archétypique, du prototype des héros sixties avec leur bananes et leurs pantalons blancs, perdus sur une île déserte, jusqu’aux dialogues. Faisant quasiment la même durée que La Chasse du Comte Zaroff, là où son prédécesseur misait sur l’ellipse et la subtilité, Bloodlust s’affirme comme un petit survival bien photographié et agréable à suivre qui joue la carte d’une violence des débuts du gore. Il est vivement recommandé d’enchaîner La chasse du Comte Zaroff et Bloodlust, de mesurer le temps parcouru et les différences d’enjeux de deux modes de divertissement radicalement opposés - le génie spirituel de la RKO d’un côté et le produit d’exploitation de l’autre - afin de constater combien un même sujet peut subir un traitement quasiment antithétique. La Chasse du Comte Zaroff connaîtra par la suite bien d’autres adaptations dont le désopilant La comtesse perverse de Jess Franco.
 
 


 
 
La collection vintage met tout spécialement Roger Corman à l’honneur en ressortant trois de ses œuvres. Il est difficile de ne pas relier La petite Boutique des horreurs (1960) à son prédécesseur, tant avec Un baquet de sang Roger Corman signe une sorte de brouillon de son joyau végétal. Il troquera le café Beatnik de Un baquet de sang (1959) contre la boutique d’un fleuriste, mais le sujet reste le même : comment un jeune marginal demeuré commet une vague de meurtres, sous le regard d’une collectivité aveugle, qui vient admirer le spectacle de magnifiques œuvres d’Art sculptées sur de vrais corps dans Un baquet de sang, une superbe plante carnivore qui grandit à vue d’œil grâce au sang humain qu’on lui fournit pour La petite boutique. Le principal intérêt de Un baquet de sang réside dans son inénarrable satire du milieu beatnik et de ses cafés avec leurs déclamations en public de poèmes hermétiques et leur snobisme. Plus encore, en montrant l’ascension de son héros idiot et psychopathe et l’unanimité du public criant au génie face aux corps pétrifiés – cadavre exquis visuel, jolie métaphore d’une culture sclérosée et trompeuse - qu’il leur présente, Corman se moque allégrement du milieu de l’Art contemporain, semblant ne pas prendre au sérieux l’émergence de ces nouveaux mouvements et l’égo démesuré de leurs protagonistes, se glosant devant un cadavre. Au niveau fantastique, avec ses corps douloureux métamorphosés en œuvres d’art, l’influence de Un baquet de sang reste incontestablement les figures de cires de Wax Museum. Cependant, au-delà de son argument et de son aspect subversif, le film quelque peu répétitif, a assez mal vieilli et finit par engendrer un certain ennui.
 

 
 
Ça n’est certainement pas le cas de La petite boutique des horreurs, fleuron non pas du cinéma d’épouvante mais de la comédie noire d’humour juif. L’aventure de Seymour et d’Audrey JR, la plante carnivore qui a toujours faim et lui hurle « nourris-moi » et se met à roter quand elle est repue, fonctionne toujours aussi bien, alignant les scènes d’humour noires et faisant se succéder les rencontres avec des personnages tous plus fêlés les uns que les autres. Dick Miller, le Walter d’Un baquet de sang, réclame des œillets pour les saler et les manger tandis que Jack Nicholson incarne un inoubliable patient masochiste redemandant qu’on active sur sa gencive la fraise de dentiste pour conclure par un « j’ai passé l’une des plus belles journées de ma vie ». La boutique de Mushnik se fait scène de théâtre sur laquelle Corman fait aller et venir ses personnages dans un humour parfois vaudevillesque, qui accumule les protagonistes dans un même lieu, un public grandissant à mesure de la croissance de la plante. La petite boutique des horreurs a toujours été pour Corman l’une de ses œuvres préférées. Tournée en deux jours et une nuit, elle reste encore maintenant un vrai régal.
 

