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Kathryn Bigelow et Monty Montgomery - "The Loveless" (DVD)
Sorties DVD
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![]() La nouvelle popularité de Kathryn Bigelow permet la sortie bienvenue de ce premier essai cinématographique, difficilement visible jusqu’ici en France à moins d’en passer par le système des imports. The Loveless est un curieux objet qui reflète la formation initialement plasticienne de la réalisatrice de Strange Days et de Démineurs, tout en installant quelques uns de ces thèmes et figures de prédilection. Coréalisé par Monty Montgomery, on serait tenté d’oublier le nom de ce dernier, celui-ci n’ayant pas poursuivi sa carrière dans la mise en scène. Mais un rapide coup d’œil sur sa filmographie permet de constater qu’il est devenu un collaborateur important de David Lynch, sur Twin Peaks et Sailor et Lula entre autre, ce qui aiguise là encore notre attention sur cet exercice de style autour d’un gang de motards fifties. Avec son rythme langoureux et son espace très restreint, The Loveless est foncièrement différent des films d’action très physiques et sensistifs de Bigelow, mais il permet aussi de constater que Near Dark et Blue Steel n’ont pas puisé leur dimension planante à partir de rien. Near Dark apparaît d’ailleurs à la découverte de ce premier essai pour ce qu’il est véritablement, à savoir non pas cet OVNI starfixien parfois un peu trop mythifié, mais un film à la croisée de différentes influences pour Bigelow, avant qu’elle ne prenne résolument son envol. The Loveless partage avec l’opus suivant de la réalisatrice le portrait musical et poétique d’une amérique profonde, où règne à la fois l’ennui et le désir d’émancipation ; mais aussi, via Telena, un personnage féminin entre deux mondes (les habitants de la petite ville paumée et la bande de motards), à l’aspiration teintée de spleen et à la vie dominée par une violence vulgaire (cheveux coupés à la garçonne: jusqu’à Point Break, ce sera une constante chez Bigelow).
![]() La thématique de la contamination est ici présente plus qu’en filigrane : à travers ces motards mystérieux à la dimension quasi fantastique, Bigelow prépare ses futurs vampires autant qu’elle rend un hommage à l’imagerie des films de drive-in. Elle met également sur les rails ces êtres récurents chez elle qui, tous dépendants d’un mode de vie, sont transfigurés par leur activité jusqu’à en perdre une réelle notion d’identité propre. Willem Dafoe, particulièrement androgyne dans son premier vrai rôle, véhicule une ambiguïté sexuelle que renforce sa relation avec le personnage féminin : visuellement il y a comme un affranchissement culturel fugace dessiné à travers ce couple, qui souligne d’autant plus l’idée d’un masculin à la domination malade et dégénérée, à travers la figure du père incestueux de Telena. The Loveless à ce titre possède un aspect tragique et fataliste, que peu d’autres films de Kathryn Bigelow ne possèderont hormis Le Poids de l’Eau : l’affranchissement de sa condition, où du moins son illusion poétique, fera toujours partie des éléments forts de ses films proprement orientés vers l’action. Chose amusante, ce film fera irrémédiablement penser, alors qu’en 1982 Lynch lui-même ne se gave pas encore de cet univers post-rockwell et post-hopper… Est-ce Monty Montgomery qui a apporté en partie cette forme faite de fétichisme, de bande-son lascive, de costumes et de maquillages colorés et figés, toujours prêt sà cacher le malaise, l’impuissance, la tragédie ? On se pose résolument la question dés le générique d’ouverture et les premiers accords de la musique de Robert Gordon et John Lurie (qui évoque l’utilisation de Chris Isaak chez le réalisateur de Sailor et Lula), jusqu’au final « bas les masques ». Pour les amateurs de Lynch, The Loveless est donc aussi un film qu’il n’est pas négligeable de connaître, pour l’approche et la compréhension critique.
