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Wild Side lance ce 3 mars sa deuxième salve des « Vintages Classics », en sortant des œuvres plus ou moins rares passées dans le domaine public, classiques ou films cultes, ou bien œuvres un peu oubliées à redécouvrir. Pas de bonus mais de petits prix (ils sont proposés à moins de 10 euros) pour des œuvres au master restauré, ce qui change des effroyables conditions dans lesquelles nous pouvions les voir auparavant.

A l’heure où sort le très gesticulant et superficiel Sherlock Holmes de Guy Ritchie, il est bon de retourner au bon vieil esprit British des années 40 avec l’impérial Basil Rathbone, irrémédiablement rattaché au célèbre personnage du détective à la pipe et à la casquette créé par Conan Doyle qu’il incarnera plus de dix fois, et dont la plupart seront réalisés par Roy William Nell. Ce sont pour commencer Sherlock Holmes et l’arme secrète (1943), La femme en vert (1945), La clef (1946) et Le train de la mort que nous propose Wild Side. Pour des films datant de plus de soixante ans la restauration des masters est plus qu’honorable et ceux-ci constituent en tout cas les meilleures copies disponibles jusqu’à présent. Malgré quelques défauts de compression, le délice de suivre ces petites enquêtes durant entre 1h05 et 1h20 prime. Elles anticipent d’ailleurs pour leur décontraction et leur élégance les premières saisons des Avengers, tel cette Femme en vert avec son club d’hypnotiseurs qui évoque immanquablement les aventures de John Steed et Emma Peel … même si tout cela reste évidemment extrêmement sage et classique comparé au délire des arguments de la série créée par Brian Clemens. Basil Rathbone ne laisse jamais passer une seule expression de crainte ni de peur. Il traverse les films avec un calme imperturbable, impassible, accompagné d’un Watson laborieux, naïf et gaffeur, limite benêt pour lequel le célèbre « élémentaire » ne semble pas toujours couler de source. Le spectateur toujours rassuré reste certain que « tout va bien se passer » et que chaque interrogation aura toujours sa réponse. Bref, c’est le sourire aux lèvres, avec un réel plaisir nostalgique, le goût du temps révolu, que nous nous délectons de ces œuvres dont nous aurions évidemment tort de dire qu’elles n’ont pas pris une ride, mais qui au contraire tiennent tout leur charme de la sensation du suranné, de belles reconstitutions d’époque et du confort bourgeois ou sourd la perversité rentrée, des complots abracadabrants à déjouer et des bijoux volés. A l’heure ou l’action non stop prime, prend toujours le pas sur les déductions distinguées nous profiterons de ces instants comme d’une belle bouffée d’air… ou de tabac à pipe.

Du côté de l’épouvante, la collection Vintage s’attarde à deux œuvres cultes dont l’une n’est plus à présenter. La nuit des morts vivants reste un indémodable chef d’œuvre, à la fois l’un des plus grands films d’horreur de tous les temps et une charge virulente, une œuvre magnifiquement engagée alors que Romero ne s’en rendait peut-être même pas compte. En plein conflit du Vietnam, le cinéaste nous parle de siège, de guerre et de survie dans lequel le plus grand monstre est l’homme et s’attaque à l’esprit de conquête et au racisme. Romero fera tout aussi naturellement avec Zombie le procès de la société de consommation, poursuivant avec son brûlot pacifiste et naïf Le Jour des morts vivants …. Il n’était pas encore devenu le cinéaste roublard de Diary of the dead, qui, conforté par une reconnaissance critique tardive le sacrant « cinéaste politique », se complaira dans la satire poussive entre pochade et pamphlet surligné, dans une approche anarchiste calculée et bourrine tel un Michael Moore du zombie. Ce sont également pour ces raisons, pour cette hargne spontanée sublimée dans un style quasi documentaire, que La nuit des morts vivants impressionne encore autant aujourd’hui. Un cinéma sincère et sec dans lequel le fantastique trahissait l’esprit de rébellion. Sorti dans de multiples versions et dans des copies à l’image particulièrement médiocre, sans être parfaite, la copie présentée par Wild Side offre un master un peu plus restauré, même si un véritable travail reste à faire et que la version idéale finit par ressembler à une arlésienne.

Pour finir, il ne faut pas manquer ce Spider Baby réalisé en 1968, soit la même année que le Romero. Présenté dans une belle copie, ce pur bonheur est signé Jack Hill, camarade d’école de cinéma de Coppola, engagé à ses côtés dans l’écurie Corman mais qui n’aura pas l’éclatante carrière du réalisateur du Parrain, et restera toujours fidèle au cinéma d’exploitation rythmé, sexy et ironique, versant tout autant dans les films de gang de filles (Switchblade sisters), les WIP (Bamboo Dolls House) ou le cinéma d’épouvante. C’est probablement pour ses deux classiques de la blaxploitation qui firent la notoriété de Pam Grier, Coffy et Foxy Brown qu’il reste le plus connu. S’il fallait déceler une unité dans son œuvre ce serait probablement dans le regard quasi féministe qu’il injecte au genre (dont Tarantino se souviendra avec Boulevard de la mort), avec ses héroïnes déjantées et conquérantes, plus féroces que les mâles. Spider Baby et sa famille dégénérée avec ses rejetons meurtriers atteints d’un mal qui les fait régresser reste une œuvre absolument fascinante à la fois dans l’humour qu’elle dégage et le malsain lentement distillé. Ces jeunes filles attardées lancées dans une folie meurtrière joyeusement naïve et enfantine sont les protagonistes de ce modèle de farce macabre et d’humour noir, quelque part entre Freaks et La famille Adams, qui s’en inspirera. Spider Baby garde une dimension indéniablement perverse qui enferme dans un univers pathologique hystérique et claustrophobe qui n’est pas s’en rappeler parfois (toute proportion gardée) celui de la famille de Massacre à la tronçonneuse. Si vous aimez les jeunes filles qui se prennent pour des araignées ou les repas à base d’insectes, de champignons bizarres et de civet de chat, ne manquez pas cette merveille du cinéma d’épouvante, pleine de liberté, et traversée par un humour dévastateur.
Sherlock Holmes et l'arme secrète (Grande Bretagne, 1943) de Roy William Neill, avec Basil Ratbone, Nigel Bruce, Mary Gordon, Kaaren Verne.
La femme en vert (Grande Bretagne, 1945) de Roy William Neill, avec Basil Ratbone, Nigel Bruce, Frederic Worlock, Eve Amber
La Clef (Grande Bretagne, 1946) de Roy William Neill, avec Basil Ratbone, Nigel Bruce, Ian Wolfe, Patricia Cameron.
Le train de la mort (Grande Bretagne, 1946) de Roy William Neill, avec Basil Ratbone, Nigel Bruce, Geoffrey Steele, Renee Godfrey, Billy Bevan.
La nuit des morts vivants (USA, 1968) de Georges A. Romero, avec Karl Hardman, Judith O'Dea, Duane Jones
Spider Baby (USA, 1968) de Jack Hill, avec Carol Ohmart, Sid Haig, Lon Chaney JR
Dvds édités par Wild Side
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