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Kijû Yoshida - "Aveux, théories, actrices" (DVD)

Sorties DVD
Posté par Olivier Rossignot le 2009-03-24



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Avec Aveux, théories, actrices Yoshida rentre définitivement dans sa phase formaliste amorcée avec Eros+Massacre. Il y questionne le sens même du cinéma, sa raison d’être, sa nature, sa conception et la manière dont il s’empare de la réalité, mais présente la création comme en interaction constante avec ceux qui la créent. Le cinéaste se penche ici sur le métier d’actrice et s’attaque au fantasme qu’elle génère, le spectateur n'ayant qu'une image rêvée et erronée de l'actrice, négligeant son humanité, sa nature de femme avec ses névroses, ses hantises, et la prise de risque d’une profession qui expose à la schizophrénie et à la paranoïa.

La mise en scène, à multiples niveaux et couches interprétatives, brouille la réalité et la fiction, contaminant le film lui-même dans un espace pluridimensionnel qui efface les repères entre le vrai et le faux. La mise en abime dévoile le dispositif formel, le remet en question en montrant « l’Art au travail » de façon vertigineuse, ce qui n’exclut pas une certaine froideur par son aspect purement théorique. Si Yoshida poursuit ses recherches esthétiques il n’en oublie pas de peaufiner son ode à la femme, en une représentation pratiquement déifiée. A l’heure d’une évolution du cinéma et de son industrialisation (et de l’émergence de la télévision) Yoshida voulait lever le voile sur cette fabrication d’icones qui à force de stimuler l’imaginaire du public l’éloignent de la vérité. D’où cette nécessité de ne jamais laisser le spectateur dans la situation confortable de la vision d’une fiction, mais d’en dévoiler toujours ses ressorts et de le rappeler sans cesse à sa condition à son regard de spectateur en maintenant une distance.



Non sans ironie, dans ce trompe l’œil permanent du film dans le film, Yoshida fait obstacle à tout processus d’identification et démontrant que quelle que soit l’image regardée, aussi loin que nous chercherons à démêler les fils de leur authenticité, elle n’est que fiction. Mariko Okada, Ruriko Asoaka, Ineko Arima, trois actrices pour incarner trois actrices. Même en cherchant à atteindre l’essence même du réel, le cinéma ne peut en être qu’une réplique imparfaite, une re-création modelée par l’esprit, l’imaginaire et l’écriture. Parler du cinéma est également un prétexte pour évoquer la fragilité humaine, comme si le milieu du septième Art pouvait condenser à lui seul, tel un microcosme, les méandres de la psyché et les relations torturées des hommes et des femmes. La multiplicité des personnages incarnés, chaque appropriation d’un autre « moi » incline en effet aux risques de dédoublement, de confusion mentale. Yoshida évoque le destin de trois femmes dans la recherche confuse de leur identité propre alors qu’elles ne cessent de se perdre dans celle des « autres ». L’œil de la caméra fait naître la paranoïa : la sensation d’être regardée, filmée devient constante, même en dehors des tournages, comme si l’écran se faisait voile protecteur entre le spectateur et les actrices et que, dans le retour à la vraie vie, le bouclier disparu, elles étaient à nouveau mises à nu. Jamais Yoshida n’avait été si proche de Bergman dans cette capacité à mélanger réalité et création artistique. On pense évidemment à Persona, pour ces portraits fragmentés susceptibles de définir une seule et même image de la femme avec ses déchirements ou encore à Après la répétition lorsqu’il relie au processus artistique torturé les planches de la vie elle-même. A l’instar du maître suédois, l’Art et la création tendent le miroir du masque et du dédoublement, et de la difficulté de trouver son identité au sein de l’univers.



Comme le témoigne son titre très abstrait, presque universitaire, Aveux, théories, actrices fait quasiment figure d’essai cinématographique, confirmant que Yoshida emploie désormais le cinéma comme vaste champ d’expérimentation et d’auto-questionnement sur son propre rapport au processus créatif (la théorie), « l’aveu » constituant tout autant celui d’un cinéaste sur les « actrices » que celui de ses héroïnes elles-mêmes. L’univers de l’écran blanc devient alors le catalyseur des douleurs féminines, apte à mettre en relief avec d’autant plus de visibilité leur souffrance. Les prodigieux cadrages laissent apparaître les personnages à l’un des quatre coins de l’écran, laissant ainsi une grande place au vide. Yoshida poursuit ses recherches géométriques, divisant l’espace de manière étonnante, multipliant les formes coupantes, les obstacles visuels obstruant l’écran venant mimer les propres échecs de ses personnages.



Belle copie mais pas de bonus exceptés l'excellente présentation du film par Yoshida lui-même, très bon préambule à l'univers du film.

Aveux, Théories, Actrices, (Japon, 1971) de Yoshishige Yoshida, Mariko Okada, Ruriko Asaoka, Aki Kaido

Edité par Carlotta (sortie le 24 mars)



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