![]() Les reproches essentiels qu’on pourrait faire à cette oeuvre modestement séminale, c’est surtout son caractère au fond un peu limité : comme beaucoup de premier film elle ressemble parfois à un moyen métrage un peu trop étiré. Le caractère lascif finit par gagner le spectateur et il faut sans doute un amour cinéphile pour le futur de ses auteurs afin de ne pas y trouver un caractère un peu vain. Il complète savoureusement à postériori, mais au moment de sa sortie et en tant qu’exercice de style on aurait vraisemblalblement pu être en droit d’insister sur son aspect dispensable. Réalisé et écrit par Kathryn Bigelow et Monty Montgomery. Photo: Doyle Smith. Musique: Robert Gordon et John Lurie. Montage: Nancy Kanter. Avec Willem Dafoe, Marin Kanter, Robert Gordon, J.Don Ferguson... 1:85;1 82 minutes. DVD minimaliste avec seulement une bande annonce en complément, mais ce n’est déjà pas si mal compte tenu que le film était plutôt inconnu au bataillon et qu’il reste un objet de complétiste ! La jaquette n’est pas sans faire penser à l’édition Wild Side de Sailor et Lula, inscrivant une fois de plus le film dans le sillon de Lynch même si Free Dolphin n’affiche pas le nom de Monty Montgomery.
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Commentaires
De : Allaboutjeanne Si j'approuve certains points de cette critique – la dimension planante qui évoque Lynch, par exemple, l'univers inspiré de Hopper (mais certainement pas de Rockwell : y a pas que Rockwell pour parler de l'Amérique des années 1950...) – je suis en franc désaccord avec le reste, et tant sur les détails que sur le fond. Sur les détails : j'ai du mal à adhérer à l'idée d'une « violence vulgaire » chez Telena, encore moins parce qu'elle aurait les cheveux courts. Telena est à cheval entre deux mondes, oui : entre les adultes et les enfants, les Américains bien-pensants et les motards, entre les hommes et les femmes, entre l'innocence et la perversité. La thématique de la contamination ? J'ai du mal à adhérer là aussi. A mon sens, les motards sont plutôt les éléments qui viennent perturber l'ordre de l'Amérique profonde, ordre qui repose sur un monceau de détritus, pour au final le faire éclater – dans tous les sens du terme d'ailleurs. Ainsi, plutôt que d'être les éléments de contamination, ils sont les éléments de révélation. Je ne suis pas d'accord non plus avec l'idée que les motards perdent leur identité propre. Ils forment certes un groupe, mais chacun de ses membres reste clairement identifiable. Et la tension entre chacun d'eux n'est possible que précisément parce qu'ils restent identifiables. « L’idée d’un masculin à la domination malade et dégénérée » ; mais que dire alors du féminin, symbolisé par exemple par la tenancière du snack, confinée dans sa peur et ses préjugés ? Je ne pense pas en effet que les choses soient si dichotomiques dans ce film. « Pour les amateurs de Lynch, The Loveless est donc aussi un film qu’il n’est pas négligeable de connaître, pour l’approche et la compréhension critique. » : je trouve ça un peu court, et presque condescendant : ce film existe par lui-même, nul besoin de l'autorité de Lynch pour prouver l'importance de ce film. Sa clef de compréhension me semble être le souvenir d'enfance raconté par Willem Dafoe : enfant, il attrapait des grenouilles, leur mettait un pétard dans la gueule et les relâchait. Puis attendait. Au bout de quelques secondes seulement, une détonation sourde se faisant attendre et de bulles remontaient à la surface de l'eau. Voilà ce qu'est ce film : de l'attente avant – et tous les signes nous le disent dès le tout début – un dénouement tragique. Ce n'est donc en aucun cas un court métrage étiré : il a l'exacte bonne durée. A mon sens, The Loveless est très, très loin d'être une « oeuvre modestement séminale » ( ??!!!) : c'est un grand film : pour sa dimension d'attente, sa sensualité sourde et violente, sa très grande qualité visuelle. The Loveless est une sorte de road-movie en panne, comme serait en panne l'Amérique profonde engoncée dans sa peur et son racisme. « Le caractère un peu vain », « l'aspect un peu dispensable » ? Oui, concernant cette critique sans doute, qui aurait mérité plus de modestie. De : Guillaume J'ai fait une maladresse de style en mentionnant les cheveux courts entre parenthèse, car je n’avais pas du tout dans l'idée d'associer cela à la violence vulgaire. Pour Lynch je souhaitai simplement mentionner que cette co-réalisation de Montgomery pouvait permettre de se demander quelle était son influence également dans sa collaboration avec Lynch. Sinon je crois que le film évoque l'ennui et un délitement de figures, qu'il n'illustre pas seulement l'histoire symbolique de Dafoe, mais pourquoi ne pas le voir en ce sens, oui. L'aspect tragique ne m'a pas tellement touché personnellement dans la forme adoptée par les auteurs. Insérer un commentaire : |
