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La Planète sauvage - René Laloux & Roland Topor

Sorties DVD
Posté par Lu le 2009-11-21



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Les Draags, géants bleus de douze mètres de haut, profitent d’une vie de méditation et de connaissances sur la planète Vgam, entourés de petits animaux domestiqués, les Oms. Un jour Tiwa, la fille du grand Edile, adopte un bébé Om qu’elle baptise Terr. En grandissant, Terr accède à l’éducation et à son tour à la connaissance, et s’enfuit. Devenu un om de luxe, il retrouve des Oms vivant à l’état sauvage, et tente de leur insuffler le désir de se révolter contre les Draags, alors que ces derniers se lancent dans un grand mouvement de désomisation. Habités d’une même envie d’en finir avec leur asservissement, les Oms partent pour la Terre, satellite artificiel de Vgam, sur lequel on découvre les Draags s’accouplant avec des espèces d’autres galaxies au cours d’une étrange danse.

Dans les années 1960, le peintre et cinéaste René Laloux et le dessinateur Roland Topor, deux artistes à l’estime réciproque, sont amenés à travailler ensemble d’abord sur Les Temps morts en 1964 puis sur Les Escargots l’année suivante. Forts du succès rencontré par Les Escargots, ce couple d’alliés artistiques continue sa collaboration en adaptant assez librement le roman de Stefan Wul Oms en série datant de 1957, le film s'intitulera La Planète sauvage. La science-fiction, propice au défoulement de l’imaginaire, est un genre idéal pour la créativité débridée de Roland Topor. Peu fouillée dans l’animation en France, la science-fiction a trouvé un terrain favorable au Japon, où de nombreux dessins animés ont depuis été produits, depuis Akira et Ghost in the Shell. C’est une véritable ébullition pour René Laloux de travailler avec Topor, qu’il qualifie de paranoïaque talentueux et généreux dans le travail. Généreux mais hélas trop vite reparti vers d’autres horizons : une fois le film (financièrement) monté, Laloux raconte que Topor ne veut plus faire le film, suivant un conseil de sa mère castratrice. Topor a alors beaucoup travaillé le scénario et le graphisme, et Laloux prend un dessinateur à Prague pour finir le boulot. Le film qui est une co-production entre la France et la Tchécoslovaquie, sera réalisé au studio Jiri Trnka de Prague (vingt-cinq personnes y travailleront pendant quatre ans). Dans cette mondialisation de l’esclave comme l’appelle Laloux, il s’agit d’aller où l’esclave est le moins cher, alors chez les communistes, dont le cinéaste est un sympathisant. Le terrain est donc favorable pour travailler sur un sujet politique, l’asservissement d’hommes par d’autres.
 

L’univers visuel est fortement référentiel : la main bleue de la première séquence du film pourrait être la main d’un Blue Meanie du Yellow Submarine de Georges Dunning sorti en 1968, le décor de cette séquence est très inspiré par l’univers surréaliste de Dali ou Chirico. Le tout est très organique, et le style grotesque de Topor s’épanouit dans cette histoire fantasmagorique. La poésie de la technique employée, des papiers découpés qui conservent littéralement le dessin et le geste de l’artiste, et les atmosphères envoûtantes et insolites font de ce Gulliver de science-fiction un monde cohérent devenu culte, où l’humanité prime. Cet univers métaphysique est également rendu crédible par l’importance accordée aux sons. Bruits électroniques, synthétiseur, basse avec des choeurs très funky et pédale wawa identifient un espace et un temps précis, ceux de la diégèse tout d’abord, mais aussi celui de l’époque du film, les années 1970, et participent de l’unité de La Planète sauvage.
Ainsi si le film peut paraître daté aux yeux de certains, de par l’histoire et son graphisme, cela reste tout à fait cohérent avec le propos général, lui-même toujours très actuel, et le style onirique et naïf qu’il crée : La Planète sauvage est le film d’une époque, mais traverse les âges en gardant tout son intérêt.

A l’instar de Paul Grimault, René Laloux, qui reçoit le Prix Spécial du jury à Cannes en 1973 pour La Planète sauvage, devient une figure d’auteur du cinéma d’animation à part entière. L’impact de La Planète sauvage sur le monde de l’animation est notable. A quelques semaines de la sortie du nouveau film de James Cameron Avatar, on ne peut s’empêcher de penser que les géants bleus de Laloux et Topor ont été vus et assimilés bien au-delà de leur époque.

Le film ressort ces derniers jours en Blu-Ray, après une première édition DVD en 2001.
Parmi les bonus, les trois premiers courts métrages de Laloux. René Laloux peintre, est appelé à la fin des années 1950 à monter un atelier expérimental d'arts plastiques dans un asile psychiatrique, et se sert des dessins des patients pour réaliser son premier film, Les Dents du singe (daté de 1960). Cet épisode porte en germe le travail futur de Laloux qui, a l’inverse de nombreux réalisateurs de films d’animation mettant en mouvement leur propre univers graphique, choisit de donner la vie aux dessins d’autres artistes : Roland Topor, Moebius, ou Philippe Caza.




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