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Joseph Pevney – "L’Homme aux mille visages" (DVD)

Sorties DVD
Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-06-07



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Lorsque, en 1957, la Universal décide de s’atteler au biopic d’une des grandes vedettes des débuts du studio, elle se heurte à un sacré problème. Lon Chaney a bien connu certains de ses plus grands succès à la Universal (principalement Notre-Dame de Paris et Le Fantôme de l’Opéra), mais la plupart de ses films furent tournés pour d’autres studios, notamment l’extraordinaire série de films réalisés par Tod Browning pour la MGM. La Universal n’a alors évidemment pas les droits pour faire autre chose qu’évoquer très furtivement ces films (juste par leur titre ou leur affiche) et contourne le problème en centrant cette biographie essentiellement sur la vie privée de Chaney.
Ça n’était pas idiot considérant le côté assez mystérieux de la personnalité de l’acteur, très peu connue à Hollywood même, et surtout par le récit de sa vie, éminemment romanesque. Les comédiens nés de parents sourds-muets ne doivent pas être très nombreux et cette caractéristique biographique a fortement influencé son art de la pantomime et donc sa prédisposition (pourtant exploitée sur le tard, presque à regret) pour le cinéma muet, ainsi que la profonde compréhension qu’avait Chaney pour les gens "différents", dont il ne tardera pas à nourrir sa filmographie hors normes.

James Cagney jouant Lon Chaney dans "Le Fantôme de l’Opéra"

James Cagney jouant Lon Chaney dans "Le Fantôme de l’Opéra"

Le problème, c’est que cet aspect de sa vie prend trop de place dans le film et n’est pas toujours très habilement exploité. Un seul exemple, la scène déterminante où Chaney présente pour la première fois ses parents à sa première épouse, à qui il avait jusque-là soigneusement caché leur handicap. La réaction exacerbée de cette dernière (qui craint alors pour la normalité du futur enfant qu’elle porte) eut été pour le spectateur bien plus compréhensible s’il avait reçu cette information au même moment, au lieu de voir auparavant une première scène (finalement peu utile) entre Chaney enfant et ses parents. Pour un film censé honorer une des légendes d’Hollywood (c’est le sens du préambule du film), il est par ailleurs assez étrange de devoir attendre plus d’une heure pour que son personnage principal débarque enfin en Californie… De plus, les scènes familiales sont un peu trop imprégnées de pathos pour vraiment emporter l’adhésion.

La toujours sublime Dorothy Malone, dans le rôle de Cleva, première femme de Chaney

La toujours sublime Dorothy Malone, dans le rôle de Cleva, première femme de Chaney

Même arrivé à Hollywood, le film ne documente pas vraiment le travail au quotidien de Lon Chaney et ce qui faisait son génie si particulier, à part dans quelques rares scènes. On songe notamment à cette évocation assez saisissante de la façon dont les figurants étaient choisis pour tourner à la journée sur des plateaux pas loin de se chevaucher (on pouvait tourner un western à deux mètres d’un peplum ou d’un slapstick, dans des conditions de confort assez précaires), un peu comme on imagine les maraîchers andalous choisir chaque matin leurs ouvriers agricoles africains clandestins… C’est justement cette propension de Chaney à s’incarner lui-même (il réalisait ses propres maquillages, dont il était un expert reconnu) dans mille visages différents qui lui permit de sortir de l’anonymat et de s’imposer dans des figures grotesques, souvent monstrueuses et difformes.

Cagney jouant Chaney cette fois dans le rôle de Quasimodo

Cagney jouant Chaney cette fois dans le rôle de Quasimodo

Incarner un tel comédien hors normes était une sacrée gageure, que releva James Cagney. Il y avait quelques similitudes entre les deux hommes, leur côté "hard boiled" cachant par exemple un passé de danseur émérite, qui faisait de Cagney le comédien idéal pour évoquer les années de music-hall de Chaney, antérieures à ses débuts cinématographiques. Le problème, c’est l’âge de Cagney au moment du film. En 1957, il a déjà 58 ans, et le film commençant juste avant la naissance de celui qui deviendra plus tard Lon Chaney, Jr. (en marchant largement dans les traces cinématographiques de son père), Chaney Sr. n’a alors que 23 ans… Assez ironiquement pour un film faisant l’éloge du masque, aucun maquillage ne tente vraiment de rajeunir Cagney, ni même, d’ailleurs, de le faire ressembler physiquement un tant soit peu à Chaney. Le talent de Cagney n’est pas en cause et L’Homme aux mille visages est même probablement l’une de ses plus intéressantes compositions, mais il ne peut pas être vraiment Chaney ; il est, pendant tout le film, Cagney jouant Chaney, et c’est assez frustrant pour le spectateur…

Sur son lit de mort

Sur son lit de mort

De plus, le film n’est pas nourri du regard fort d’un cinéaste. Joseph Pevney n’a jamais été un auteur et même jamais un réalisateur particulièrement remarquable, plutôt un honnête artisan du 7ème art, comme les studios en comptaient alors beaucoup. Ce film reste d’ailleurs comme l’un des plus notables de sa filmographie qui, après cette biographie, ne tardera pas à être uniquement consacrée à la télévision, dont Pevney va devenir un routier tout terrain, de Star Trek à La Petite maison dans la prairie (on se souvient néanmoins aussi de lui pour avoir réalisé le tout premier épisode de la série Johnny Staccato, avec John Cassavetes).
Enfin, détail amusant du casting : le comédien qui interprète (assez gauchement) le mythique producteur Irving Thalberg (qu’un peu malhonnêtement le film tente d’associer uniquement à la Universal qu’il quitta pourtant rapidement pour devenir l’homme clé de la MGM des années 20-30, ce qui lui valut effectivement de beaucoup travailler avec Chaney) n’est autre que Robert Evans, futur "nabab" lui-même (rappelons que c’est Thalberg qui avait directement inspiré Le Dernier nabab de Fitzgerald) et producteur à succès de Chinatown ou Marathon Man, à qui fut récemment consacré le documentaire autobiographique The Kid Stays in the Picture


Un "medley" du plus extraordinaire film de Lon Chaney, The Unknown (L’Inconnu), réalisé par Tod Browning en 1927 (la jolie jeune femme, c’est Joan Crawford !), hélas quasiment passé sous silence dans L’Homme aux mille visages :






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Commentaires
De : The unholy bornu

Film assez décevant en effet surtout par la frustration à l'évocation laconique des plus grands films du maître, si ce n'est un passage assez sublime autour du tournage du film Notre Dame de Paris.
Lon Chaney a un destin assez exceptionnel avec moult clins d'oeil de ce coquin de sort du début à la fin de sa vie, il est dommage qu'il soit célébré à travers ce biopic finalement anecdotique.
Un mot sur James Cagney dont la performance (essentiellement d'ailleurs dans les numéros scéniques, clownerie ou danse et mime) est assez bluffante

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