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Kijû Yoshida - "Les Hauts de hurlevent" (DVD)

Sorties DVD
Posté par Olivier Rossignot le 2009-03-27



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Les Hauts de Hurlevent (Onimaru) est une œuvre à part dans la filmographie de Yoshida, qui signe ici son premier film à costumes, adaptation survoltée du roman d’Emily Bronté transposé dans le Japon médiéval. C’est peut-être là que le bât blesse légèrement, tant il paraît clair dès les premières images que Yoshida n’est pas à l’aise, son univers déplacé hors contexte contemporain semblant presque incongru. Yoshida filme les mêmes montagnes noires que Ran, incontestable inspirateur esthétique du film - avec ses déserts charbonneux et ses silhouettes qui se découpent. L’ombre de Kurosawa pèse en effet sur Onimaru et malheureusement la comparaison ne tourne pas vraiment à l’avantage de Yoshida qui est tout sauf un cinéaste de l’épique : la multiplication des plans fixes tourne au statisme et le film souffre d’évidentes baisse de rythme. Sans doute manque t-il de l’ampleur, et du souffle nécessaires à la fureur, la hargne d’un tel sujet. Car chaque image a beau être magnifiquement constituée, pensée, Yoshida se met à distance, dans une observation presque clinique, se refuse à faire partager la fièvre de ses héros, à ce que la sauvagerie de son sujet contamine son style, qui reste jusqu’au bout dans l’épure et la retenue.



Si Onimaru ne compte pas parmi les réussites les plus éclatantes du cinéaste il n’en demeure pas moins fascinant et passionnant à de multiples égards. Désireux d’échapper à l’académisme du film d’époque, Yoshida pousse sa représentation vers une évidente théâtralisation, source de distanciation, puisant dans l’univers du kabuki les grimaces des visages torturés ou la gestuelle de pantomime de ses personnages. Il n’est pas étonnant que Yoshida avoue avoir été frappé par une phrase de Georges Bataille sur le livre d’E.Bronté tant il semble s’être plus encore attaché à cette analyse textuelle qu’à une adaptation servile du roman : l’amour y est en effet apparenté à une pulsion sexuelle, une attirance bestiale, un spasme ultime qui rapproche toujours un peu plus de la mort.
Force est de reconnaître qu’Onimaru respire le sang, la sueur et le morbide ; Yoshida, en érudit passionné de culture européenne réussit la gageure de fusionner deux matières a priori contradictoires, le gothique frénétique anglais et la fureur flamboyante des épopées samouraï.



Le Japon du moyen âge s’accorde parfaitement à l’Angleterre du 19e siècle permettant de faire justement d’étranges ponts entre les cultures, entre le romantisme noir et l’univers du chambara, . Entre la fureur de Han d’Islande et celle du protagoniste d’un Sword of Doom, même essence du héros noir maudit, même déchaînement des corps et des âmes consumées. L’intérêt d’une œuvre comme Onimaru réside justement dans cette capacité à faire ressortir une puissance romantique pour le moins inattendue de la part du Japon. Cette universalité des sentiments bouscule les idées reçues en allant à l’encontre de l’opposition usuelle entre Orient et Occident, opérant des rapprochements insoupçonnés. Ainsi le Heatcliff-Onimaru de Yoshida ne souffre d’aucun exotisme ou d’artificialité, même retiré de son contexte originel et passant des hautes terres sauvages des collines anglaises balayées par le vent du nord au paysage volcanique tout aussi isolé d’un Japon séculier. Le même sentiment païen et sacrilège y domine. Les deux civilisations les plus hantées par le surnaturel que sont l’anglo-saxonne et l’asiatique, celles qui cohabitent le plus avec leurs morts, avec la mort, sont capables toutes deux d’engendrer leurs magnifiques âmes damnées.
Plus encore, cet isolement continu d’une famille maudite sur des terres fumantes en un parfait syncrétisme des influences rappellerait presque l’univers du Poe de La chute de maison Usher, jusque dans ses fantasmes nécrophiles d’amour au-delà de la mort.



La sublime musique de Toru Takemitsu - autre point commun avec Ran, elle est en effet très proche de celle de Kurosawa - contribue à cette atmosphère hystérique et primitive de laquelle émerge une tension sexuelle constante. En effet, ce lieu hors le monde, crée un domaine hors des contingences sociales et religieuses où les interdits sont bravés. Onimaru est une œuvre où les dieux communs ont disparu : seuls Eros et Thanatos subsistent et règnent en maître. L’amour s’intègre à un cycle vital dans lequel le sentiment n’est qu’un agencement de cellules.
Enfin, Yoshida n’est jamais aussi bon que quand il tend vers une abstraction qui vire au cauchemar de lignes et d’horizons solitaires. Cette recherche graphique génère d’hypnotiques paysages crépusculaires et fuligineux : à la tombée de la nuit, les ombres tourmentées courent sous les torii, envahis par le vide infini.



La copie est superbe, et à l’introduction toujours aussi instructive de Yoshida s’ajoute un making of d’époque à tendance promotionnelle, qui permet surtout de revoir Yoshida un peu plus jeune en pleine « action ».

Onimaru - Les Hauts de Hurlevent (Japon, 1988) de Yoshishige Yoshida, avec Yusaku Matsuda, Yûko Tanaka, Rentaro Mikuni

Edité par Carlotta (sortie le 24 mars)



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