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La collection Vintage Classics – quatrième session


Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-07-08



 
Depuis le début de l’année 2010 et tous les deux mois, nos amis de Wild Side Vidéo ont pris l’excellente habitude de nous exhumer six nouveaux films "Vintage Classics". Issus des archives des grands studios hollywoodiens (et de quelques moins grands), tous ces films ne sont évidemment pas des chefs d’œuvre incontestés de l’histoire du cinéma mais tous ne manquent pas d’intérêt et souvent celui de d’être assez difficilement visibles. Citons notamment deux des rares films réalisés par Ida Lupino (Bigamie et Le Voyage de la peur), sélectionnés par Jean Ollé-Laprune pour la première fournée de janvier.
La troisième de mai était très largement placée sous le signe du fantastique, voire de l’effroi. Olivier nous en avait fait une synthèse circonstanciée. La quatrième est beaucoup plus éclectique et devrait satisfaire les familles cinéphiles en cette période de grandes vacances.

On trouve ainsi l’un des premiers long-métrages d’animation, ayant injustement souffert de l’hégémonie naissante de l’empire Disney. Cette adaptation de 1939 des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift suit en effet de deux ans Blanche-Neige et les sept nains. Elle est surtout signée des frères Dave et Max Fleischer (oncle et père de Richard Fleischer, futur réalisateur des Vikings), qui furent aussi les géniteurs à l’écran de Koko, Popeye et, bien entendu, Betty Boop (pour l’importance historique de la pin-up candide, lire l’éclairante analyse de notre grand spécialiste, Alexis Hunot).

"Les Voyages de Gulliver"
"Les Voyages de Gulliver"

La même année (1939, donc), dans un genre bien différent, LE spécialiste incontesté des comédies musicales des années 30, Busby Berkeley, changeait radicalement de registre avec Je suis un criminel (auquel on préfèrera son titre originel, l’accusateur They Made Me a Criminal). Typique des films noirs nerveux de la Warner de l’époque, They Made Me… doit une bonne partie de sa réputation à la présence de John Garfield, qui y faisait ses presque débuts aux côtés d’Ann Sheridan (future épouse du "travesti" Cary Grant dans le Allez coucher ailleurs ! d’Howard Hawks) et Claude Rains (ex-Homme invisible pour James Whale et futur Capitaine Renard de Casablanca). L’occasion de vérifier à quel point Garfield put être un modèle pour les stars masculines de l’après-guerre, Monty Clift, Marlon Brando ou Jimmy Dean…

Cette livraison Vintage Classics propose d’ailleurs une autre incursion dans le polar d’un spécialiste du musical avec Le Retour de Topper (Topper Returns, 1941), signé Roy Del Ruth. Il s’agit là du troisième et dernier volet des aventures des "fantômes détectives", après Le Couple invisible (Topper) et Fantômes en croisière (Topper Takes a Trip). Plus de Cary Grant, hélas, mais toujours Roland Young, l’un de ces "character actors" chers à Philippe Garnier.

Autre suite, encore signée d’un roi du film musical, Allons donc, papa ! (Father’s Little Dividend), de Vincente Minnelli (1951). On retrouve le triomphal trio du Père de la mariée (Father of the Bride, 1950), sur lequel la MGM a souhaité capitaliser au plus vite (notamment avant que la vie conjugale déjà agitée d’Elizabeth Taylor ne décridibilise son personnage de jeune fille américaine modèle), au point que Minnelli a réalisé le film pendant une interruption du tournage d’Un Américain à Paris ! Joan Bennett y reprend donc un de ses nombreux rôles de mère de famille (cf. Les Désemparés) et retrouve Spencer Tracy, pourtant initialement pas convaincu de l’intérêt d’une suite. Il eut tort, Allons donc, papa ! rencontrant un succès semblable à celui du Père de la mariée.

"La Piste de Santa Fé"
"La Piste de Santa Fé"

Les des deux derniers films de cette livraison estivale sont plus "politiques" et polémiques. En 1940, la Warner reconstitue à nouveau le trio gagnant des Aventures de Robin des Bois et de Capitaine Blood, Michael Curtiz (derrière la caméra), Errol Flynn et Olivia de Havilland (devant) pour La Piste de Santa Fé (Santa Fe Trail). Il s’agit cette fois d’un assez étrange et historiquement improbable western pré (et plutôt pro) sécessionniste, faisant d’un militant abolitionniste ayant réellement existé (John Brown, interprété par Raymond Massey) le méchant absolu de l’histoire ! Il est vrai que son action proto-terroriste fut particulièrement violente et lui valut la pendaison (mais à l’époque, on pendait comme qui rigole…). Ne pas forcément croire que la présence de Ronald Reagan au générique de ce film (dans le rôle du général Custer, que, étrangement, Flynn interprètera à son tour l’année suivante pour Raoul Walsh !) est idéologiquement logique car celui-ci était alors connu pour ses idées plutôt progressistes (il fut d’ailleurs l’une des figures du syndicat des acteurs à Hollywood avant de se rallier au maccarthysme puis à l’ultra-libéralisme). Une curiosité qu’on a envie de (re)découvrir, en tout cas…

Tout comme Je dois tuer (Suddenly, 1954). Une dizaine d’années avant l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le vieux routier Lewis Allen imaginait un tueur débarquant à Suddenly (last summer ?), bourgade californienne imaginaire, et projetant d’y tuer le Président des Etats-Unis, hypothèse romanesque relevant alors de la politique-fiction. L’ironie facétieuse de l’histoire veut que le tueur en question soit joué par Frank Sinatra, bien connu pour son amitié, souvent trouble, avec JFK… D’un format proche de la série B (1h12) et bénéficiant aussi à son générique de l’excellent Sterling Hayden (la même année que Johnny Guitar), Je dois tuer jouit d’une excellente réputation. A vérifier sur pièces, depuis le 7 juillet !






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Commentaires
De : Alexis

Et comment est la copie des Voyages de Gulliver car comme c'est du domaine les copies en DVD sont rarement très bonnes.

De : Cyril C.

Très bonne question, cher Alexis !
Toutes les copies sont annoncées issues d'un master restauré. Pour Gulliver, autant que je puisse en juger (n'ayant jamais vu le film avant), elle me semble très correcte, pour un film de cette époque...

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