 
The Terror (L’halluciné) (1963) est une œuvre particulière dans la carrière de Corman. A l’origine, se refusant à la destruction des décors du Corbeau sans les réutiliser une fois, il décide de tourner un film en quelques jours, avec quelques uns des acteurs restés sur le tournage, dont Nicholson et Karloff. Le scénario s’écrit au jour le jour et Corman abandonne à ses collaborateurs le tournage qui s’éternisera. Se succéderont F. Coppola (qui travaillait pour Corman sur le montage ou sur le son mais n’avait jamais réellement réalisé), Monte Hellman, Dennis Jacob, Jack Hill et Jack Nicholson lui-même. Il en résulte une œuvre très étrange, bancale, la difficulté de sa gestation palpable à chaque minute conduisant à la sensation qu’elle se crée en direct, sous nos yeux. Marchant sur les traces d’Edgar Poe, The Terror conte les mésaventures d’un officier napoléonien qui, échoué sur une plage rencontre une étrange jeune femme qui disparait dans la mer… est ce un fantôme ? Rêve ou réalité ? Il pénètre dans l’étrange château du Baron von Leppe et reconnaîtra les traits de la jeune femme dans le portrait de l’épouse du baron, morte 25 ans plus tôt. C’est de son imperfection même que découle l’intérêt de The Terror. La belle ne cesse d’apparaître et de disparaître, et c’est de l’écriture chaotique, de l’incertitude narrative que découle une réalité elle-même mouvante, toujours changeante, insaisissable, en lambeaux, et la sensation d’une œuvre presque avant-gardiste. The Terror tient parfois de l’écriture automatique et, s’il accuse de sérieux problème de rythme, génère l’atmosphère poétique du hasard, déroutant par son apesanteur.

 

 
Si l’on peut qualifier The Terror de balade somnambule, le terme semble encore plus approprié pour l’envoûtant Carnaval des Âmes (1962) qui ensorcèle le spectateur à chaque nouvelle vision, le plongeant dans la logique et le rythme languissant du rêve. Carnival of souls a acquis le statut de film culte, en tant que principale source d’inspiration de La nuit des morts vivants de Romero. Si elle est une œuvre si précieuse, c’est également parce qu’elle constitue l’unique long métrage et incursion dans la fiction de Herk Harvey qui consacrera sa carrière à réaliser de courts documentaires éducatifs, touristiques avec un perfectionnisme et un sérieux étonnants pour la Centron Corporation et ce, jusqu’en 1985. Ce poème ténébreux sublimé par son imposant décor de parc d’attraction désaffecté, plus que de raconter une histoire, adopte une narration de l’errance, qui épouse la promenade de Mary, réchappée d’un accident de voiture puis dans une petite bourgade de l’Utah pour y être organiste de la paroisse. Une vieille dame affable lui loue une chambre dans sa pension ; son unique voisin devient de plus en plus entreprenant avec elle ; mais cela ne serait rien sans l’apparition régulière de cet homme au visage grimaçant de mort vivant. Marchant dans une ville inconnue, avec ses grands yeux tristes, Mary frappe par son regard taciturne, absent et apeuré. Entre l’univers de Twilight Zone et celui de Cocteau, sommeille celui du carrousel de fantômes de Carnival Of Souls, objet filmique rare à l’atmosphère particulière et au charme vénéneux, osmose entre un cinéma d’auteur d’essence quasiment surréaliste et un cinéma de drive in, avec ses acteurs incertains et son orgue électrique – un mélange d’autant plus superbe qu’il est hautement improbable. Parfaite illustration d’un fantastique du reflet, du voile et des ombres, il impose le règne de l’étrange et de l’inexpliqué, de la vue troublée et d’une réalité qui s’efface. Difficile de ne pas être hanté définitivement par la vision de cette héroïne dansant avec les morts dans ce manège abandonné.
 

Les copies présentées par Wild Side sont de loin les meilleures présentées jusqu’à présent, surtout comparées aux précédentes éditions, surtout lorsqu’on pense à La petite boutique des horreurs, Un Baquet de sang et La Chasse du Comte Zaroff, ce dernier bénéficiant d’un excellent transfert et d’un master restauré bluffant pour un film de 1932. On émettra cependant un bémol sur L’halluciné. Même si le dvd enterre largement toutes les horribles versions dignes d’une VHS disponibles jusqu’à présent, l’image est tout de même encore bien délavée et le format n’est toujours pas respecté. Il est peu probable qu’un éditeur se lance dans une belle édition de L’halluciné trop rapidement rangé au rayon des curiosités. Finalement la copie idéale de L’halluciné reste celle projetée dans le Drive In dans Targets de Bogdanovitch.

 
La chasse du Comte Zaroff (USA, 1932) de Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack, avec Joel McCrea, Fay Wray, Leslie Banks
Un baquet de sang (USA, 1959) de Roger Corman, avec Dick Miller, Barboura Morris, Antony Carbone
La petite boutique des horreurs (USA, 1960) de Roger Corman, avec Jonathan Haze, Jackie Joseph, Mel Welles
L'halluciné (USA, 1963) de Roger Corman avec Boris Karloff, Jack Nicholson, Sandra Knight
La nuit de tous les mystères (USA, 1959) de William Castle, avec Vincent Price, Carol Ohmart, Richard Long
Le Carnaval des âmes (USA, 1962), de Herk Harvey avec Candace Hilligoss, Frances Feist, Sidney Berger

DVDs édités par Wild Side




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