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Johnnie To - "Vengeance"

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Posté par Guillaume Bryon le 2009-05-21



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Où se situe Vengeance au milieu du petit système cinématographique installé à Hong-Kong par Johnnie To et sa société Milkyway ? Question aussi difficile qu’isoler chaque inspiration particulière pour chaque parcelle de cette filmographie. Sans doute la convergence d’un nouveau désir d’élément extérieur chez le cinéaste et des envies d’un polar cosmopolite de la part d’ARP (distributeur en France des deux volets d’Election). On cite souvent Melville qui est d’ailleurs une vieille lune chez les metteurs en scène de l’archipel puisque John Woo ne se privait déjà pas à l’époque de citer la référence à chaque interviews françaises. Annoncé pendant un bon bout de temps avec Alain Delon en personne, ce dernier fit finalement défection après s’être pourtant montré motivé par l’idée de tourner pour le cinéaste. Sans doute Delon espérait-il incarner une vieille gloire mythologique ? Il se murmure de la part de Jean-Philippe Smet lui-même que l’acteur aurait en parti refusé le script en raison de la maladie d’Alzheimer dont devait être victime lé héros. Remplacé finalement dans le film tel qu’il existe par une perte de mémoire causée via une balle dans la tête, Castello n’en demeure pas moins un bonhomme assez déglingué et suffisamment proche du pathétique pour que l’incarner soit perçu comme un risque pour une star française vieillissante (quand un Eastwood en fait son miel). Johnny Hallyday a d'autant plus le mérite d’avoir ici fait fi de la crainte de paraître encore plus déficient mentalement que ne l’est sa caricature malgré certaines scènes vraiment cashs à ce niveau.

Vengeance, c’est un titre limpide et brut, presque autant que l’était Détective. Johnnie To use de sa star comme d’un bloc, ici plus un véhicule à idées et émotions qu'un véritable personnage : une masse charismatique et usée qui n’a pas vraiment à faire montre d’un véritable jeu d’acteur poussé (tant mieux dira t’on car ça reste en l’état même assez limite). En France on peut-être tenté de faire intervenir les discours sur ce que représente Hallyday. Sauf qu’au fond, le metteur en scène ne connaissait guère l’idole de nos jeunes avant que ses producteurs français ne lui proposent son nom. On peut alors supposer qu’il a avant tout dirigé Johnny tel qu’il a pu le faire avec nombre des propres acteurs de sa petite troupe pour certains de leurs rôles les plus monolithiques. Hallyday parlait de froideur, mais il s’agit avant tout de présence sans doute, et To s’attarde sur son visage comme rarement on ne l’a fait, sans doute parce que débarrassé de certains à priori. Et s’il est là un peu en invité de luxe, le film cherche à le fondre dans son décor malgré tout. Il n’y a pas vraiment ici une star occidentale en opposition au reste du casting, comme dans nombre de co-productions pénibles. Même perdu géographiquement et déficient cérébralement, Costello a au fond une rapidité et une sincérité de communion avec les autres qui est particulièrement belle, et réciproquement de la part des tueurs chinois. En devenant de plus en plus fantomatique les personnages se rapprochent de plus en plus. Vengeance parle de famille et d’amitié en s’attachant à une simplicité aussi clair que l’univers où meuvent ces individus est de plus en plus compliqué.



Qu’on y songe le cinéaste est ouvert depuis très longtemps à l’idée forte du métissage, qui s’incorpore finalement dans son style même. Les scénaristes de Running out of time étaient deux fanboys français, tandis que Fulltime Killer jouait d’une belle dimension panasiatique. Comme si la rétrocession de 1997 se confondait avec un certain décloisonnement qui transforme l’ancien protectorat en terrain aux frontières beaucoup plus poreuses (idée aussi à l’œuvre dans les Election). Dans Vengeance on se ballade très aisément entre Macau et Hong-Kong, deux anciennes terres fortement marquées dans leur histoire par la présence européenne. La participation de Johnny confronte du coup un peu le spectateur à un souvenir ambivalent et aussi teinté de post-colonialisme : un paternalisme défunt à travers la figure d’un homme qui a un peu perdu l’idée de ce qu’est sa propre fille.

Homme d’un autre temps, Costello oublie ce qui le relie aux autres et justifie ses actions, pour se retrouver dans un univers où le fétichisme melvilien s’esquisse finalement plus comme un souvenir lointain. C’est au fond d’autant plus dans le contraire de la démarche d’un Delon et de son culte figé du passé. Vengeance dissout territoires et mythes du cinéma pour en faire un espace qui s’avère de plus en plus poétique, fait de possibilités permanentes et de destinées intouchables.

Je ne serai sans doute pas complet en ne restant que sur ce que je disais plus haut, à savoir que Johnny s’incorpore complètement à ce projet… il y a quand même une nuance de taille qui se ressent au final : sa présence intensifie et concentre toute les idées, le spectacle de cette mise en scène et son ressenti esthétique. Si ce que l’on on aime chez To est son aspect « petit », ses répétitions et variations, sa légèreté, sa de liberté de ton et de création, on pourra sans doute trouver que Vengeance fait un peu office de précipité stylistique parfois violent ; du genre qui en fait un peu trop, en étant plus directement évident dans ce qu’il a à offrir, et par moment même à la frontière de l’autopastiche comme avec le chef de triade joué par Simon Yam en totale opposition avec celui qu’il incarne dans Election. Pourtant ce n’est pas le simple film somme de la fameuse politique des auteurs, il est foncièrement autre chose aussi : des tas d’images plastiquement encore jamais vues, une photographie à tomber comme rarement chez le cinéaste, et des tentatives émotionnelles et surréalistes très directes et très limites comme cette étonnante scène de prière. Plus que jamais Johnnie To s’impose comme un cinéaste de l’œuvre plus que du film, difficile à évaluer par longs métrages isolés. C’est d’autant plus de plaisirs et de perspectives passionnantes de discussions pour l’avenir aussi.

Réalisé par Johnnie TO. Avec Johnny Hallyday, Simon Yam, Sylvie Testud, Anthony Wong Chau-Sang... Scénario: Ka-Fai Wa. Photo: Siu-keung Cheng. Musique: Tayu Lo. Durée: 108 minutes


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Commentaires
De : Krystof Lemèreuh

Pas trop accroché pour ma part...quelques idées visuelles de temps à autre mais l'exercice de style est assez vain et ennuie vite.

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