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La Danse, le ballet de l’Opéra de Paris – Frederick Wiseman
Sorties DVD
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La sortie en Blu Ray et en DVD de La Danse, le ballet de l’Opéra de Paris nous donne l’occasion de revenir sur le très beau documentaire de Frederick Wiseman sorti en salles l’année dernière. Tout d’abord quelques mots sur Frederick Wiseman, pionnier du cinéma documentaire à la carrière passionnante et prolifique. Avec une petite quarantaine de films à son actif cet américain de 80 ans est un des plus grands documentaristes de notre époque. Curieusement, il ne se destinait à priori pas à cette carrière car il fût tout d’abord professeur de droit dans plusieurs universités américaines. Son premier film documentaire, Titicut Follies, fût un véritable choc lors de sa sortie en 1967 en prenant comme sujet un hôpital pour aliénés criminels. Il se posait d’emblée comme un grand observateur du fait social et cette approche sera présente dans toute son oeuvre. Militant, il est proche du mouvement sociologique de l’Ecole de Chicago, constituée notamment autour de la figure d’Erving Goffmann. Ses films sont d’ailleurs souvent utilisés dans le cadre d’enseignements universitaires en Sciences Sociales. On retrouve dans tous ces films, y compris dans la Danse, quelques principes de base : pas d’interview, pas de commentaires du réalisateur, pas de voix off, pas de sous-titres indiquant où et quand nous sommes. Il n’y a ainsi pas de filtrage de la réalité par l’entremise d’un tiers, le contact est frontal et direct.
Après un premier passage en France en 1996 pour tourner un film sur une autre grande institution française, la Comédie Française, il revient avec ce documentaire filmer le travail du ballet de l’Opéra de Paris. D’emblée nous constatons que nous sommes très loin des documentaires-reportages habituels sur l’institution, pas d’interviews, pas de questions récurrentes sur le « dressage » des corps et la douleur du métier, sur les professeurs irascibles, rien de tout cela, il ne porte pas un regard sensationnel sur son sujet, son travail est ailleurs. Dans l’approche, l’apprivoisement, le travail du temps et du regard qui petit à petit fait que tous les protagonistes oublient la caméra et se contentent de vivre, c’est cette réalité là qui nous est donnée à voir. La caméra presque imperceptible réussit à capter les moments justes. Le film alterne moments de répétition de différents ballets, captation de représentations sur scène et images de la vie quotidienne du ballet, de la troupe mais aussi du personnel de l’Opéra : peintres, gardiens, personnes chargées de l’entretien, toutes ces personnes sont filmés de la même façon, sur un plan d’égalité, pas de gros plan sur les Etoiles, la distance est la même pour filmer un danseur ou une secrétaire. Nous sommes en dehors d’une approche « paillettes showbiz », il porte une véritable attention à tous les travailleurs, personne n’est oublié. Entre chacun de ces moments, Wiseman nous montre en plan fixe Paris, le bruit, les rues surplombées par le bâtiment monumental de l’Opéra Garnier, comme une manière de reprendre une respiration dans la vraie vie pour retourner ensuite dans l’autre monde, celui de la Danse. Il prend également le temps de poser sa caméra dans les lieux « hors-danse » de l’Opéra : les couloirs, les souterrains, les bureaux, les cages d’escaliers. Pour dire « son Opéra » il ne se contente pas de filmer les corps à l’ouvrage mais également l’architecture, les volumes intérieurs, les espaces vides, ses plans là disent aussi quelque chose sur son sujet et viennent enrichir le propos.
![]() Alors bien évidemment, sur le fond, la fascination est au rendez-vous, le travail du corps, le plaisir palpable de la danse, la douleur, l’essoufflement, l’endurance, la quête presque mystique de la perfection, la litanie des indications des chorégraphes, sorte de langage propre quasi hypnotique, tout cela nous transporte dans un ailleurs, dans une histoire. Histoire racontée par les corps qui dansent, surtout quand il s’agit de ballets contemporains comme le Médée de Preljocaj ou Genus de Wayne Mc Gregor. Force est de constater que les passages de danse contemporaine sont plus vivants, le corps raconte quelque chose. Lorsqu’on retourne au ballet classique on retrouve le corps entravé, ça sent parfois la mort. Lorsqu’il filme les répétions ou des morceaux de représentations, il prend le temps, les images durent, laissant la possibilité à l’émotion de se déployer en même temps que les corps.
Au-delà de la fascination, le cinéaste s'intéresse aussi à des éléments très pragmatiques de la vie du ballet, on retiendra tout particulièrement ce moment où la directrice de la danse réunit toute la troupe autour d’une réunion d’information sur le système de retraite des danseurs, la troupe s’insérant alors pleinement dans le jeu social avec ses enjeux et ses dangers. Ce ne sont pas des problématiques que nous sommes habitués à voir abordés lorsqu’il s’agit de l’Opéra de Paris, c’est ce qui fait que Frédéric Wiseman replace en permanence son sujet dans la vie, le monde réel, c’est ce qui participe également à la pertinence de son travail.
Sortie le 7 septembre 2010. Pour en savoir un peu plus sur Wiseman (en anglais) on peut consulter le site de la maison de production qu’il a créée, Zipporah Films, sur www.zipporah.com. Retrouvez d'autres articles sur Frederick Wiseman : Concours Culturopoing/ Editions Montparnasse : des dvds et des blu ray de La danse à gagner
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