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Koji Wakamatsu - "Le Soldat Dieu"

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Posté par Guillaume Bryon le 2010-12-04



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Koji Wakamatsu est à l’honneur en cette fin d’année avec la sortie (limitée) de son dernier film, la grande rétrospective qui a lieu à la cinémathèque actuellement, et l’édition d’un ouvrage collectif sur le bonhomme.
 
Redécouvert il y a peu en France avec la reprise sulfureuse de Quand l’embryon part braconner, et la sortie Red United Army, la dimension politique du bonhomme a forcément pris le pas rétrospectivement sur sa place dans le cinéma de genre et dans la production japonaise des années 60 et 70. Ce Soldat Dieu est marqué au fer rouge du dernier statut du cinéaste mais aussi par son évolution propre, moins proprement influencée par les mouvements socialistes mais toujours inscrit explicitement dans une dénonciation sociale et politique très nihiliste.
 
Il n’y a plus cette fois aucuns prismes tenant du genre ou du cinéma d’exploitation : le Soldat Dieu fait figure de quasi film à thèse, filmé dans une numérique peu ragoutant et essentiellement concentré sur son sujet. Le retour d’un « héros de guerre » de propagande, homme tronc privé de ses bras et jambes, figure la défaite japonaise en cours paradant pourtant encore sous les habits impériaux.
 
Bien vite Wakamatsu se concentre sur le rapport de cet homme à son épouse, et sur le« devoir » de cette dernière, épouse déjà maltraitée qui doit se soumettre ici aux désidératas sexuels et nutritifs de plus en plus fréquents de l’estropié : une « humanité » sous forme de tube qui est aussi le symbole de la fragilité des valeurs et modèles d’une société victime de son archaïsme. C’est dans l’intimité du couple que le film fascine et fonctionne le mieux : d’une part par ce qu’il ose montrer crument et sans détour ces marchandages quotidiens et monstrueux autour du corps ; d’autre part parce qu’il ne cherche jamais dans ces situations à créer une empathie spécifique pour l’handicapé odieux ou son épouse qui échangent allègrement leurs statut de victimes et de bourreau. Shinobu Terajima, qui a remporté le prix d’interprétation féminine,  a bien sur un rôle très fort ici en dessinant progressivement son émancipation et sa prise de contrôle au milieu du calvaire.

 
 
Comme le foyer fonctionne ici presque en autarcie avec le reste du village, prisonnier de ses apparences et codes sociaux, le film a du mal à fonctionner dés qu’il s’aventure à l’extérieur, victime d’une forme assez peu stimulante et fade. Cela vaut pour les flash-back maladroits autour du massacre et des viols qui ont déclenché pour le personnage principal sa « punition », ou la dimension « terreuse » et monotones des décors agricoles évoquant sans nuance un véritable bourbier. Les techniques de prises uniques, à l’arrachée, fonctionnent bien dans le cadre d’un duel psychologique et théâtral; beaucoup moins quand l’espace s’élargit.
 
Wakamatsu est franc du collier et ne cherche pas à enjoliver ce Soldat Dieu, même pas avec avec un minimum d’afféteries cinématographique. C’est certainement une limite mais aussi sa force. L’important au fond c’est que le cinéaste semble assumer tous ses discours et sa sècheresse, parfois à la limite du tract et peu subtils… Même ceux qu’il affiche en carton de son générique. Mais dans le marasme de conscience actuel et au milieu de tous les nombreux cinémas aux poses commerciales et auteuristes, un film comme celui-ci, aussi insatisfaisant soit-il, montre qu’il reste de la place pour un cinéma indépendant, bricoleur et  intransigeant sur de nombreux domaines.



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